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Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

***

De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

***


Here, There And Everywhere

22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 13:44

Alors qu'Alice Cooper se voit accueilli au Rock n' Roll Hall of Fame, il me semble nécessaire de revenir rapidement sur cette formation qui a souffert bien plus de son image que de raison.

 

Et en particulier pour vous rappeler à quel point il est indispensable de se repencher (avec plaisir) sur son chef d'œuvre, à savoir Love it to Death:

 

http://metal-blogs.com/blackiss/files/2007/12/aclove.jpeg1. Cet album a vu sa pochette censurée, parce qu'on voyait un peu trop explicitement un des membres se toucher… ben le membre, sur la pochette. Si la censure n'est pas toujours gage de qualité, ca le reste tout de même assez fréquement: ça veut dire que le groupe a quelque chose à dire. Ou à montrer.

 

2. C'est un album charnière: c'est le premier album qu'a publié le groupe à partir de son arrivée sur Detroit, après avoir quitté la Californie. En 1971. Le rêve hippie vient de finir, les Stooges ont déjà sorti Fun House… Cet album est issu du mélange de tout cela. En témoigne Black Juju, qui arrive à égaler les plus glauquement chamaniques des titres des Doors: long, sombre, tribal, fascinant.

 

3. C'est le premier album du carré d'as du groupe. A peine un an après, le groupe sort Killer, puis School's out et Billion Dollar Babies. Bob Ezrin s'occupe de la production de tous ces albums, qui sont autant de réussites. Autant commencer par le commencement.

 

4. Il est temps (si besoin est pour vous) de réévaluer le jugement qu'on a d'Alice Cooper, qui est un groupe véritablement important.. Certes, depuis 25 ans, Vincent " Alice Cooper" Furnier livre aux quatre coins du monde le même concert ultra mis en scène de grand-guignol, alignant les vieux tubes qui s'ils gardent leur efficacité, perdent leur sens dans cette mise en scène, mais… il est temps de redécouvrir la vraie provocation et la justesse du propos de ce groupe. Bref d'y voir enfin, un peu plus qu'un proto-Marilyn Manson.

 

5. I'm Eighteen: peu de titres sont aussi fabuleusement universels que ce morceau captant à la perfection l'essence profonde de l'adolescence. Les tirallement,s les hésitations, l'impression d'être perdu et incompris, résumés simplement et efficacement en 3 minutes.

 

6. Ballad of Dwight Fry: Si Cooper a pris l'habitude de désormais bazarder ce titre dans ses concerts, le jouant, mais le réduisant à 3 minutes, il est temps de redécouvrir ce titre à sa vraie place, parfaitement serti entre Second Coming et Sun Arise, intro et outro s'enchaînant parfaitement… Et surtout, ce morceau proprement fascinant, plongée dans les affres de la folie, Alice au top de son interprétation…

 

7. Is it my body: un glam-rock à l'ancienne, tendu, sexy, à la T-Rex, et pourtant… morceau presqeu mineur de l'album. Quand un si fabuleux morceau compte parmi les moins fondamentaux d'un album, n'est-ce pas là la raison ultime de se jeter dessus?

 

 

http://userserve-ak.last.fm/serve/500/106366/Alice+Cooper.jpg

 

Allez, mes enfants… Il est temps d'aller réparer vos torts: L'album en écoute sur Deezer

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 02:00

C’est marrant… Ce site existe depuis un peu plus de quatre ans, et si je regarde en arrière, je me dis que c’était il y a une éternité. Depuis, des choses on changé, certains sont tombés au champ d’honneur dit de la vraie vie, et puis, bon, tout le monde change, tout le monde évolue.

 

Mais parfois, c’est la nostalgie qui me gagne quand je repense à cette époque où, finalement, on écrivait tous par goût et par besoin de parler plus que par envie d’être lu. Ah, les débuts des blogs… Sorte d’île de Lost avant la découverte du Smoke Monster : tout le monde « content » d’être là, chacun se découvrant des points communs avec les autres, une sorte de bonne humeur de type do it yourself, la simplicité, et puis, bon, on est pas des milliers, faut bien s’entraider.

 

Ah, c’était loin. Simple. Pur. Parce que personne n’avait rien à foutre des blogs et de leur pseudo-influence. Puis tout s’est mis à … changer. Les gens ont commencé à prendre les blogs au sérieux. Les blogueurs ont commencé à se prendre au sérieux. Les journalistes ont commencé prendre les blogueurs au sérieux. Les blogueurs ont commencé à se prendre pour des journalistes. Les maisons de disque et boîtes de com’ ont commencé à faire croire aux blogueurs qu’elles les prenaient au sérieux.

 

Et là, ça a commencé à puer parce que quelque chose de pourri (au royaume de l’Internet musical) se planquait sous le tapis.

 

Voilà où nous en sommes. Comme tout mouvement du rock, la blogosphère s’est fait rattraper par l’entertainment et tourne trop souvent à vide.  Comme le psyché en 70, le punk en 80, le grunge en 94. Il n’y a pas non plus un effort grandiose à effectuer pour se rendre compte que :


-         Les blogs étaient beaucoup plus agréables à lire quand le sérieux et certaines campagnes de promo abusive (échouant à ce que tout le monde parle du même truc sans intérêt au même moment) n’avaient pas encore pris le dessus sur la personnalité de chacun.


-         C’est bien mignon que d’être en rapport avec les boîtes de com… mais tout de même : Je n’avais jamais eu autant l’impression d’être pris pour un con que quand j’ai reçu il y a peu ce magnifique mail que je vous résume ainsi : « Chers blogueurs, XXXX a sorti son nouveau clip, visible ici. Faites-en bon usage. » (Le pire pour moi, c'est le côté tacite de la dernière phrase. Et, surtout, pas de merci, non, un bel impératif auquel ne manque qu'un "sinon…" – Peut-être que je prends les choses trop au pied de la lettre, me direz-vous, mais pour moi les mots et les tournures ont un sens. Et quand on veut faire de la communication, c'est le minimum que de savoir en jouer.)


-         Finalement, il sera toujours plus enrichissant, intéressant et en accord avec mes principes et ma passion d’écouter pour la millième fois un album des Kinks ou même des Smashing Pumpkins que la dernière nouveauté qu’on cherche à me vendre…


-         Et ce, parce que… les blogs permettent de découvrir des trucs, mais n’offriront jamais le paratexte qui va avec : l’histoire qui se construit dans une vie personnelle autour de la découverte d’un disque, le mythe qui ondule parfois autour dudit disque, tant de choses qui ont a mes yeux autant d’importance que la musique elle-même, toutes ces choses qui font que finalement, c’est vers le rock que mes goûts musicaux se sont tournés et pas un autre style.

 


C’est pourquoi j’ai décidé de m’offrir le luxe d’un an de retour aux sources. Aux sources de ce blog, aux sources du Rock, aux sources de la passion et du fun.

Et je vous invite bien sur à me suivre…ICI.

 

Remarque : Laisseriez-vous… ne ferme pas ses portes pour autant. Je sais bien qu’un de ces quatre j’aurais une inspiration soudaine qui ne cadrera pas avec la ligne éditoriale de ma résidence secondaire, auquel cas je me montrerai évidement en ces pages à nouveau.

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 14:42

Au cours des deux derniers articles nous avons reparlé Top 5 et Alain Souchon… Donc il y a une certaine logique dans l'enchaînement des articles, sur ce coup.

 

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2009/06/10/200906101695_zoom.jpgVoici donc un top 5. Mais pas un simple top 5. Un top 5 thématique (rien que ça). Non content de choisir un artiste, c'est carrément un thème cher à cet artiste (et à moi) que je vais mettre en exergue sous vos yeux ébahis.

 

Il s'avère aussi que ça m'a permis de faire une sélection de 5 dans un top 20 impossible à réduire autrement.

 

Souchon, c'est la tendresse, un type qui inspire automatiquement une grande sympathie, mais c'est aussi… un grand nostalgique. Comme moi.

 

Itinéraire dans les affres de la nostalgie en 5 titres.

 

 

Le Bagad de Lann-Bihoué (1978)

 

Abandonner ses rêves de jeunesse. C'est sensé être une des étapes de la transition vers l'âge adulte. Mais ça n'empêche pas qu'on le regrette plus tarD. La sensation de ne pas avoir été au bout de ses rêves (contrairement à l'autre crétin) est une chose atroce, douloureuse, et que le temps s'écoulant inexorablement nous empêche à jamais de pouvoir vérifier la véracité du "Et si…"

A moins bien sûr d'avoir en sa possession un DeLorean un brin customisée, ce qui était évidement hors de propos en 1978.

 

Manivelle (1980)

 

Métaphore Cinématographique sur la vie comme une bobine de Film. Un inconnu tout-puissant tourne la manivelle du projecteur, à l'ancienne, et la pellicule sur laquelle des vies se font et se défont chute à ses pieds, comme les cheveux s'en vont déserter mon crâne pour boucher l'évacuation de la douche. C'est dur à upporter, mais c'est inexorable, un jour ou l'autre, le mot fin s'inscrit en travers de l'écran, et si la salle se rallume, l'écran, lui, reste définitivement noir.

 

On avance (1983)

 

Avancée inexorable du temps, disait-on? Eh oui. Métaphore automobile, cette fois-ci. On a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens. En laissant derrière soi de belles histoires, des gens qui vont nous manquer, et la personne qu'on a été.

Tout road movie peut être interprété comme une métaphore de l'existence, finalement: l'important, c'est le voyage.

