Looking for a kiss

Be quick or be dead

Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

***

De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Tell all the people

Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 17:09

Radio City (Big Star, USA, 1974)

 

http://www.musicangle.com/upload_images/AlbumCovers/BigStarRadio.jpgDans les temps anciens, la mélancolie était le tempérament associé aux génies, ceux chez qui l’humeur en excès était cette satanée bile noire. Ni sanguin, ni lymphatique, ni bilieux, le tempérament mélancolique se décrivait par des symptômes qui recouvrent aujourd’hui deux troubles mieux connus : la dépression et l’anorexie. L’atrabile était supposée produite par la rate, qui, comme par hasard, s’appelle en anglais spleen.  Tout se recoupe.

De nos jours, la médecine et la psychanalyse ayant gâché toute poésie dans ces symptômes, il ne reste à ceux qui ne sont point des génies que deux façons d’accéder à cette souffrance malsaine à s’y complaire : l’amour et le choc esthétique.

 Alors que peut-il bien se passer lorsque l’on tombe amoureux d’une chanson, d’un album, d’un groupe ?

Eh bien exactement la même chose. On a mal au ventre, une boule inconnue nous soulève l’estomac, on n’a plus faim, on est obsédé par quelque chose qui nous attire et nous décourage en même temps, on ne croit pas au présent, mais on ne croit pas plus en l’avenir car, franchement, que peut-on espérer y trouver de mieux ?

Ces sentiments mêlés de félicité et de dépression sont ceux qui me viennent à chaque écoute de cette chanson.

 

 


 

 

 Certes, ils sont moins forts que ne pu l’être la proverbiale claque que je me suis prise lors de la première écoute de ce titre, mais ils n’en sont pas moins présents à chaque écoute. Dès l’arrivée du riff d’intro, mon cœur se contracte, mon estomac se noue, et les larmes affleurent, car je sais, je sais au plus profond de moi que jamais une chanson ne recoupera plus profondément ce que je suis, jamais aucune rythmique ne fera mieux résonner mon cuivre intérieur.

 

Evidement, j’ai réussi à théoriser cette adéquation (on ne se refait pas) : Big Star est le point focal de mon horizon musical. Un point inamovible, le point d’appui d’un levier dont le but est de me soulever et de me retourner les sangs comme une crèpe.*

Disons que si l’histoire de la pop que j’aime tient dans un sablier, Big Star est au niveau du nœud central, celui par lequel circulent tous les groupes que j’aime. Tous les groupes que j’aime l’ont précédé y confluent, tous les groupes que j’aime qui sont arrivés plus tard en viennent.

 

Pourtant, quand j’ai découvert ce groupe, ce n’était sûrement qu’un groupe parmi tant d’autres au sein d’une liste d’ »albums indispensables ». Je dis sûrement car ça me semble l’hypothèse la plus logique : je ne suis malheureusement plus capable de me souvenir des circonstances dans lesquelles j’ai découvert cet album. Ni où. Ni quand précisément. Notre ex-confrère blogueuse Laiezza décrivait les classic-albums comme « des albums qu’on a l’impression d’avoir toujours connus la première fois qu’on les écoute, et qu’on a l’impression de redécouvrir à chacune des écoutes suivantes (…) Des albums dont on a du mal à se rappeler à quoi ressemblait la vie quand on ne les connaissait pas » **

 

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Sitting in the front of our house...

 

Dans le cas de Radio City, c’est exactement ça : il m’est aussi difficile de me représenter l’existence « en méconnaissance » de cet album qu’il m’est impossible de me rappeler ce que c’est que de ne pas savoir lire. Je sais que cette époque a existé, mais le concept même m’en parait impossible. Dès sa découverte, cet album a changé ma vision des choses, non seulement présentes et à venir, mais a aussi laissé une trace sur tout ce qui avait précédé, remis les choses sous une lumière différente, qui rend la lecture originale des choses difficiles***… Il m’est impossible de me rappeler qu’il fût une époque ou je ne citais pas ce groupe, ou je ne sifflotais pas September Gurls, où je pouvais m’assoir à l’arrière d’une caisse sans penser au morceau du même nom, où la vie n’avait pas de couleur.

Finalement, ce n’est qu’après le décès d’Alex Chilton, et mes réécoutes frénétiques de l’œuvre Big Starienne, que j’ai réalisé à quel point cet album était fondamental pour moi, alpha et oméga de la pop que j’aime : celle qui rend la mélancolie lumineuse, celle dans laquelle l’émotion est presque plus chez l’auditeur que dans la chanson. Celle qui se dégage d’un album qui à chaque écoute nous rappelle que le syndrome de Stendhal n’est peut-être pas qu’un mythe.

 

 


 

 

 

* NDLR : Réalisant à quel point cette expression valise semble péter les stats du « je me regarde écrire », l’auteur promet de lever la plume dans les prochains paragraphes.

** Considérez cette citation comme apocryphe, vu qu’il est impossible de retrouver la version originale.

***ATTENTION Spoiler : Comme revoir Usual Suspects ou Fight Club quand on en connaît la fin.

Par Guic ' the old - Publié dans : LDAT (MUPAMA) - Communauté : Le Monde du Rock - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 20:19

Je dois avouer avoir été moi-même surpris au moment de dresser la liste des albums dont je vous parlerai ici, de réaliser que je n’avais jamais évoqué, frontalement, directement, cet album, dont pourtant on m’aura vu parler dans des tonnes de coins de blog.

Voilà une erreur qu’il est temps de réparer.

 

Up the Bracket (Libertines, Angleterre, 2002)

 

 

http://www.4ortherecord.com/assets/images/albums%20of%20the%20decade/up-the-bracket1.jpgOui, j’avais 16/17 ans quand j’ai découvert cet album. Oui, à l’époque, j’admirais encore Muse et Placebo, qui n’avaient pas encore publié les albums infâmants qui me les feraient vouer aux gémonies à peine un an plus tard.

Oui, j’étais adolescent. Et alors, la belle affaire.  Réglons le problème tout de suite : le fait d’apprécier plus un truc du fait qu’on le découvre adolescent n’est aucunement un critère de qualité, mais certainement pas de médiocrité non plus.  Si vous considérez cet état de fait comme une raison pour un album de ne pas recevoir le label qualité, révisez de suite votre avis sur Musset, Rimbaud, Baudelaire ou Les souffrances du jeune Werther : vous verrez que ce ne sont pas des œuvres dont le goût « passe avec l’âge », et la raison en est simple, ce sont juste de grandes œuvres. Il en est de même avec « Up the Bracket ».

 

Et puis de toutes façons,  autant le dire de suite, quand j’ai découvert cet album, acheté à l’époque sur la seule foi d’une critique « disque du mois » dans le Rock & Folk numéro 423, je me suis senti floué. Je n’ai tout simplement pas aimé ce disque, mis à part les deux premiers moreaux et la chanson-titre. Puis, trop occupé que j’étais à découvrir, en vrac, les Doors, Bowie ou les Who, j’ai purement et simplement laissé tombé cet album, que j’ai  même (c’est à peine si j’ose le dire) traité avec le dernier des mépris. Pensez-bien : il fut une époque, aux alentours de 2004-2005 où, dans mon appartement nancéien, ce disque me servait de sous-tasse, afin que le café qui pouvait s’échapper de mon mug Rolling Stones ne viennent pas salir mon bureau. Et quand je dis le disque, je parle bien du CD sans sa boîte. Après de tels traitements, j’en viens à me demander parfois si ce n’est pas la providence divine qui lui a conservé sa capacité à passer encore dans la chaîne sans tressautement, vu l’état actuel de certains disque que j’aime moins dorénavant mais avait bien mieux entretenus.

 

C’est bien plus tard, ramené dans le giron des Libertines – et bien après que Doherty ne soit devenu le gibier pour photographe de Voici sous la forme duquel on l’a découvert dans nos contrées – par le second album, que j’ai compris la beauté* de ce disque.  Ce disque n’est pas, comme je l’espérais à l’époque, un disque de revival comme pouvaient l’être d’autres albums sortis à peu près à la même époque (les premiers Vines, Strokes…) C’est un disque de transition, de synthèse. Les Libertines font tout à la fois penser à tout le monde sans jamais vraiment ressembler à personne (ni à rien, ajouterons les toujours prestes haters que le groupe a réussi à créer bien malgré lui). Quelque soit le terme qu’on cherche à accoler à ce disque (morgue, classe, fougue, urgence) , il lui va comme le gant qui fut porté plus tôt par un autre groupe anglais, qu’il s’agisse, au choix, des Kinks, Clash, Smiths, Blur (comme par hasard dans l'ensemble des groupes dont les textes sont loin d'être mauvais...), j’en passe et des meilleurs et des majeurs comme des mineurs.

 

http://1.bp.blogspot.com/-BGewGxO_8cQ/Tk4aFbJXaSI/AAAAAAAAIvg/NHUHnQFrAJ0/s1600/The%252BLibertines%252BTheLibertines.jpg


En ce sens, la carrière météoritique du groupe et totalement justifiée (symboliquement s’entend), passeur qu’il fut entre le XXème et le XXIème  siècle, symbole d’une génération éphémère : la mienne, celle qui, coincée entre les fouilleurs de bacs et les fouilleurs de liens a fait l’essentiel de sa culture en gravant des CDs empruntés à des potes où à la médiathèque. Une génération fin de siècle, qui, après les cyniques 80’s et les dépressifs 90’s a voulu, l’espace de 12 pépites et 36 minutes parfaites, croire à nouveau en un romantisme flamboyant, rageant et classieux, en un élan de sturm und drang sur fond de guitares saturées qui finit par converger vers cette phrase qui résonne comme un manifeste :  if you've lost your faith in love and music the end won’t be long.

 

Il y a 10 ans, j’étais un jeune étudiant déçu par un album du mois acheté à la sortie d’un cours de maths long comme un jour sans pain. Aujourd’hui, j’écoute pour une énième fois un album que je trouve éternel en me demandant comment j’ai pu passer à côté à l’époque, en attendant mon « entretien d’évaluation personnelle » annuel. Il y en a, des disques que j’ai fini par renier, la maturité, l’évolution de mes goûts et l’arivée de l’âge adulte aidant. Mais il faut croire que toute la maturité du monde ne pourra pas enterrer celui-ci.

 

Le jour où je finirais par aimer moins, voir des défauts, ou, pire, dénigrer « Up the Bracket », ce ne sera pas parce que je serais devenu un adulte… mais un vieux con. Dieu m’en garde, pour l’instant, I get along.

 

 


 

 

 

 

* C’est fou ce que les clichés et tics d’écriture ont comme force : par peur du vide qualificatif, j’ai quand même failli coller un « vénéneuse » ou un « diaphane » qui n’a rien à foutre là.