Alors on avance.

 

Les Regrets (1992)

 

(Remarque: Là, on pourrait avoir l'impression que bam, pendant 10 ans, Souchgon a pas écrit de chanson déprimante. Faux: Ultra Moderne Solitude date de 1988 mais ne rentre pas dans le cadre de notre étude.)

 

Non seulement constitue peut-être l'apogée de l'œuvre de Souchon sur ce thème, mais elle est aussi à mes yeux sa "chanson parfaite". Tout donne l'impression d'y être réglé au millimètre près, de l'enchaînement des couplets, à ce pont / solo transpirant d'espoir au milieu d'une chanson nostalgique certes, mais pas cafardeuse du tout. Le vrai grand morceau de "C'est déjà ça" n'est pas "Foule Sentimentale", c'est celui-ci.

(Foule sentimentale, symboliquement, c'est plutôt l'antithèse d'Ultra moderne solitude.)

Je voudrais que tout revienne alors que tout est passé. N'est-ce pas là la meilleure définition jamais donnée de la nostalgie?

 

L'Horrible bye-bye (1999)

 

La totale. Morceau triste sur musique tendre et joyeuse, métaphore de l'amour, du film, des vacances, et bien sur constatation de la fragilité de la vie, c'est surement un des meilleurs morceaux peu connus de Souchon, planqué au milieu de son meilleur album (dont tous les titres ou presque sont d'énormes tubes, genre 6 ou 7 morceaux sur les 10 qui sont super célèbres).

Manque en fait une allusion à Dylan, et c'était la synthèse ultime de l'œuvre de Souchon. Mais on la retrouve 2 pages plus tard, l'allusion, alors ça va, l'album reste stable.

 

Et symboliquement… Tous ces morceaux, toutes ces réflexions, sont coincées, chronologiquement entre "J'ai 10 ans" (moi aussi, ça fait quinze ans que j'ai 10 ans), et "Et si en plus y a personne" (qui par-delà l'appel à la paix post – 11 Septembre pour lequel on a voulu nous le faire passer, reste surtout une réflexion agnostique sur la mort et le sens (ou l'absence de sens) de la vie.)

 

Player (2 pour contourner le fait que Deezer veut pas exporter plus de 3 titres. Malheureusement, ils ont le meilleur catalogue Souchonnien.)

 

 

 

 

J'ai eu tendance à plébisciter des versions live, déjà parce que j'adore les live de Souchon, et ensuite parce que certains de ses albums (en particulier ceux des années 80) sonnent quand même passablement datés dans leur production. (La version studio de "Manivelle" est, dans le genre, assez atroce.)

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 13:35

Non, vous ne rêvez pas: c'est bien un nouvel épisode de notre grande série "Le Rock-Critic est un con". Cadeau de Bonne année.

 

 

 

 

C'est pareil, identique, toujours la même chose. Comme un rituel immuable. Non, plutôt comme une pièce de théâtre: ça se déroule à l'identique, tous les soirs, et en matinée le week-end.

 

Je suis là, debout, devant les tours de CD achetées chez Ikea, pas pleines à ras bord, certes, mais quand même bien fournies.

 

Et je sais pas quoi mettre.

 

http://img.over-blog.com/300x400/0/32/02/56/Images-2/Images-200444.jpgPourtant, j'ai bien envie d'écouter quelque chose – il faut que j'écoute quelque chose. Mais quoi, hein, quoi? En plus, il y a de fortes chance que je me complique la tache parce que (bon, j'extrapole sûrement un peu) je dois pas me poser la question de la même façon que d'autres. Beaucoup d'entre vous doivent se poser la question "Qu'est  ce que je vais écouter?" – un peu comme si c'était le destin qui allait décider à votre place de la musique que vous allez "subir", pourtant de votre plein gré.  D'autres, ceux qui voient les piles de promo et d'achats s'entasser, se posent peut-être la question sous la forme "qu'est-ce que je dois écouter?", ou, si l'on veut négliger le côté "obligation" (car d'obligation il n'y a pas), "Qu'est-ce qu'il me reste à écouter?"

 

Moi, évidement, en passionné tordu que je suis, je me pose évidement la question sous cette forme qui dit tout:  "Qu'est-ce que j'ai envie d'écouter?" Alors autant vous dire que tous les soirs, à l'heure du berger, c'est une sorte de psychanalyse express personnelle que je me fade en parcourant les tranches multicolores qui décorent les murs du couloir.

 

Tous les soirs, mes yeux dérivent le long des noms d'albums qui ornent ma discothèque, et, tous les soirs, je trouve rien à mettre. Je vois les noms de ces albums, certains que j'aime, certains que j'aime moins, certains que je défendrais bec et ongles si d'aventure je les voyais attaqués… Et pourtant, chaque soir, la même constatation se fait: je n'ai rien envie d'écouter en particulier. Ou alors tout, j'en sais rien. Mes albums des Kinks me regardent, avec leurs tranches chamarrées, mais non, ce soir j'ai pas envie. Les disques des Smiths, Beatles, Pumpkins, Who, que j'aime pourtant, me supplient d'enfin les faire sortir du carcan de plastique qui les étouffe à longueur de journée, mais je me vois condamné à leur répondre par la négative. Comment est-il possible que je possède autant de disques que je n'écoute jamais? Si c'est pour pas les écouter, pourquoi je les ai achetés? Voici des questions qui finissent par m'assaillir. Tous les soirs.

 

Oui, tous les soirs – et le week-end en matinée. Suivez, s'il vous plaît.

 

Putain, pourquoi j'ai acheté un radio – réveil CD? Pourquoi j'ai pris cette mauvaise habitude de m'endormir en écoutant de la musique? Pourquoi je me suis habitué à haïr le silence, merde?

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/zoom/8/5/6/8712581315658.jpg

En plus, je le trouve moche, perso.

 

Parce que voilà: maintenant, j'aime m'endormir avec la musique. Mais je me réveille aussi avec la musique. Et ce doit être le même disque qui fait son office pour les deux. Bref c'est la merde.

 

Du point de vue théorique, c'est pourtant simple: il me faut un album calme, dont le premier titre est pêchu. Je peux comme ça m'endormir tranquillement sur le calme qui suit, et, le lendemain, me réveiller de bon pied sur une explosion de violence. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Déjà, parce que les disques organisés ainsi sont rares: Logique qu'un groupe capable d'être violent le soit un peu tout le long du disque. Et s'il ne l'est qu'une fois, il va caler ça à la fin.

De plus, il faut un album sur lequel mon esprit ne va pas se focaliser alors que je cherche le sommeil. Condition indispensable: que je ne connaisse pas les paroles. Condition subsidiaire: que rien ne dépasse dans la production et l'arrangement: que tout soit à plat, que tout cool de source, pas de break soudain, d'envolée guitaristique, voire un truc qui devienne une sorte de bouillie lointaine dès lors qu'on ne l'écoute pas bien à fond (celui-ci à un nom: "Fun House")… Juste un disque qui puisse inclure mon sommeil dans sa logique, sans pour autant être chiant: pour moi, l'expression "ce disque, je m'endors dessus" tient du compliment.

 

Au final, on atteint un truc du genre:

 

"Top 5 des disques que "ce disque, j'adore m'endormir dessus"":

 

  1. Patti Smith – Horses (Endormissement prévu sur Kimberly)
  2. Television – Marquee Moon (Endormissement prévu sur Marquee Moon / Elevation)
  3. Stooges – Fun House (Endormissement prévu sur Dirt)
  4. Noir Désir – En Public -  CD 2 (Endormissement prévu sur Des visages, des figures)
  5. Nick Cave - Abattoir Blues / The Lyre of Orpheus – CD 2 (The Lyre of Orpheus, donc) (Endormissement prévu sur Babe you turn me on. En cas d'échec, sur Carry Me – pour cause de Supernaturaly gênant l'accès au sommeil, le cas échéant.)

 

Hors concours: Hawkwind – Doremi Fasol Latido (Endormissement presqu'immédiat.)

 

Mais je vous entends déjà me rappeler le début de mon article: pourquoi les "matinées" du week-end? T'es tellement feignasse que tu te tapes des siestes?

Que nenni.

http://media.paperblog.fr/i/63/637592/salon-disque-vinyle-ramonville-L-1.jpegLe Week-end, je me tape… le ménage1. Et certes, le but n'étant pas le même, le choix prend un angle différent, mais surtout, une donnée s'ajoute au problème. Cette fois-ci, la musique je la mets pas dans la chambre, mais dans le salon. Donc possibilité de mettre des vinyles. Ca double pas le nombre des choix, quand même pas, loin de là. Mais vu que j'achète principalement en vinyle ces derniers temps, s'ajoute au besoin de choisir la bonne musique la nécessité d'écouter les nouveautés.  (Si cette phrase n'est pas claire pour vous, rassurez-vous, elle ne l'est pas vraiment pour moi non plus)

 

Il y a un argument fondamental pour ne pas mettre de vinyle: si je mets un vinyle, je ne peux pas passer l'aspirateur sous le meuble abritant la platine, de crainte de faire sauter le diamant. Autour non plus, sait-on jamais. Pourtant, j'aime bien écouter mes vinyles. Plus le temps passe, plus je préfère écouter des vinyles plutôt que des CD. Peut-être est-ce parce que j'ai un côté réac. Peut-être parce que je suis plus homme de goût que d'autres. Mais en fait, je crois que j'aime écouter les vinyles plus que je n'aime écouter des CDs pour ce genre de raison amoureuse inexplicable.  Un peu de la même manière que j'aime vraiment certains disques, tout en étant incapable de les défendre, je connais les arguments de défense du vinyle comme format idéal, mais je ne les reprends jamais à mon compte, car mes raisons ne sont pas celles-là.