 

Par Guic ' the old - Publié dans : LDAT (MUPAMA) - Communauté : Le Monde du Rock - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 11:19

« Merde il l’a fait ! » Voilà ma première pensée en m’appercevant que Xavier avait décidé de mettre en application l’hommage Thomien que j’avais banlancé comme une blague au bas du dernier MDAM de la première saison.

Je me suis pas senti con d’avoir lancé ce défi, de voir quelqu’un le relever, et de savoir que c’était pas avec mon piètre niveau musical que j’allais reprendre des grands morceaux. Donc j’ai décidé d’utiliser ce que je maitrise le mieux, à savoir mon clavier, pour offrir non pas des reprises de morceaux, mais des reprises … de chroniques. Ou plus précisément écrire des chroniques sur « comment les disques d’un autre ont pu devenir des disques à moi ». Soit donc « Les disques à Thom (Mais Un Peu A Moi Aussi) »

 

Première session donc.

 

Appetite for Destruction ( Guns n’ Roses, USA, 1987)

 

http://img.over-blog.com/202x200/0/32/42/35/appetite.jpgCe qui est marrant avec le fait d’avoir un blog qui tient sur le long terme (5 ans  déjà !) c’est de réaliser à quel point ont peut être un Saint Pierre en puissance, d’une capacité incroyable à se renier soi-même à plusiseurs reprises.

Les plus anciens ont certainement tiqué en voyant les Guns n Roses présenté ici comme « disque à moi ». Et c’est logique, vu qu’il y a quelques années j’écrivais des trucs comme ça.

Depuis, j’ai lu The Dirt, appris à apprécier le genre tout en pondérant sans qualité sans jamais ô grand jamais dénigrer son importance car je sais être homme de sagesse et que oui, ce fut un mouvement important.

Et c’est vrai que pendant très longtemps, je n’ai tout simplement pas réussi à comprendre que, dans le cadre de l’intelligentsia rock n’ rollement correcte, on défende les Guns (et attention, que le premier album). Qu’au milieu d’un genre honni comme le hard FM, on décide de sauver le groupe le plus connu (avec les innénarables Mötley Crüe, évidement) me paraissait aller tellement à l’encontre de la doxa habituelle… surtout venant de la part de gens encensant habituellement Nirvana, parce que, justement, ils nous avaient débarassés desdits Guns n’ Roses.

Et là ne s’arrête pas le paradoxe. Sauver, du seul groupe qu’on daigne sauver de la mouvance Hard FM, leur album LE PLUS hard FM ? Pire encore, sauver cet album, qui résume à la perfection tout ce qu’ont pu apporter au genre des groupes aussi fascinants (pour moi du moins) que Mötley Crüe, Bon Jovi, Poison, Ratt, Cinderella, et la liste et longue*… Voilà le genre de trucs à même de perturber l’esprit logique mais sensible qui hante ma boîte crânienne. Car oui, cet album est d’une facture tout ce qu’il y a de plus classique pour le genre, avec tout ce qu’il faut de guitares, de cris, de soufre et de sexe (et de talkbox! Non mais sérieux, un album avec de la talkbox considéré comme grand?!). D’ailleurs, il ne faut pas oublier qu’à l’époque, loin d’être le Freddy Mercury redneck auquel il est à jamais associé dans l’inconscient collectif de nos jours**, Axl Rose tenait plus de la version rouquine de Vince Neil. On conseillera à ceux qui en doutent de revoir le clip de Welcome to the Jungle, édifiant à plus d’un titre.

 

 


 

 

 

 

Edifiant car très pratique pour comprendre le vrai fond de l’album. Quand on connaît le genre, on s’attend à avoir affaire à des poseurs de L.A., péroxydés et en moule-burnes, qui vont nous expliquer à quel point la vie est cool au milieu des meufs et des cadillacs, dans la cité ou le truc le plus triste qu’il puisse t’arriver est de découvrir que Chaque rose a ses épines. Sauf que cet album, par l’entremise de ses trois grands morceaux (accessoirement ses trois grands tubes) ne narre rien d’autre que la perdition d’un gamin du fin fond de l’Indiana dans la tentaculaire cité des anges. C’est là que le fait de voir pour la première fois le clip de Welcome to the jungle marque l’esprit : avant, on pourrait croire qu’Axl nous accueille dans la jungle. Après, on sait qu’il nous raconte comment il fut accueilli à son arrivée dans cette jungle urbaine***.


Et soudain tout fait sens à nouveau. Paradise City (where the grass is green and the girls are pretty) ne peut pas être L.A. La fille de Sweet Child of Mine est à coup sûr une Girl Next Door de l’Indiana. Chaque cri d’Axl n’est pas une menace mais un appel au secours. Chaque solo de Slash n’est pas une démonstration technique mais une plainte. Et le déchirement atteint son appogée à mi-album, quand le groupe, pour clore Paradise City nous balance dans la gueule une gigantesque rafale de puissance et de son, une décharge provoquant selon les personnes convulsions ou headbang incontrôlé.

Oh, bien sur, il n’y a pas que ces trois titres sur l’album, et il n’y en a quasiment aucun à jeter (mis à part le fait que je préfère la version acoustique de You’re Crazy, et que My Michelle m’emmerde un peu, l’album tient le haut du pavé). Pourtant chacune de mes écoutes de l’album focalise quasi totalement sur ces titres là (de la même façon que chacune de mes écoutes de GNR Lies se focalise sur Mama Kin / Used to love her / One in a million), pour la simple raison que ce sont sûrement les plus symboliques de la raison pour laquelle GNR a réussi à surpasser la pourtant irrémédiable scission entre grungeux et hardeux :  tout simplement parce qu’ils sont le chaînon manquant.

 

http://www.feelnumb.com/wp-content/uploads/2009/07/picture-2.png

Passage de témoin?

 

 

Toutes les années 80 ont été marquées par des musiciens auxquels le public aurait voulu ressembler, les années 90 par des musiciens qui ressemblaient à leur public. Axl Rose est pile le cul entre ces deux chaises : il est le membre du public qui a réussi à passer sur scène. Et il le vit plutôt mal, dès le premier album, n’interrompra le flot de haine contre tout et tous de « One in a million » que pour se plaindre de n’être qu’un « small town white boy », et au moment de Use your illusion, il aura déjà été bouffé par la matrice. En un certain sens, c’est peut-être celui-là, le premier suicidé du rock des années 1990.

Reste donc un album frôlant les limites de la perfection, dont on ne saurait même pas regretter qu’il n’ait pas été suivi d’aussi bon : c’est un instantané de rage et d’innocence mélée, de l’énervement de celui qui sait qu’il va perdre son âme :  Axl aboie comme un chihuahua perdu au milieu des tigres. Et on se reconnaîtra toujours plus en lui qu’en aucun autre. Where do we go, now ?

 

 

 

* Ne cherchez pas la discographie de « la liste est longue » sur megaupload, c’est une expression.

** Dans l’hypothèse où votre inconscient est individuel, je veux dire par là, le Axl de 1992 : Perfecto Blanc sur short blanc, bandana, long cheveux lisses, dandinement autour du micro, saisie du pied de micro, coourse à traver la scène, pose du micro, s’installe au piano en attendant que Slash monte sur le piano. Axl Rose quoi.

*** Essayez de sortir du métro ligne 14 vers l’extérieur à la gare St Lazare aux alentours de 8 h 15… Vous verrez que WTTJ est le morceau idéal pour cette circonstance.

Par Guic ' the old - Publié dans : LDAT (MUPAMA) - Communauté : Le Monde du Rock - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 15:31

http://www.sourdoreille.net/beta/wp-content/uploads/2011/09/Smashing-pumpkins-2011-welovemusic.gifCa y est, j’ai enfin vu les Smashing Pumpkins sur scène. C’est purement et simplement un rêve de « moi à 16 ans » qui se réalise. Et autant le dire dès le début de cet article, ce ne fut pas le plus grand concert que j’aie jamais vu. Cela dit, ce fut tout de même une très bonne soirée.

 

Les appréhensions que j’avais avant le concert résument finalement assez bien mon ressenti du concert lui-même. Comprenez : alors que j’allais enfin les voir sur scène, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Un peu comme quand on va voir un groupe qu’on adore pour la première fois quand celui-ci vient de sortir son pire album, on fait tout pour ne pas bouder son plaisir, mais pourtant, on a du mal à ne pas regretter de les avoir ratés sur la tournée d’avant.

 

Enfin. Bien installés dans la fosse du Zénith (pluriel, car concert familial : ce n’était que justice que d’embarquer ma frangine – à qui je dois en grande partie mon amour des citrouilles pour ce concert, et le « moi à 16 ans est aussi présent, surtout que quand on voit Ouï FM sponsoriser un concert des Pumpkins, on a l’impression d’être de retour en 2000…), on endure la première partie en attendant qu’arrive le vrai show. Pour la première partie, on dira juste que ce groupe cumulait les bonnes idées et références (viennent d’Austin, TX, influences Sonic Youth / Jesus & Mary Chain, bassiste en jupette / bas) mais c’est comme la morue aux fraises, c’est pas parce qu’on ajoute mille bon trucs qu’on évite d’obtenir une bouillie dégueulasse.

 

21 h 15 : Ca y est, le groupe entre en scène, salue discrètement le public, le rideau tombe pour révéler un décor de pseudo fête foraine dorée et attaque. Nouveau morceau. Puis encore un nouveau morceau. Logique, le groupe a un album qui doit sortir en début 2012, il est logique de venir le défendre… Mais le concert commence exactement comme je le redoutais : le public, les nouveaux morceaux, il s’en fout. Il est là pour réentendre les tubes de sa jeunesse. De plus, les nouveaux morceaux ne sont pas grandioses. Un peu trop fouillis, encore.  Mais heureusement pour les nostalgiques, Le groupe a une autre actu : la prochaine réédition de ses deux premiers albums (fin du mois). J’avais un peu peur de bouffer trop de Gish et des Siamese Dream et j’avais a moitié raison* Mais cela ne se fera pas sans petit clin d’œil / cadeau pour les fans : on commence par s’enchaîner, après ces deux inédits, donc,  Starla (face B du premier single du groupe – I am One** - et accessoirement chef d’œuvre caché), Geek U.S.A., un Muzzle qui fait plaisir par où il passe (And I knew… the meaning of the world ) puis … Window Paine. Clairement le morceau que je ne m’attendais pas vraiment à entendre.