 

Car, voyez-vous, j’aime mes vinyles. Ne vous méprenez pas : j’aime mes CDs aussi. Mais disons que si j’ai pour mes CDs une sorte d’amitié (je n’hésiterai d’ailleurs pas à dire que certains d’entre eux ont peut-être plus compté dans ma vie que certains de mes amis), j’ai pour mes vinyles, pas forcément de l’amour, mais en tous cas une sorte de tendresse bien particulière que je suis strictement incapable d’éprouver pour mes CDs.

Un CD, on ouvre la boîte, on le sort, on le met dans la chaîne, on choppe la télécommande et puis basta, on est prêt à écouter de la musique et à zapper les morceaux qui nous emmerdent.

Un vinyle, par contre…C’est différent. D’abord il faut ôter au disque ses apparats (car le disque vinyle est  femelle, et le bien écouter érotique), sa lingerie de papier2, l’admirer un temps, à la recherche d’hypothétiques imperfections, qui bien entendu surprennent au premier contact, mais qu’on apprend à apprécier, ces détails qui font que ce disque est mon disque, et pas un autre.

Tous les CDs se ressemblent, beautés glacées inaccessibles pressées en masse, à l’identique, comme des starlettes de magazines. Tandis que chaque vinyle acquiert, par sa vie, par ses lectures, une personnalité propre, une unicité qu’il n’avait pas à sa sortie de presse.

Dernier préliminaire, armé de la brosse antistatique, on achève la préparation du disque, l’époussetant, sans cesser d’admirer les reflets que fait la lumière sur la cire. On place délicatement le disque sur la platine, on lève le bras, on l’approche du sillon, puis… on écoute. Au lieu d’entendre.  Car quand le CD tourne négligemment en fond (encore plus négligemment lorsqu’il est soumis à la fonction « shuffle »), le vinyle est toujours présent et sait se rappeler à notre attention via, ici un craquement, ici un sursaut, ici une funeste rayure, et, bien entendu, par le déclic qui signifie "tiens, c’est la fin de la face A, il faut aller le retourner" , et on ne râle même pas, parce qu’on est déjà debout, parce que, je vous le rappelle, là, je fais le ménage, suivez bordel.

 

La face B achevée, on a vraiment écouté un album (et non pas des morceaux en vrac – je dois avouer que si, en bon « shuffliste » que je suis, il est vrai que le vinyle est une des rares possibilités – voire la seule -  de m’obliger d’écouter un album en entier chez moi, les albums que je possède en vinyle… ne s’y prêtent pas (Costello, Cheap Trick ou les Sonics, ça tient plus de l’album de chansons que du méga concept tordu qu’il faut absolument écouter l’album en entier et dans l’ordre) ; c’est pourquoi, sur ce coup là, je trouve que même si c’est pour moi un argument valable, l’utiliser me donne l’impression de faire dans l’escroquerie rhétoricienne de bas étage. Mes excuses.)

On retire alors le disque de la platine, on le rhabille, puis on le repose délicatement, « à la verticale, légèrement serré, comme dans une bibliothèque », encore empli d’une délicatesse dont on ignorait jusqu’alors l’existence en soi.

N’empêche, c’est pas comme ça que le sol va être lavé.


 

Top 5 « pour faire le ménage dans le salon sauf autour de la platine pour pas faire sauter le diamant » :


  1. AC/DC – Back in Black (Tout AC/DC conviendrait, l'idéal serait l'édition simple du live de 1992, mais bon, on parle vinyle là)
  2. Elvis Costello – My Aim is True (Welcome to the working week lance parfaitement le truc, et faut bien être le week-end pour écouter ce morceau sans un pincement au cœur - Par contre c'est mon booster ironique du lundi matin, quand même)
  3. Brimstone Howl – We Came in Peace (C'est un disque que j'écoute avec une régularité déraisonnable pour une raison très con: il est pressé sur une pâte translucide, et moi j'aime bien)
  4. The Sonics – Here are the Sonics (Principalement la face B en fait. C'est sur celle là qu'il y a tout: Psycho, Strychnnine – oui, j'ai jamais été trop fan de The Witch)
  5. Pavement – Crooked Rain, Crooked Rain (Parce que les rééditions récentes de Pavement en vinyle sont fabuleuses. Et parce que si ce disque n'est pas idéal pour faire le ménage en un samedi matin ensoleillé – pas forcément chaud, ensoleillé – je veux bien me pendre avec la serpillière.)

 

Malheureusement, le ménage ne se cantonne pas au salon.  Et comme on est pas trop salaud avec les voisins, on n'ose pas foutre le son de la platine à fo nd histoire de l'entendre jusqu'à l'autre bout de l'appart. Donc on en revient à se satisfaire de ses CDs, sanshttp://media.paperblog.fr/i/244/2442770/rockcollection-like-steak-machine-fabcaro-L-1.jpeg avoir cette fois – ci à faire de sélection particulière telle celle qu'on a réalisée pour dormir. Juste de la bonne musique.

A ce point de cet article, il faut l'avouer: chez moi, les CDs sont "rangés" en cinq endroits différents. Dans leurs étagères, évidement. En vrac sur la minichaîne. Un tas à côté du radio réveil CD ( donc à la tête de mon lit, par terre). Un tas sur le congélo dans la cuisine. Un tas par terre dans le couloir juste à côté de la porte de la salle de bains. Pourquoi dans le couloir? Parce que le fil du poste n'est pas assez long pour atteindre l'intérieur de la salle de bains. Voilà. Comme ça ça fait visite guidée de l'appart, bienvenue.

Enfin bref. Commençons par la salle de bains. Pour une raison que j'ignore, dans mon esprit tordu, SdB + Week-end = Chanson Française. La semaine, c'est les infos à la radio pendant la douche, mais le week-end, qu'il s'agisse de prendre une douche ou de briquer la salle de bains, c'est toujours la même rengaine: disques, plus particulièrement  des best of, plus particulièrement de chanson française. Et occasionnellement des albums d'Oasis, aussi. Mais bon, bref.

 

 

 

(Au passage, très bonne BD celle de l'image, je vous la conseille)


 

Top 5 "à chanter sous la douche".

 

  1. Jacques Dutronc – Pour être un crétin à Créteil. Enfin, pas loin.
  2. Nino Ferrer – Pour oublier que je suis coincé en ville.
  3. Michel Polnareff – L'écho de la salle de bains magnifie mon interprétation du Bal des Laze. Qui en a bien besoin, d'être magnifiée.
  4. Alain Souchon – J'ai toujours du Souchon à portée de main. C'est presque vital en fait.
  5. Serge Gainsbourg – Pas de best of, mais n'importe quel album parmi ceux que j'ai. Mais on va y revenir.

 

Pourquoi ce côté franco-français à mes ablutions? J'en sais rien. Mais le fait est là.  Ca justifie que je traîne dans les rayons variété française des disquaires, et c'est déjà ça (comme dirait notre numéro 4)

 

 

Allez, finissons simplement. La cuisine. A nettoyer. Et à faire à bouffer. Des CDs, qui squattent la pièce des mois entiers. Et quand j'y réfléchis, je me dis que… p'tain cette sélection est super bizarre tout de même.


 

Top 5 "fait à manger mon grand" :

 

  1. The Smiths – Meat is Murder (dans ma maison, la barbarie commence en faisant cuire des steaks)
  2. Elliott Smith – Either / Or (Intrus total. Je ne sais pas pourquoi, mais oui, Cupid's Trick est un des morceaux que j'écoute le plus en cuisinant).
  3. Serge Gainsbourg – Vu de l'extérieur. L'album mal aimé de Gainsbourg, alors qu'il contient des merveilles (Sensuelle et sans suite, Par hasard et pas rasé…). Plus pour le ménage que pour la cuisine cependant (Des vents, des pets, des poums…)
  4. Alice Cooper – The Alice cooper Show (Premier Live, vaut tous les best Of qui soient, ne serait-ce que pour l'enchaînement Under my Wheels / I'm Eighteen en ouverture)
  5. Pas vraiment de cinq qui soit "symptomatique". Il y a les enregistrements "en concert" de Brel, les autres albums des Smiths (Elliott, Patti, et The), bref, plein de disques qui me tombent sous la main au moment  où je me décide de me livrer à mes exactions culinaires.

 

 

Voilà. Finalement, cet article n'a d'autre but que de me rassurer, moi-même. Et ça marche plutôt bien. A force d'ordinateur, de prix cassés dont on ne saurait se plaindre, d'expéditions punitives dans les magasins d'occasion, ma collectionnite a beaucoup gagné en importance ces dernières années, je n'ai jamais acheté autant de disques pour finalement en écouter si peu. Il y a à peine 6 ans, je crois que le nombre de disques non gravés que je possédais était tel que j'aurais pu tous les citer de mémoire. Aujourd'hui, je les compte, les liste, et fait même des statistiques sur leur compte – statistiques dont je partagerai peut-être avec vous le manque d'intérêt, une sorte de bilan à la fin 2010 – considérant que fin 2000 j'en était aux prémisses de ma découverte du monde fabuleux de la pop-music.