Et après ce moment de joie n°1, nouveau morceau (enfin, pas inédit, mais un récent : Lightning Strikes, et là, bam, le public se calme. Et ce sera comme ça toute la soirée. Par moments, j’avais limite mal pour le groupe de voir ainsi le public ne pas réagir aux nouveaux titres… Mais d’un autre côté, je me dois d’avouer que les nouveaux titres ne valent pas tous qu’on s’enflamme, loin de là. Et le rythme de la soirée est ainsi donné : 2/3 vieux morceaux qui enflamment la salle suivis de 2 morceaux récents qui plombent tout. En toute logique, c’est pourquoi le concert ne fut pas dantesque, mais plein de bon moments et de bons morceaux. Par exemple, juste alors que l’ambiance est calmée par ce morceau récent (que j’ai l’impression que personne, mais personne connait dans l’assistance…), voilà, tout s’enflamme à nouveau sur Siva / Soma… Puis nouveau morceau… Puis nouvelle plongée dans Pisces Iscariot (Frail & Bedazzled). L’indispensable Silverfuck  - moi qui ne suis pas le plus grand agité de la fosse, j’en fus pour mes frais, j’ai encore des courbatures deux jours après -histoire de bien mettre le feu avant de te recalmer tout le monde avec des nouveaux morceaux, et longs en plus ! Je ne suis pas tendre avec les nouveaux morceaux, je vous l’accorde. Mais je verrais sur l’album. Je dois admettre que par moments, les basses et la grosse caisse surpuissantes résonnant dans le Zénith me faisaient littéralement mal et que j’étais pas forcément dans le meilleur état pour apprécier.

 

Quoiqu’il en soit, à partir de là le concert claque un quasi… non, un sans faute, sérieux. Thru the Eyes of Ruby (The night has come… to hold us young…), qui dégénère en I am one, pour rouvrir sur Cherub Rock fut véritablement le meilleur moment du concert – et peut-être le plus éprouvant physiquement. Derrière ça, les nouveautés sont rafraichissantes : Owata (déjà connue) et My Love is Winter (à venir) sont deux morceaux mignons et plein d’entrain qui ne sont pas sans rappeler Zwan et sont idéales pour reprendre son souffle, se laissant écouter sans déplaisir aucun. Et le set de s’achever sur (enfin !) un morceau de Adore, le déchirant For Martha – qui ne fut pas si déchirant que cela bizarrement, et tint plutôt de salut cordial et émouvant au public.

 

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 Portrait du critique en fan.

A ce moment… On sait que le groupe reviendra (logique de Setlist : trop de tubes manquent) mais on réalise aussi qu’on a eu droit à deux belles heures de concert. Fatigué,  peut-être pas heureux non plus, mais quand même très content, clairement (surtout que ce concert m’a permis de redécouvrir des morceaux dont j’avais oublié qu’ils étaient si bons…).

Et le groupe de revenir pour le rappel peut-être le plus téléphoné de l’histoire, mais peut-être aussi le meilleur que j’aie vu. Après avoir discuté un peu avec le public ( pour la première fois du concert : Corgan donne beaucoup pendant les morceau, mais entre, juste quelques mercis.), expliquant : «  When I came into this showroom earlier today, I realised that I’ve already come in this place. It was in 1992. But, I wasn’t playing with the Smashing Pumpkins, I was in the audiance, over there, and I came to see play The Rita Mitsouko. Do you know the Rita Mitsouko? Tiny Woman. Tiny, tiny, but noisy woman. Was great .»

Et le rappel d’éclater, Zero puis Bullet with Butterflies Wings. Et bye – bye. Lights on. Bien sur, oj’ai un pincement au cœur en pensant aux chansons qui n’ont pas été jouées (Today, Tonight, tonight, 1979…) mais d’un autre côté, je suis pleinement repu, et content. Pas le meilleur concert de ma vie (par contre, pour ma sœur, je sais pas), mais assurément, je me sens bien, car je viens de boucler une boucle, et de régler un compte avec moi-même : moi à 16 ans ne peut plus me reprocher de ne pas avoir tenté plus de convaincre mes parents de me laisser aller les voir en 2001, de les avoir ratés au Rex en 2007. Et Corgan a toujours une classe et une présence affolantes. Certains passages a cappella sur Silverfuck ou Siva, où le public fermait enfin sa gueule... Voilà un truc où le terme mystique retrouve son sens.

Allez, moi à 16 ans, je t’emmènerais peut-être voir Radiohead en 2012, mais Mc Cartney c’est trop cher. Au pire, on retournera voir les Pumpkins en 2012, si l’album est bon. Mais pour l’instant, profite tout ton saooul de la chance qu’on a eu. C’était bien, hein ?

 

Setlist: Quasar / Panopticon / Starla / Geek U.S.A. / Muzzle / Window Paine / Lightning Strikes / Soma / Siva / Oceania / Frail and Bedazzled / Silverfuck / Pinwheels / Pale Horse / Thru the Eyes of Ruby / Cherub Rock / Owata / My love is winter / For Martha

Rappel: Zero / Bullet with Butterflies wings

 

 

Pour la vidéo, heu, ben, y en a plein sur Youtube... Alors j'ai pris celle ci, parce que vraiment ce fut la claque que je n'attendais pas ce morceau. L'image est pas top, le son est étonnament bon pour une vidéo youtube de concert.

 

 

 

* En fait, il s’avère qu’on a jamais trop de Siamese Dream en fait.

** I am one qui fut, disons.. . une sorte de running gag du concert, Corgan en chantant quelques paroles durant le pont de Siva, puis le groupe en enchainant intro, solo et outro pour finir Thru the Eyes of Ruby (mais ça on y revient)

 

 

PS: Nicole F., si tu me lis, tu as atteint la seconde place du "top des bassiste de Guic" en dépassant alégrement D'arcy. Ta tenue de mercredi t'as aidé beaucoup. Le mugshot de D'arcy aussi.