 

Mais pourtant, il y a bien plus en ces disques que juste des tranches que je contemple avec hésitation. C'est l'incarnation physique de ma vie. Les mp3, tout ça, c'est bien joli. N'empêche… L'aspect physique et les pochettes, voici qui compte aussi (les pochettes, une des raisons de mon adoration du vinyle). Tant que je vivrais mal le fait de découvrir qu'une de mes pochettes est fêlée (même si c'est un de ces banals boîtiers cristal), ou qu'un coin de pochette cartonnée s'est enfoncé je saurais que oui, acheter des disques n'est pas vain. Tant qu'à la vue d'un de mes disques, n'importe lequel, j'arriverai à me rappeler d'au moins une fois où je l'ai écouté, juste une…  Ce sera légitime de continuer à traîner les rayonnages. Et tant que la simple contemplation de mes rayonnages perso me permettra de gratter 4 pages… Le Rock – Critic restera, et restera un con.

 

 

 

 

 

 

1 Quand j'y regarde à deux fois, le ménage est tellement le bon moment pour écouter du rock n' roll (ça colle si bien) que je ne comprends pas que mon appart – et par extension celui de tout amateur de Rock - ne soit pas en permanence dans un état de propreté à rendre jaloux une représentante Stanhome.

 

2 C’est une image, n’est-ce pas. Sauf pour School’s out.

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 16:05

Cette année, je ne me suis pas rué sur mon bilan de 2010. Car il n'a rien de bien original: 2010 était, musicalement, une année bromure. Mais je me devais le faire, symboliquement. En effet, en 2011, Laisseriez-vous… sera mis en veille, avec des publications un peu moins fréquentes (quoi? C'est possible? Oui oui…).

Mais ne vous en faites pas, c'est juste que je vais me consacrer à un projet parallèle qui risque de me prendre un peu de temps, et dont je vous parlerais plus en détails en temps et en heure mais vous en faites pas, "en temps et en heure", c'est sous peu. J'y reviens bientôt. Enfin bref.

 

 

Finalement, en 2010… Je crois que le sentiment le plus présent fut la frustration: frustration de ne pas arriver à écrire, de ne pas rencontrer de grands disques, de voir les artistes dont j'attendais quelque chose publier des albums médiocres, bref, j'ai fulminé, ralé, me suis un brin refermé sur les valeurs sures, en 2010.

 

Restent quelques disques, cependant, de cette année qui ne restera pas dans les annales.


 

Harlem – Hippies.

 

http://www.popnews.com/popnews/harlem-hippies/harlem-hippies.jpgIl est mon disque de l'année pour des raisons devant autant à la qualité qu'à la symbolique: ça n'invente rien, cet album reste, finalement, une simple compilation de chansons (mais bon, Rubber Soul aussi)… Mais quelles chansons! Rafraîchissantes, joyeuses, sautillantes, simples et drôles. Du sourire sonore, une superbe découverte, un de ces disques dont on sait qu'on ne convaincra personne qu'il est un chef-d'œuvre, mais qu'on écoutera et réécoutera avec plaisir et régularité.

 

Ecouter en priorité: Cloud Pleaser, Someday Soon, Gay Human Bones

 

 

 

MGMT – Congratulations:

 

http://www.artistikrezo.com/images/resized/images/stories/redac3/mgmt_congratulations_200_200.jpgC'est simple, je n'attendais rien de MGMT.Et dans cet album, on trouve de tout. De l'inventivité accessible, surtout. La preuve qu'on peut avoir des ambitions musicales en continuant à trousser des mélodies qui apparaissent dès la première écoute, sans avoir à en passer par le syndrome de Stockholm du Rock – Critic1. Un plaisir, une folie, un moment agréable, un grand disque.

 

Ecouter en priorité: Brian Eno, Flash Delirium, Siberian Breaks

 

 

 


Viol – Welfare Heart

 

http://img.over-blog.com/300x251/0/32/02/56/Images-2/26768_1380572919594_1390051708_1046119_5434097_n.jpgC'était au début de l'année. J'en avais parlé, et, finalement, cet album ne m'a a aucun moment quitté. Au contraire, il a été rejoint par d'autres albums du sieur Violin, des d'avant se faisant plus présents, des d'après gagnant leur place. Mais toujours, au milieu, celui-ci. Que je n'écoute certes plus dans son intégralité – enfin, quasiment jamais dans osn intégralité. Mais certains de ses titres furent écoutés, en boucle et en boucle, tout le long de l'année. Toujours aussi beaux, convenant à tous les temps. Un album imparfait, mais un album qui a fini par m'appartenir (déjà qu'au début on était que 5…)

 

Ecouter en priorité: Make me believe in Santa Again, The Flavor of Love, The Bridge.

 

 

 

Rendez-vous… sous peu (j'allais mettre demain mais je peux rien promettre) pour trois autres albums.

 

 

 

 

1 Le syndrome de Stockholm du Rock – Critic est un phénomène particulier, lié à la fréquentation d'autres Rock-Critics. Prenons un disque, disons de pop indé electro ambiant depressive. Le Rock Critic voit que d'autres amateurs de musique tels que lui l'encensent. Devant ce fait, il décide de l'écouter – et le trouve inaudible. Cependant, ces gens ne peuvent pas l'avoir encensé sans raison – le Rock-critic se dit qu'il a du passer à côté de quelque chose. Il réécoute donc ce disque, à la recherche de quelque chose de marquant. Une fois, dix fois, vingt fois, il se force à écouter ce disque atroce pour comprendre pourquoi. Finalement, à force de séquestration de lui-même en compagnie de ce disque, i finit par lui trouver des qualités, voire commence à aimer ce disque. Il finira par rédiger une chronique dithyrambique de cet album "audacieux" dans laquelle "inaudible" aura été remplacé par l'expression consacrée "difficile d'accès". Critique qui contaminera à son tour d'autres Rock-Critics.

Exemples 2010: Gonjasufi, Sufjan Stevens, Zola Jesus . Les études montrent également que 60 % des artistes responsables ont un nom à la con (Zola Jesus. Pourquoi pas Balzac Buddha tant qu'ils y sont. Non mais.)

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 15:25

http://3.bp.blogspot.com/_iZayj_Lrfwo/SVrLk82XX1I/AAAAAAAAAu4/W5qKuoH_TKA/s320/Pinkerton.jpg-         Tiens… Pinkerton. Pourquoi donc, cette fois-ci?

-         Ben tiens, cette fois-ci, j'ai une réponse. Parce que Weezer a sorti un nouvel album. Et même deux, ce coup-ci.

-         Donc, quand Weezer sort un nouvel album… Tu en réécoutes un vieux.

-         Pas "un vieux". Pinkerton. C'est pas pareil. Et oui, quand Weezer sort un nouvel album, je réécoute Pinkerton. Comme le font tous les fans de Weezer.

-         Parce que tu es fan de Weezer, toi, maintenant.

-         Pas forcément, mais vu que le fanatisme est la seule raison valable d'écouter Weezer de son plein gré selon les tenants de la bien-pensance rock n' rollement correcte, je le suis malgré moi, de fait.

-         Je me lasserai jamais de ton goût pour les phrases simples. Donc Pinkerton.

-         Eh ouais.

-         Et pourquoi pas le bleu?

-         Parce que Pinkerton, c'est le plus profond, le plus sombre, le plus beau, le plus crépusculaire…

-         Et le plus le plus et tout ça.

-         Pinkerton, c'est le Black album de Weezer. Celui où, bizarrement, t'as pas vraiment de joie derrière les mélodies sautillantes, ce qui est assez vicieux en fait. Mais bon, c'est un album que je connais depuis si longtemps…

-         OK. Album d'adolescence quoi.

-         Non. Si je précise que je le connais depuis si longtemps, c'est parce qu'il a pour moi une sorte de… "concept", qui est totalement involontaire au départ.

-         Le coup de Madame Butterfly?

-         Non. Tu sais bien que moi, mon truc c'est plus de dénicher les références bibliques. Puccini, je connais rien, Mme Butterfly, je sais juste que ça se passe au Japon et qu'il y a un mec qui s'appelle Pinkerton, mais pas plus. Et je te cacherai pas que j'ai l'intime conviction que ça sert pas à grand-chose pour apprécier cet album…

-         … que, comme à l'habitude, tu apprécies selon tes propres critères, selon un concept et un sens montés de toutes pièces par ton esprit malade, au mépris de toute volonté de l'artiste.

-         Exactement.

-         Et ton concept à toi c'est….

-         … un peu compliqué à expliquer. Fixons déjà les choses avec un bon cliché qui est vrai: Rivers Cuomo est un loser. Sauf que… C'est pas juste un loser. C'est le loser ultime. Pierre Richard, à la fin des films, il réussit quand même à se taper Jane Birkin. Ce serait Cuomo, je te jure qu'en plus il se prendrait un râteau. Regarde un clip du début de la carrière de Weezer (genre  Undone (The Sweater Song), puis un plus récent, pas trop, mais un peu (genre Hash Pipe), et tu verras, le constat est sans appel: Rivers Cuomo, c'est le seul mec au monde chez qui a gagné en charisme en mettant des lunettes. Certes, il a volé celles d'Elvis Costello, donc ça aide, mais bon…

-          Donc Cuomo est un loser, tu étais persuadé, ado, d'en être un aussi, et…

-         Mais bordel, arrête d'essayer de rabaisser cet album à une connexion adolescente qui ne s'est pas défaite avec le temps: on peut tout à fait apprécier des trucs adolescents en étant adulte!

-         T'es adulte toi maintenant?

-         Tu comprends très bien ce que je veux dire. Autant être clair: quand j'avais seize ans, cet album ne me convainquait qu'à moitié. C'est en vieillissant que j'ai compris à quel point il était bon. Ca te va? Bon. Donc, comme je le disais, Rivers Cuomo est un loser, et, tu le sais comme moi, dans presque tous les groupes de potes, il y a un "copain loser". J'en ai eu, je l'ai aussi occasionnellement incarné, bref. C'est le pote auquel il arrive des merdes suffisamment fréquentes et suffisamment gênantes pour que tout le monde se marre quand il les raconte, mais presque plus par attendrissement que par moquerie. Ce genre de pote que tu associes automatiquement à l'expression "Sacré XXXX!". Evidement, il lui arrive rien de bien grave, c'est "juste" un loser. Et peu importe le degré d'amitié que tu lui portes, ce peut être ton meilleur ami comme une vague connaissance, l'effet est le même: quand il te raconte ses mésaventures, ça te permet de relativiser et de te sentir mieux, un peu, tu réalises que finalement, ta vie est pas aussi pourrie que tu le croirais si tu restais seul dans ton coin. Bien sur, à un moment ça va aller mieux pour lui – la vie est certes une chienne, comme on dit, mais bon, quand même…, et il laissera la place à un autre copain loser, qui reprendra le flambeau avec plus ou moins de classe, mais en tout cas avec la même spécialité, la spécialité éternelle du "copain loser": tomber amoureux de la mauvaise fille, sorte de running gag ultime de la lose.

-         Et donc, Rivers Cuomo est ton copain loser virtuel.

-         Non. Mieux que ça. Rivers Cuomo, c'est le copain loser du copain loser. Le grand commandant de la confrérie des copains losers. Rivers Cuomo a porté un appareil dentaire à 26 ans. Rivers Cuomo est fan de soccer. Il est totalement inadapté, et démesurément sympathique pour ces mêmes raisons. Sauf que tout ça je devrais peut-être plutôt le conjuguer au passé, en fait. Parce que le commandant en chef, c'est le Rivers de Pinkerton. Pour ça que c'est cet album là et pas un autre: depuis, il va mieux, il s'est marié, il est (mon Dieu) heureux. C'est là tout le paradoxe pour le fan de Weezer: souhaiter entendre un nouveau bon album de Weezer, bien foutu, émouvant, et tout, c'est souhaiter qu'il arrive les pires malheurs à Rivers Cuomo. Il y a plein de groupes dont on sait qu'ils n'atteindront plus jamais leur plus haut niveau, car ils ont atteint celui-ci en étant au fond du trou. Je sais de quoi je parle, je suis fan des Smashing Pumpkins, et je sais que chercher à entendre un Nouvel "Adore", c'est souhaiter bien trop de maheurs à ce pauvre Billy. Et je le pense honnêtement: je veux pas que ce genre de malheurs arrivent à nouveau à Corgan. Pour Weezer par contre, j'ai vraiment l'impression qu'on dit que "non, ce serait lui souhaiter trop de malheur" juste pour la forme, et que finalement, on espère rien tant que voir Rivers sombrer à nouveau.  Ce qui est absurde, car même s'il rechutait, il ne ressortirait jamais un album à ce point beau de naïveté adolescente. C'est ça l'autre grande qualité de Pinkerton: son côté ado.

-         Faut définitivement que t'arrêtes avec ton obsession pour l'adolescence. T'es adulte maintenant. Enfin, il paraît. Enfin, à l'état civil.

-         Ouaif… Bizarre, comme adulte, tu admettras. Et justement. C'est mon côté adulte bancal qui me fera pour toujours adorer cet album.  Le côté ado dans la musique, c'est un peu un truc à quitte ou double. On peut trouver les Libertines ado, et ça l'est: mais ce sont des ados teigneux, fouteurs de merde, bordeliques, qui s'en foutent des conséquences. D'un autre côté, tu as aussi un côté ado chez… j'ai du mal à trouver un exemple de l'autre côté, mais disons, au hasard, les Doors (dont on aurait ôté le côté sexy et sulfureux), ou, mais vraiment dans une moindre mesure, les Smiths (torp adulte, les Smiths, quand tu y regardes bien): l'ado un brin poseur, qui réfléchit trop, qui se prend pour un artiste, conscient de lui-même et légèrement arrogant. J'aurais adoré être du premier type, mais c'est pas dans ma nature et encore moins dans mon éducation d'être teigneux ou rebelle. J'aurais pu être du second type, mais j'ai justement passé une bonne partie de mon adolescence à réfréner ce côté de ma personnalité – pour être plus comme les autres. J'ai passé mon adolescence à écouter Radiohead en lisant Rimbaud, mais en prenant bien attention à pas utiliser de mots de quatre syllabes devant les fans de Sum 41 avec lesquels je traînais, ces teigneux que j'admirais car ils étaient tout ce que je ne serais pas. Y a pas à dire, j'étais un ado quand même sévèrement… socialement schizophrène. (tu trouves pas que ça sonne super mal de coller deux adverbes à la suite?)

-         Je me dis surtout que t'es en train de me bassiner avec ton adolescence en ayant toujours pas réussi à me parler du "concept perso que tu injectes dans Pinkerton". J'en déduis qu'il doit quand même être sacrément compliqué. Ou que tu t'es paumé dans ta propre logorrhée. Mais bon, j'opte pour l'option qui veut que tu sois un gros tordu.

-         T'inquiètes, j'y arrive. Disons que coincé entre Libertines et Doors, Cuomo, cultivé mais névrosé, désireux d'être rebelle mais timide, est l'adolescent que j'étais. Et Pinkerton narre sa vie sentimentale selon un mode "1 titre, 1 fille, 1 échec". Avant toute chose, je te rappellerais que j'ai découvert cet album à une époque ou je ne parlais pas anglais aussi bien qu'aujourd'hui, donc que mon interprétation est on ne peut plus sujette à discussion, ok?

-         Ok.

-         Et que cependant, vu que j'ai découvert cet album après mon adolescence (dans l'hypothèse où on considère celle-ci finie à l'heure actuelle), c'est bien de l'album dont je parle, et non d'une projection de ma vie en musique sur les titres de cet album. Ok?

-         Ok.

-         "Tired of Sex", une nymphomane. "Pink Triangle", une lesbienne. "Across the Sea", une fille trop éloignée, et, j'y reviendrais, une histoire "éthiquement" répréhensible. "Why Bother", un coup d'un soir dont tu aurais voulu qu'il devienne une vraie histoire. "Falling for you", sa meilleure amie (qu'il garde pour la fin, dans la longue liste des trucs à pas faire.) Avec deux titres un brin à part, en l'occurrence "The Good Life", à mi-album, qui est le moment où il décide de se reprendre en main en espérant que ça changera un peu les choses, et "Butterfly", qui est le moment où il réalise que la lose n'existe pas, et de la pire des manières.

-         Ah ouais, t'as quand même bien planché dessus.

-         Un peu, ouais.

-         Euh, tu développes?

-         Pas en détail, mais quelques titres méritent qu'on s'y arrête. Deux, en fait. Le premier, c'est juste la meilleure chanson que Weezer ait jamais écrite, et c'est "Across the Sea".

 

 

 

 

 

L'histoire, à la base, est vraie: après la sortie du premier album de Weezer, Cuomo a reçu une lettre d'une fan japonaise qui l'avait entendu à la radio, lettre toute mignonne je suppose, et qu'il décrit rapidement dans cette chanson. Vu comme Cuomo est poissard (si, quand même), on peut supposer que c'est un des trucs les plus gentils et touchant qui lui aient jamais été adressés par une personne de la gent féminine, sa mère mise à part. Qu'il ne la connaisse pas, qu'elle soit éloignée de lui de milliers de kilomètres, peu importe: l'attention est tellement touchante que fatalement, on peut supposer qu'il se mette à éprouver une certaine tendresse pour cette fan. Toute histoire est inenvisageable, certes, d'autant plus qu'à la base, la fan en question a 14 ans.  Or dans la chanson elle en a 18. Je ne sais pas si c'est juste pour échapper à la censure, ou si c'est le coup de génie que j'aime à envisager: ce glissement d'âge modifie totalement l'approche du truc. Le problème qu'on qualifiera de "légal" étant viré, on passe à un problème purement moral, éthique, et là on plonge vraiment dans la névrose. Parce que finalement, dans ce cas là, où se poserai le problème de, sait-on jamais, tenter l'aventure? Un gars qui y croit vraiment, dans cette situation, et s'il peut se le permettre, tenterai le truc, s'il se sait vraiment amoureux, et ce même si tout le monde autour de lui dit que c'est une idée à la con. Pas Rivers. Pourquoi? Parce que ces deux petits vers qui résument parfaitement le traumatisme des gens qui ont été sages, alors ados: "You see mum, I'm a good little boy. It's all your falt momma, it's all your fault".En gros: si je suis malheureux, c'est parce que j'ai obéi à ma mère – corollaire: je suis complètement passé à côté de mon adolescence, ou du moins elle s'est déroulée sans que je la vive. Bien éduqué, j'ai toujours fait les choses comme il fallait, et avec le recul, je regrette de pas avoir fait quelques conneries de plus à l'époque. Surtout que maintenant, je suis un exemple, alors que je suis névrosé comme pas permis. C'est le paradoxe des mères: elles ne veulent rien plus que nous voir réussir nos vies, mais si on les écoute à la lettre, on finit par seulement réussir dans la vie, ce qui n'est pas la même chose du tout. Evidement, Rivers, lui aussi bien éduqué, est incapable de tenter ce coup de folie sous l'impulsion de l'amour, et en plus, même pas pour des raisons … logiques, genre la crainte de se prendre un râteau. Non, juste parce que c'est pas le genre de trucs qu'on fait, au même titre que draguer une fille casée et tous ces trucs qu'on fait pas sans même vraiment savoir pourquoi on ne tente pas sa chance – sinon pour se conforter dans son propre malheur. Logique, finalement, que la chanson qui suive celle-ci soit "The Good Life", soit la reprise en main et également le piétinement le plus total de ce qu'on était (I should have no feeling – cause feeling is pain) parce que comment veux-tu creuser plus bas que la réalisation de tout ce que tu ne feras ja-mais de ta vie?