Par Guic ' U.S.A. - Publié dans : It's a Live - Communauté : Le Monde du Rock - Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 16:57

Après deux semaines à ce qu’on nous rappelle à quel point Nirvana fut un grand groupe et Nevermind un grand album… Je dois vous l’avouer, je n’en peux plus. Ca me plombe le moral totalement. Ce qui est normal, cela dit, on parle tout de même de Nirvana… Dont il faudrait, peut-être enfin, remettre en question les conséquences néfastes.

 

http://static.nme.com/images/05921_132628_Nirvana281.jpg

Chanteur sérieux cherche emploi comme sosie de Rivers Cuomo

 

Houlà, houlà, stop, je m’engage dans un chemin dangereux – Nirvana faisant partie de ces groupes qui ont changé des vies et modelé des destinées, je ne voudrais blesser personne (et cela, je le pense sincèrement) c’est pourquoi, afin de ne pas être accusé de crime de lèse-macchabée alors que j’ai tapé à peine cinq lignes, il me semble indispensable de préciser quelques points.

 

Parenthèse – Préambule :

 

  1. Cet article ne se veut en rien une critique négative de l’œuvre musicale de Nirvana. Pour ceux qu’un tel article intéresserait, je vous invite à aller lorgner là
  2. Cet article ne se veut en aucun être un manifeste de révisionnisme musicale visant à minimiser l’importance qu’a pu avoir le trio d’Aberdeen entre fin 1991 et début 1995.
  3. Cet article adopte l’hypothèse selon laquelle la mort de Kurt Cobain n’est aucunement au centre d’un complot d’Etat. (Comprendre par  là : de l’Etat de Washington)
  4. Cet article ne se veut en aucun cas une chronique au sujet de la réédition – remasterisation de l’album au centre de tous les débats ces derniers temps.

 

 

-          Rha, encore Nirvana… Commencent à faire chier avec la réédition de Nevermind.

 

-          Ben tu voudrais entendre parler de quoi à la place ? L’affaire Karachi ? Les primaires socialistes ? La défaite face aux Tonga ?1

 

-          Non, je sais pas… Les rééditions de Pink Floyd ? Non, même, plus osé encore : entendre parler d’un groupe qui était encore en activité il y a moins de 15 ans, tiens, voilà qui serait audacieux.

 

-          Mais merde, d’un autre côté, tu devrais te réjouir d’entendre du Nirvana à la radio, toi qui rale tout le temps que tu supportes pas ce qui passe…

 

-          Youpi, entendre Come as you are version unplugged pour la six millième fois de ma vie…

 

-          Mais merde, t’aimes bien Nirvana pourtant.

 

-          Leur musique, oui. C’est plutôt le mythe qui me gonfle.

 

-          Attends, ils le méritent le mythe… C’était un groupe super important, et puis voilà, quoi, Cobain, le « club des 27 », bon, ok, ils nous ont gonflé avec leur club ces derniers temps mais bon…

 

-          Surtout que Cobain, lui-même, déjà, a rien à y foutre.

 

-          De quoi ?

 

-          Ben oui. Le club des 27, ils sont 4 dedans, ils resteront pour toujours 4. Tu peux pas chercher des concepts symboliques et en faire n’importe quoi derrière,  bordel. Ils sont 4 (Jones, Hendrix, Joplin, Morrison), morts d’overdose ou assimilé, en l’espace de 2 ans exactement, marquant ainsi la fin du rêve hippie et délimitant par la même ses limites (et rappelant les limites du corps humain, aussi, un peu.) Tout le monde sait ça, tout le monde s’accorde là-dessus. Cobain, lui, tous 27 ans qu’il ait pu avoir lors de son décès, sa mort n’a jamais marqué que la fin de son groupe. Celle du Grunge, de façon toute symbolique (celle de l’engouement mondial pour le grunge, en fait), et surtout, et j’ai presque l’impression que tout le monde l’a oublié : il a choisi de mourir. Alors le concept de malédiction rock n’ roll dans de telles circonstances, très peu pour moi.

 

-          OK, bon, pas sur ce point « mythologique », mais tu peux pas nier que Nirvana ça a été un groupe super important dans l’histoire du rock.

 

-          Oui. Bien sur. Genre de dernier sursaut avant l’agonie tu vas me dire ?

 

-          Si tu veux…

 

-          Mais bizarrement, ce qui m’intrigue c’est que j’ai vachement l’impression que Nirvana, au contraire, c’est le début de l’agonie… Déjà, au niveau même du Grunge, ils ont un côté « arbre qui cache la forêt… » Je sais pas, J’ai un mal fou à retrouver un autre mouvement du rock où un groupe a à ce point vampirisé l’attention des gens.Certes, des groupes comme les Beatles, les Pistols, ont parfois été plus en avant que les autres, mais tu avais toujours un pendant direct, et quelques groupes derrière, pas forcément anecdotiques d’ailleurs, mais là, et en particulier en dehors des frontières ricaines, Pearl Jam, Alice in Chains ou Mudhoney… J’ai souvent l’impression que c’est rétroactivement qu’on les a redécouverts et estimés à leur juste valeur. Et pour moi, Nirvana brouille l’équation pour plusieurs raisons : ça a été le groupe le plus mis en avant, sans non plus être vraiment le plus représentatif, et avec, en plus de ça, un héritage discutable…Parce que si tu regardes en arrière, tu réalise que chaque mouvement  adirectement influencé celui qui a atteint son pic  dans les .. 5 ans qui suivent. Avec Nirvana, rien de cela (à moins que tu viennes me dire que l’héritage de Nirvana c’est… le néo-métal.), voire pire : 5 ans plus tard, le rock est cliniquement mort, et l’album de l’année de Rock & Folk est un album des Chemical Brothers.