-         T'es un gros malade. Dans quelle mesure je peux te croire, et non pas juste considérer que tu fais juste porter à Cuomo le poids de tes propres névroses?

-         Boarf, si on peut même plus se projeter sur ce que racontent les rockstars, autant écouter du trip-hop, putain. Et accessoirement, c'est pour moi la seule explication possible de la présence de cette phrase concernant sa mère ua milieu de cette chanson. Mais venons- en à Butterfly. Qui elle, s'inspire de l'opéra dont on a dit qu'on ne connaissait rien, mais qui, en gros, raconte comment Pinkerton, officier américain, arrive au Japon, tombe amoureux d'une japonaise, lui fait un gosse, doit repartir mais promets de revenir, sauf que quand il revient, il s'est remarié avec une américaine. C'est une tragédie, donc au final gros carnage: dépossédée de son enfant au profit du père de celui-ci, Madame Butterfly se suicide. Transposé à l'adolescence, Pinkerton est le mec qui, à la fin de l'année scolaire, a réussi à sortir environ 15 jours avec chacune des filles de sa classe, et aussi quelques-unes des autres. " Partout dans le monde, le Yankee vagabond prend son plaisir et son profit, indifférent à tous les risques. Il lève l'ancre n'importe où ", c'est l'extrait de l'opéra inscrit autour du CD. Cet extrait se réfère évidement à Pinkerton, le séducteur impénitent, l'ennemi intime du "loser sentimental", qui le méprise autant qu'il l'envie, intimement convaincu qu'il est que, lui, au moins, saurait respecter les demoiselles auxquelles Pinkerton brise le cœur sans état d'âme. Sauf que… Sauf que Butterfly. Ou Rivers se retrouve dans les pompes de Pinkerton. Perso, j'ai toujours interprété le " I'm sorry for what I did  I did what my body told me to" comme un aveu de tromperie. Rivers s'est comporté en Pinkerton: sur le papier, il est un vainqueur… Mais la douleur est pire encore que celle d'être un loser: c'est la douleur de la culpabilité. Everytime I pin down what I think I want it slips away. Parce que Rivers n'a pas la main sûre, en fait. Genre pas du tout. Et surtout, il vaut pas mieux que les autres: il est normal. Il ne traite pas les filles mieux que le Pinkerton commun du lycée. Parce qu'il n'est qu'un gars comme les autres. Peut-être plus sensible, peut-être plus cultivé, peut-être moins quelque chose ici où là, aussi (sûrement). N'empêche, il est quand même comme les autres et peut se scomporter comme un connard au même titre. C'est peut-être une des pires réalisations que peut faire le loser adolescent: une fois sorti de sa gangue de lose… Son expérience passée a beau exister, il devient aussi atroce que ceux qui ne l'ont pas expérimentée.

 

Alors au final, nous, fans de Weezer, on n'a certes de cesse de répéter  qu'on préférait les albums d'avant, ceux ou il avait pas encore commencé la méditation, était pas marié, avait aucune confiance en lui, mais au moins avait du goût.

Sauf qu'au fond de nous, on sait que c'est vraiment égoïste de lui demander un truc qu'on a aucune envie de faire nous-mêmes: revivre une nouvelle adolescence. Plutôt revivre celle qu'on a déjà vécue en réécoutant cet album, c'est déjà suffisamment douloureux par moments.

-         Et donc… voilà. OK. Ca m'avance pas plus – encore une fois – mais bon.

-         T'en fais pas. Cette fois je reviens à la vraie vie. Avec du sucre dans mon thé.

 

 

 

http://3.bp.blogspot.com/_u26Wbd2lpVI/SnwxPvAKg9I/AAAAAAAAAng/nep7i6qKl28/s400/Weezer2.jpg

(On espère que cet article vous a plu.)

 

 

(Remarque: ce texte a été écrit avant de découvrir la réédition récente de cet album, pour laquelle il passe de 10 à 36 titres – autant vous dire qu'il tourne plus que jamais, et plus longtemps en plus)

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Published by Guic ' the old - dans Why Bother
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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 14:20

http://3.bp.blogspot.com/_Uxg-z1DnraA/TEg8A3GNiaI/AAAAAAAAEMk/Hyaa1dVWxIE/s1600/OlympusinReverse.jpgDes fois, je prends ma guitare, et je gratte quelques accords. Parfois, c'est même "pas mal" je trouve. Et Dieu sait que je suis exigeant vis-à-vis de moi-même. Quoique, d'un point de vue musical, je fais preuve d'un peu plus de tolérance vis-à-vis de moi-même: je sais que je ne suis pas vraiment doué.

Pourtant, je m'acharne, car j'ai un rêve. Écrire une chanson. Rien qu'une. Ma vie quotidienne n'a rien de bien artistique, j'ai depuis longtemps laissé tomber toute idée de faire de ma prose une œuvre quelconque (je sais ce que c'est que ressentir le besoin d'écrire, mais suis totalement dépourvu d'imagination – c'est pour ça que j'écris sur la musique), je n'ai que peu de talents de compositeur, et en tant que dessinateur, n'en parlons pas (j'ai cependant un certain talent pour gribouiller des cubes en perspective cavalière – l'influence de ma formation scientifique, sans doute.)

Pourtant, dans un coin de ma tête, j'ai envie d'écrire une chanson. Simple. Belle, évidement. Émouvante, si j'y arrive. Évidement, ce sera ma chanson à moi, et personne ne l'entendra sûrement jamais – je suis incapable de chanter et de gratter en même temps. Pas compliquée comme chanson: 3, peut-être 4 accords. Couplet, Refrain, Couplet, Refrain, peut être un pont, Refrain Couplet Refrain Refrain Refrain ad lib.

Mais bon. Déjà, il faudrait sélectionner avec soin les accords, puis le tempo, la rythmique. Et surtout écrire des paroles. En anglais les paroles. Les écrire en français me paraît irréalisable.

Dans un coin de ma tête (il s'en passe des choses, dans ce fameux coin), je sais déjà à quoi je voudrais que ressemble ma chanson. Enfin, je ne veux pas que ça y ressemble (non, le plagiat, très peu pour moi), mais c'est une sorte de Graal, inaccessible, sorte de perfection lointaine que j'aimerai effleurer. Je voudrais que ma chanson exprime ne serait-ce qu'un millième des émotions qui me traversent quand j'écoute ce titre. Say Yes, d'Elliott Smith. Car oui, ma chanson sera une ballade. C'est tout ce que j'en sais.

 

 

Sachant cela, il vous est aisé de comprendre pourquoi j'adore autant que je déteste le travail d'Ernesto Violin. A chaque album, c'est la même difficile confirmation: Ernesto a du talent, un sens mélodique fascinant, et en plus c'est un bon parolier. Je hais ce mec, mais je l'admire. Même quand une de ses nouvelles chansons nous déçoit un peu, c'est malheureusement pour de bien mauvaises raisons. En général, c'est qu'on se dit qu'écrire celle-là, pour lui, ça a du être trop facile. Et vu que ça fait quatre ans que je lutte sur le simple espoir d'écrire une chanson, ben moi ça m'énerve.

 

D'autant plus que ce garçon est plus jeune que moi – mais on ne saurait lui en tenir rigueur. A mon âge actuel, Bowie avait déjà sorti Hunky Dory, McCartney déjà écrit Yesterday, et Ian Curtis s'était déjà pendu.

 Pourtant, en découvrant ce (déjà!) cinquième album, Olympus in Reverse, j'ai cru que mes griefs allaient se calmer; Les deux premiers titres sont déroutants - pour celui qui n'a pas fait attention dans les albums précédents. Il s'y exprime une rage déjà présente auparavant, mais ici elle s'exprime dans la composition, et non plus seulement dans l'interprétation. Et quand la rage se dissipe c'est l'amertume qui l'emporte: le texte de "I wanna marry you" ne laisse aucun doute à ce sujet. Dans cette chanson smithienne en diable (doublement smithienne même: une mélodie digne d'Elliott, un texte digne de The.), (enfin je trouve) et sous des airs faussement guillerets, on  aconfirmaton, sur le papier (à musique) qu'on est pas seul à trouver que notre époque pue. Cette chanson, que je n'aimais pas plus que ça à la première écoute, (soit donc avant de me pencher sur les paroles - erreur classique) est finalement la plus emblématique du malaise qui traverse Ernesto – et l'auditeur: même dans les meilleurs moments, il y a un truc qui déconne quand même, et le bonheur de se faire de plus en plus illusoire. Après l'épiphanie spirituelle et sentimentale de Welfare Heart, ça fait sévèrement mal. Olympus in Reverse, en effet. Downfall from Olympus. Zeus Got a Huge Hangover.