 

-          Tu peux pas non plus les accuser d’un vieillissement qui était logique, et puis, il a bien retrouvé des couleurs derrière, le rock… même dans l’après direct : Oasis, Radiohead… Ouais, ils sont anglais, mais bon…

 

-          Ouais, mais tous ces groupes, et c’est une évidence concernant Oasis, mais aussi, plus tardivement, les Libertines, White Stripes ou Strokes on été fouiller dans un héritage beaucoup plus ancien, dans les 60’s / 70’s… Des fois, j’ai l’impression que Nirvana ça a été pour beaucoup de groupe le déclic qui leur a donné envie de faire de la musique, mais que c’est pas un groupe qui les a inspirés plus que ça… C’est logique cela dit, le Grunge était un tel cuumul d’influecnes des générations précédentes, que derrière, il est extrêment difficile de s’inspirer sans tomber dans le pastiche, qu’on appellera Nickelback. Alors ils ont tous été plus ou moins obligés de diluer le bouillon, et de repartir de plus haut, en se focalisant sur un truc parmi la foultitude d’influences. Enfin bon, je sais pas trop, je me paume un peu dans mon propre raisonnement pour tout dire…

 

-          Mais donc, au final, tu leur reproches quoi ?

 

-          Je leur reproche un truc un peu con… Et assez égoïste. Je leur reproche d’avoir faussé la notion de « Rock, musique de l’adolescence ». Comprends-moi : je suis fan d’Oasis, des Libertines, des Smashing Pumpkins. Quand tu te retrouves dans une sorte de joute orale avec des fans de Rock, il est assez fréquent, en particulier au sujet des groupes pré-cités que tu te prennes dans la gueule un « ouais, t’aimes bien parce que ça te rappelle ton adolescence ». Ce qui est, finalement, l’argument le plus con de l’histoire. Surtout venant de gens qui vont te parler de vieux rock (Elvis, Sex Pistols, peu importe) comme portant en soi « les frustrations / la rage / la vigueur de l’adolescence » Comme si au final, le fait d’avoir eu l’âge idéal pour être touché par telle ou telle musique quand je l’ai découverte me dédouanait d’avoir à trouver des raisons objectives à leur qualité, certes, mais aussi me privait de tout sens commun, et m’interdisait par conséquent d’avoir une appréciation esthétique du truc

 .

-          Ouais, mais… Qu’est-ce que Nirvana a à foutre dans cette histoire ?

 

 

 

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Et puis... snif... je vais fuguer.. snif... et quand je serai morts, vous serez bien contents!!

 


 

-          Ben… je pense que Nirvana a joué un rôle énorme dans la définition de l’adolescence Rock n’ Roll… pour ceux qui étaient ados à l’époque, ou qui ne l’étaient déjà plus, mais qui ont aimé ce groupe au moment ou il existait encore. Le Rock n’Roll en quelque sorte, c’est la musique des rêves. C’est pour cela que c’est un truc très américain (le Rock n’ Roll – les anglais sont plus de fabuleux popeux), avec ce côté « quand on veut, on peut », un peu couillu,  tout ça, tu vois. S’il a cristallisé tous les espoirs d’une jeunesse en révolte contre ses parents, c’est que le Rock n’ Roll célébrait le fait de se taper des gonzesses et de conduire de belles bagnoles, pas parce qu’il te parlait de conflit de génération et du drame qu’était la guerre de Corée – m’emmerde pas sur la chronologie, c’est un exemple. L’adolescence c’est le moment des grands élans charismatiques, le moment ou tu te passionnes pour de grandes choses, idées, livres, philo, c’est le moment ou tu vois le monde comme un tout dont tu fais partie, pas encore comme le truc qui t’entoure et te fais chier, et ce, alors que tu dépends à près de 200 % de tes parents. Tu as envie de faire la révolution, mais à 20 h tu es rentré à la maison parce que c’est l’heure du diner. Voilà, en gros, le grand paradoxe de l’adolescence. Alors quand le Rock n’ Roll arrive et te parle de liberté, de grands espaces et de filles faciles, tu signes des deux mains, même si en fait tu vas écouter ça enfermé dans ta chambre parce que t’as pas eu le droit d’aller au concert. C’est ça la beauté du Rock n’ Roll : dans cette période où tu n’es pas encore résigné à la vie que tu vas te trainer derrière, dans cet instant où tu t’imagines que les choses changeront en mieux, c’est le catalyseur de tes rêves, c’est tout simplement ton dealer d’espoir. Evidement, c’est un rideau de fumée, la vie n’est jamais aussi géniale que celle que te vendent les rockstars – même pour les rockstars. Mais voilà, le Rock, c’est l’espoir de sortir un jour de ta chambre pour voir autre chose. Nirvana, c’est l’art de chanter à quel point on se fait chier dans sa chambre… et c’est tout.