 

Non content de faire des chansons qui me plaisent, il arrive maintenant à faire des chansons que j'admire: je l'ai déjà dit, je hais ce type. Mais aussi  je l'admire.

 

Mais s'il faut vraiment être honnête, avouons que la fin de cet album, bien que réussie, je ne l'écoute quasiment jamais. Si d'aventure cet album sortait en vinyle, nul doute qu'il ne quitterait que rarement la platine, mais aucun doute non plus quant au fait que ce serait la face A qui tournerait dans 95% des cas*.Il y a sur cet album une sorte de scission (au moment du solo de guitare final d'Olympus) qui sépare les cinq premiers titres  des quatre derniers. Et si tout est bon, c'est tout de même la première partie qui s'avère la plus fascinante.

 

Sur ce début d'album, ça joue pas mal du xylophone, mais surtout… Ca grogne, ça distord, ça fuzze, et jamais ça ne dissone. Pas besoin: l'agression est déjà suffisamment forte pour ne pas jouer de cet effet. Un très bon ami m'a dit un jour: "Bowie, le truc, c'est qu'il a un sens mélodique inné tellement puissant, qu'au bout de dix ans de carrière il s'est senti obligé de passer son temps à dissoner". Par contre il ne m'a pas dit si, selon lui, Bowie voulait s'excuser de son talent ou que sa musique reste un défi.

On pourrait croire qu'après quatre albums sur la voie de la mélodie parfaite (et c'est vrai qu'on peut se demander comment dépasser, sur le plan mélodique, un "Flavor of Love" ou un "Make me believe in Santa again", enfin moi je me le demande), Ernesto ait subit la même crise mélodique, pour des raisons qui lui appartiennent. Sauf qu'ici, Ernesto ne franchit pas les limites de la mélodie. Il joue avec, frôle les bords, le tout au service d'une rage de moins en moins contenue (Victoria Falls) et d'un désespoir que même l'amour ne parvient plus à éviter (Chinatown's Blues)

 

"Are you happy with the life you live?" C'est ainsi qu'Ernesto nous cueille à l'orée de l'album (The Kidney Sweeper, meilleure métaphore 2010). Nous accueille? Nous agresse? On ne saurait le dire. Nous parle-t-il, se parle-t-il à lui-même, voire à son double maléfique et alcoolique? On ne le sait pas plus. Ernesto se joue de la narration comme des règles de composition, il connaît sa place: à cheval sur cette frontière qu'il n'a aucune envie de détruire. "Les règles sont faites pour être brisées", tout le monde le sait. C'est donc choisir la facilité que de le faire.

Alors, plutôt que de creuser les murs pour s'échapper comme le premier venu aurait envie de le faire, il tambourine dessus, se fracasse le crâne contre les parois d'une cellule dont on sait de moins en moins si elle est celle d'un moine ou d'un dément. Et ainsi, l'hypothèse qu'il s'échappe est encore plus effrayante que ne le paraîtrait sa liberté effective. Les pistes sont brouillées, on ignore s'il est un génie ou un fou. On ne sait si l'on doit l'admirer ou le détester. On sait juste qu'on se doit de prévenir le maximum de personnes de son existence. Et, pour la seconde fois cette année**, on remet à plus tard l'instant d'écrire une chanson à soi, pour prendre une grande leçon de talent auprès d'Ernesto, et la plume pour propager sa bonne (mais triste) parole. Et c'est avec plaisir qu'on ira le voir précher dans le rade le plus proche, si d'aventure il rejoue en un lieu accessible à nos oreilles.

 

Vous connaissez maintenant le mécanisme: Vous allez sur le  VIOL's Boat me télécharger ça, c'est gratuit, et c'est du très bon, n'hésitez pas à faire circuler la bonne nouvelle du retour d'Ernesto.

 

 

Ce qu'en pensent Thomas Sinaeve, et Benjamin F.

 

 

 

* C'est d'ailleurs le cas de beaucoup de disques chez moi: le Premier Roxy Music, Master of Puppets de Metallica, Figure 8 (Encore plus pervers, c'est la face A du Disque 1), Love it to Death (Alice Cooper)… Pour ce que j'ai en vinyle.


** En 2010, époque ou l'on s'est habitué à attendre 3 ans pour qu'un artiste qu'on aime sorte un album décevant, une telle productivité, a fortiori une telle productivité de qualité n'est-elle pas de la dernière indécence? Dans les années 60 ça passerait, mais de nos jours… (Nous aborderons le sujet  "Ernesto Violin, anachronisme ou intemporalité ?" lors d'un autre séminaire)

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 15:41

http://www.reallysharpband.com/pb/wp_bb60fb3f/images/img1200648a078ebd44a7.jpgTout est parti de l'idée suivante: tiens, et si je fouillais histoire de voir s'il n'y a pas un concert sympa à se faire? Parce que je suis comme ça, moi, si j'ai pas un concert que j'attends avec impatience, ma place bien rangée sur le baffle gauche de la mini-chaîne, je me sens tout nu, je dépéris. C'est comme ça.

 

Et puis, alors que je déambulais dans les allées virtuelles d'un refourgueur de places de concert de grande distribution, j'ai soudain eu l'impression d'être en train de fouiller le rayon disques. Zappa plays Zappa's Apostrophe, à l'Olympia. Patti Smith joue Horses, Salle Pleyel. Roger Waters, The Wall à Bercy. C'est quoi cette nouvelle mode? C'est pas justement l'intérêt le plus basique du concert, que de ne pas aller écouter le disque régurgité sur scène telle quel? Parce qu'en plus, tous ces concerts sont d'ores et déjà complets, ce qui ne m'avance pas.

 

Oh, certes, on ne parle pas là d'albums mineurs, ni de débutants (Qui a dit "vieilles gloires sur le retour"?), mais pourtant, sur le principe, ça me pose problème. Ce que j'aime, moi, en concert, c'est… d'être surpris. Cette surprise, elle peut se caractériser de plein de manières, évidement: Une réorchestration originale d'un vieux morceau, une reprise bien sentie ou inattendue (Genre Courtney Love qui reprend Pearl Jam), voire même un invité surprise…

Pourtant, la surprise la plus basique de toutes, c'est (et ça devait rester, m'est avis) la setlist quand même! Bien sur, des fois, c'est pas plus mal de coller un peu à l'album dont on tire les morceaux. Quand les Queens of the Stone Age démarrent en balançant Feel Good Hit of the Summer / Lost Art of Keeping a Secret1, je suis bien loin de bouder mon plaisir, voire même plus, je suis content de retrouver cette transition, ces deux morceaux s'enchaînant, il faut l'avouer, plutôt bien. Par contre, derrière, si c'est pour se bouffer tout l'album, très peu pour moi. De même, Placebo a passé dix ans à enchaîner Bionic et 36 Degrees en concert, on aurait pas idée de s'en plaindre. Et je ne parle pas des des enchaînements "spécial concert" devenus mythiques par la force des choses – genre Neighbourhood #3 / Rebellion (Lies) d'Arcade Fire, dont on aurait plutôt tendance à déplorer l'éventuelle absence – là n'est pas le sujet de l'article, d'ailleurs.

 

Reste que cette idée de jouer, sur scène, des albums tels qu'ils sont sur disque me laisse perplexe. Ce n'est pas nouveau, certes: Pink Floyd jouait déjà "The Wall" en entier à l'époque, les Who ont déjà, à plusieurs reprises, interprété l'intégrale de leurs operas-rock en live: Je le sais, j'ai le coffret 3 DVD pour les Who, et bizarrement, c'est le DVD avec les rappels en mode Best Of qui a le plus tourné. (Et ce, malgré la présence de Billy Idol dans chacun des deux concerts)

Et encore, dans le cadre d'un opéra rock…Ca me gênerait presque moins, même si, pour mauvais qu'ils soient, je vois plus logique d'en faire des films – ou des comédies musicales (ne riez pas, ils adaptent Greenday à Broadway en ce moment – j'ai peur que ça débarque à Mogador)

Mais pour les concept-albums (et encore, Horses est-il un concept album?)… C'est juste super bizarre, selon moi. Parce que le concept album, c'est en quelque sorte (théoriquement) le degré supérieur de la "galette", une idée qui existe par et pour le disque, par et pour l'album concerné, mais qu'on ne va pas forcément chercher à adapter en live tel quel. On en prendra des morceaux, on les placera à des moments stratégiques, mais on ne jouera pas l'album en ordre: suffit de regarder la setlist des concerts de Bowie période Ziggy, pour voir que dès le départ, c'était pas ça l'idée!

Et encore, s'il n'était question que de concept-albums… Mais quand je vois Weezer envisager de jouer le Blue et Pinkerton en intégralité sur scène… Alors qu'ils ne sont même pas vraiment une vieille gloire sur le retour… Et qu'on ne parle pas non plus d'album concept sur ce coup là… Ca sonne bizarrement faux. On se dit que ça devient vraiment une sorte de nouvelle mode… Plus feignant encore que de jouer la même setlist sur toutes les dates de la tournée, maintenant, on va jouer la setlist écrite au dos de l'album. Et ainsi gâcher un des plus grands des plaisirs des concerts: ce frisson dans le bas du dos qu'on ressent quand on entend résonner les premières notes de ce titre qu'on avait envie d'entendre et qu'on ne savait pas s'ils le joueraient, ou pas (oui, généralement, c'est pas le single qui fait cet effet là, donc le doute peut exister – le single, lui, il sert à savoir que le concert est pas encore fini tant qu'il est pas joué.)