 

-          Ouais mais bon, les punks aussi ils chantaient plus ou moins sur ce sujet là… Comment c’est chiant de vivre dans une banlieue pourrie en période de chômage…

 

-          Sauf que l’espoir était encore vif : « I don’t know what I want, but I know how to get it ». Et puis, il y a une rage, une volonté que ça change.  Chez les Smiths, c’est un peu pareil, mais il reste une sorte de volonté de lutter contre, via le sarcasme. Chez Nirvana, non, juste l’état de fait, sans espoir, ni rien. Tout le monde se réjouit que l’arrivée de Nirvana ait mis fin à une hégémonie du Hard FM sur le Rock à la fin des années 80 (et encore… en dehors des US, pas sur que ça avait tellement de succès par rapport à U2 par exemple)… Mais au moins, ça, c’était ce genre de vrai Rock n’ roll, un truc totalement fantasmatique qui te parle de belles bagnoles, de gonzesses, de seaux de coke, le rock n’ roll 50’s avec l’overdrive poussé à 11. Et le public de se taper des grosses doses de Bovarysme Rock n’ Roll. Et d’un coup, le nouveau Rock n’  Roll, c’est un mec qui te ressemble (et s’il ne te ressemble pas, c’est toi qui va bientôt chercher à lui ressembler), qui te raconte à quel point sa vie daube comme la tienne, à quel point il la déteste et comment elle lui parait sans issue. D’ailleurs, s’il y a un point que je veux reconnaître comme réussi  c’est bien le nom du groupe. Nirvana. Tout le monde y voit le côté « paradisiaque » indien, le côté orgasme cosmique, alors que techniquement (enfin, théologiquement), le Nirvana c’est ce que tu atteins quand tu as abandonné tous tes désuirs. Nir-vana, ça veut dire « non – désir ». Et Nirvana c’est ça : tout est à chier, et je ne veux rien, je ne veux même pas imaginer qu’il puisse y avoir mieux. La résignation dans toute sa splendeur. C’est quand même atrocement triste, merde. Alors pourquoi pas, mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est le Rock ça. Centrer l’intégralité de son œuvre sur ses névroses et les exposer au grand public pour en faire de la musique, c’est un truc de progueux ça. Et encore, ça resterait comme ça un cas isolé… Mais non, ça a eu des conséquences inattendues : je sais pas pourquoi, malgré 40 ans d’histoire derrière, les gens se sont mis à croire que c’était ça  1. Le Rock, 2. L’adolescence, 3. La sincérité. D’ailleurs, ça, pour moi, c’est le top de la crétinerie dans cette histoire… Mais depuis quand on réclame aux artistes d’être sincères ? Talentueux, innovateurs, doués, intéressants, oui, mais sincères ? Qu’est-ce qu’on s’en fout ? Bowie il était sincère quand il se déguisait en Ziggy Stardust ? Est-ce que c’était important ? Non, et non. La sincérité, c’est un truc qu’on invoque pour justifier le fait d’aimer un artiste dépourvu de talent, pas une norme objective qu’on exhibe pour démontrer que machin est doué. Même moi je peux être sincère, pourtant, je suis un piètre chanteur. Bref. Tu vois.

 

-          En fait… Non. Je comprends qu’il y a un truc qui te défrise, mais tu t’exprimes comme une merde.

 

-          Bon, autant résumer : Ce que je reproche à Nirvana, c’est qu’après eux, il a été considéré comme étant la norme que le Rock n’ Roll c’est l’endroit où doivent s’exprimer les gens qui souffrent, que la seule façon d’être pris au sérieux par les amateurs du genre, c’est de geindre sur des arpèges de guitare et de s’y complaire. Et c’est même pas vraiment la faute au mouvement Grunge, parce que chez Pearl Jam par exemple, tu trouves quand même cet élément  épique et cette volonté d’aller de l’avant  totalement absente, au final, de la pop des années 90. Alors que pour moi, je sais pas, le goût du fun, et même la volonté de réussir et de faire carrière ne sont pas rédhibitoire. Le premier Oasis, avec son « Rock n’ Roll star », c’est arrogant, fouteur de merde, teigneux, et tout le monde accuse les Gallagher d’être des poseurs, mais non, putain, ça c’est de la sincérité. « On sort un disque, parce qu’on veut bouffer le monde et devenir des putains de rockstars »: There's no easy way out... mais je vais le trouver ce putain de chemin.  J’ai jamais compris le côté « je signe sur une major mais je supporte pas le succès » de Cobain. Ca, ça me dépasse. Bref, ça me saoule que depuis 1990 le rock se doive d’être, pour gagner ses galons auprès des critiques autoproclamés, un truc déprimant, un concours d’exhibition de traumatismes, qu’on adule les « albums de la maturité », qu’on ne pardonne pas l’arrogance pour préférer encenser des autistes et des névrosés. J’en ai marre qu’on me dise qu’un disque est beau parce qu’il est déprimant – je sais, ça m’arrive de le faire, mais bon-  ténébreux ou quoi ou qu’est-ce. Au final, je me dis que tous les Oasis, Libertines, Miles Kane, Arctic Monkeys, ils peuvent bien se planter parfois, eux, au moins, ils ont tenté, à un moment, de faire revivre la flamme du rock n’ roll. Et rien que pour cela, même leurs mauvais disques me font plaisir. Tu vois ce que je veux dire ?


-          Yeah, yeah.

 

 

 


 

 

 

 

1 Oui, la rédaction de cet article a commencé il y a trois semaines.

 

PS: Il est autre chose à mettre au crédit de Nirvana (et que je n'ai pas pris le temps de présenter dans l'article, désolé): le fait d'avoir intitulé une de leurs chansons "Lithium". Le Lithium est un élément (symbole: Li) qui dans mon esprit correspond parfaitement à l'état d'esprit adolescent: c'est un métal, maléable, qui devient rigide lorsqu'il se corrode, et qui s'enflamme au contacte de l'eau et peut attaquer le verre. Seul problème: Nirvana n'a appelé sa chanson comme ça que parce que le lithium est aussi un antidépresseur.

Par Guic ' the old - Publié dans : Why Bother? - Communauté : Le Monde du Rock - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
 
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