 

C'est marrant de se dire qu'il y a quarante ans, le premier concept – album était un faux concert, repris sur disque. Aujourd'hui, on refait le chemin en sens inverse. Au final, je sais pas trop si c'est boucler la boucle ou reculer.

 

N'empêche, je sais toujours pas ce que je vais aller voir en concert moi….

 

 

 

 

1 Binôme ouvrant l'album Rated R

2 Plages 3 et 4 du premier album

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 11:19

 

 

 

 

http://img.listal.com/image/585513/600full-the-smiths.jpg-         Mais pourquoi t'écoutes ça?

-         De quoi?

-         Pourquoi t'écoutes ça?

-         Ben, je sais pas… parce que j'aime bien… Généralement, quand j'écoute un truc, c'est que je l'aime bien, en fait. Pas un scoop non plus, quand même.

-         Oui, mais enfin, pourquoi celui-là en particulier? Y a plein de trucs que t'écoutes moins, alors que tu les aimes bien quand même. Enfin, tu dis que t'aimes bien.

-         Genre ?

-         Genre les Beatles. En dehors de tes sessions Rock Band Beatles, t'écoutes quand même pas souvent les Beatles, tiens. Alors que, merde, t'en as un album en 3 exemplaires, pourtant.

-         Alors, déjà, j'aime effectivement les Beatles, d'amour, et je t'interdis d'en douter (j'ai bien senti le sarcasme dans ton "tu dis que tu aimes", attention), et en plus, c'est 4 fois que je l'ai, si tu comptes le CD gravé que j'en ai eu quand j'avais 19 ans.

-         Ouais, peut-être, n'empêche, tu l'écoutes jamais.

-         Oui, mais tu sais, Sgt Pepper's, moi…

-         Enfin bon, même les autres, tu les écoutes jamais!

-         Mais tu préfèrerais que j'écoute les Beatles?

-         Non, pas forcément, c'est juste que je ne comprends pas pourquoi tu ne les écoutes jamais, alors que si on te demande ce que t'aimes comme musique, ils sortiront dans les trois premiers à coup sur.

-         Ben, je sais pas, j'ai un peu l'impression d'en avoir fait… non, pas d'en avoir fait le tour, mais je connais quasiment tous les trucs que j'aime dessus par cœur maintenant, tu vois…

-         Parce que ça, par exemple tu connais pas par cœur, tu vas me dire.

-         Si, mais c'est pas pareil.

-         … Et je pourrais savoir en quoi c'est pas pareil?

-         C'est pas pareil, c'est tout. Ca me parle. Voilà. Ca me parle vachement plus que les Beatles.

-         Parce que les Beatles ça te parle pas?

-         Si, bien sur, mais… pas à moi. Les Beatles, ça parle à tout le monde. Tout le monde aime les Beatles, et  'est normal, parce que les Beatles sont grands. Alors, oui, bien sur, les Beatles me parlent, mais à moi comme à d'autres... Que là, non. Morrissey, quand il me dit "You just haven't earned it yet, baby", "You" et "Baby", c'est moi.

-         N'empêche que tu connais par cœur quand même. Et puis, franchement, j'ai envie de te dire, quand même, tes Smiths t'en fais le tour beaucoup plus vite que les Beatles.

-         Attention à ce que tu dis toi…

-         … Non, mais c'est vrai, en plus c'est super daté, ça pue les années 80, le chanteur passe son temps à se lamenter…

-         Ca va les clichés, là?

-         Attends, tu sais très bien que dans les clichés, y a parfois un peu de vrai. T'as traîné avec des métalleux et des punks je te rappellerai.

-         Peut-être, mais là, non: c'est pas daté, c'est d'époque. Ca ne pue pas les années 80, tu oublies que les années 80 nous ont offert plein de trucs bien: Joy Division, Back in Black

-         … 1980 quoi.

-         Mais laisse moi finir! Les Guns N' Roses, les Pixies,

-         Ouais ouais, Nirvana, aussi, Pearl Jam, en gros, le "cadeau" des années 80, c'est les années 90? Non, mais vraiment, un truc des années 80, en pop (je me méfies, tu vas me sortir Metallica)…

-         Tu me connais bien …

-         Donc, en pop, du milieu des années 80, valable.

-         … Moi? (Plus milieu des années 80, tu peux pas, remarque).

-         Tu vois? T'as rien. D'ailleurs, ils le disent tous, les Smiths, meilleur groupe de pop des années 80. Si ça c'est le meilleur, franchement, faut pas s'étonner que les années 80 aient mauvaise presse.

-         Ouais, mais non. Le truc c'est que… tu vois: "Les Smiths meilleur groupe des années 80", ça a beau être vrai, il faudrait pas le dire. Parce que la conséquence directe, c'est que les élitistes du rock de tout poil vont les écouter juste pour vérifier si c'est vrai. Et trouver que cette réputation est usurpée. Les Smiths, tu ne dois surtout pas les écouter parce que c'est le plus grand groupe des années 80. C'est sûrement la pire raison de le faire – je le sais, c'est pour ça que je les ai écoutés la première fois, m'attendant à recevoir la même claque qu'avec les autres "plus grands groupes de décennie": Radiohead, Beatles, Clash… Et je peux te jurer que cette claque là, c'est pas avec les Smiths que tu l'auras.

-         Mais ta "claque", c'est pas la raison pour laquelle t'écoutes tant de trucs, dans le but de te la prendre?

-         Si, ouais, bon, certes,…

-         Aha!

-         Non mais c'est pas pareil. Les Smiths, un jour, ça te tombe sur le coin de la gueule, mais c'est pas une claque. Plutôt une caresse dont tu sais pas d'où elle vient ni pourquoi tu y as droit. Un jour pas fait comme un autre, tu te retrouves à écouter les Smiths, et à ce que, comme je te disais, Morrissey te parle. D'un coup t'as l'impression qu'il détient les clés pour t'aider à comprendre les clés de ta vie, ou, à défaut, t'aider à supporter les mauvais moments, avec humour, ironie…

-         …pleurnicheries…

-         Non, non, non! Le coup de "Morrissey la pleureuse", ça va cinq minutes, merde. Tu vois pas que quand il se lamente, c'est bien évidement au second degré?

-         Non, non, non! Tu vas pas me faire le coup du second degré. C'est quand même ton argument fétiche dès que tu dis une connerie.

-         Ouais, mais là non. Tiens, écoute celle là:

 

 

 

 

 

-         Tu vas quand même pas me dire qu'on peut prendre cette façon de chanter, ces paroles au sérieux? C'est ultra-cabotin, à la limite du ridicule. Mais je te cacherai pas que ce genre de trucs m'a pas sauté aux yeux la première fois: il a fallu que je vieillisse un peu pour m'en rendre compte. Si tu prends juste la musique, c'est sympa, mais pas le plus important. Si tu prends les paroles, premier degré d'ironie, dû au décalage entre la joie de la musique et la tristesse du propos. C'est marrant un temps, mais bon, si tu veux te lamenter sur ton sort, il y a assez d'autres trucs pour pas écouter les Smiths…

-         Tu m'étonnes...

-         Mais laisse moi finir: le moment important, c'est le moment où tu réalises ce qu'il en est vraiment de la voix. Tellement maniérée, tellement grandiloquente et finalement grotesque, que tu comprends qu'en fait, il ne fait rien d'autre que se foutre totalement de la gueule … ben du narrateur de la chanson, à savoir lui-même. En plus, tu te sens un brin con parce que rien qu'en réfléchissant aux paroles, t'aurais du le deviner:

I want the one I can't have and it's driving me mad…

OK, à la rigueur, tu peux dire ça, ou tout du moins le penser (c'est justement le fait que, quand tu es dans une telle situation, tu n'oses en parler à personne qui te rend malade…). Mais par contre, le "It's written all over my face" qui vient derrière, quand bien même oui, effectivement, ça se voit sans gamberger plus de 10 secondes en général, tu es bien le dernier à en avoir conscience. Jamais, ô grand jamais, si tu es dans une telle situation, tu n'es foutu de dire ou même de penser que ça se voit, cet amour que tu tentes tant bien que mal de dissimuler pour sauver les apparences, et pour paraître sain d'esprit.Et là t'as compris le propos de la chanson, d'un coup. C'est une parodie de chanson larmoyante, justement, un pastiche d'auto lamentation.

-         Ouais, mais ton explication, là, elle marche sur ce titre là. Y en a quand même plein où ça s'appliquera pas.Genre "I know it's over". Tu vas pas me dire que c'est fin, distancié, tout ça. OK, elle est belle, mais ça reste de la bonne vieille lamentation option "Allo maman bobo".

-         … Celle-là c'est pas pareil.

-         Comment ça?

-         Celle-là, c'est pas pareil. Déjà parce que c'est la chanson de la "révélation". Si j'aime ce groupe à ce point là, c'est aussi, au même titre que pour la plupart des groupes que j'apprécie vraiment, à un moment, il y a eu une chanson d'eux que j'ai écoutée jusqu'à n'en plus finir, dans des circonstances particulières, qui font qu'elle est ce qu'elle est à mes yeux. Comme quand je parlais de " The Night Before". C'est une chanson déjà bien, en soi, mais pas seulement. Et celle là, c'est même pas une question de second degré, c'est une question de circonstances qui fait que je lui donne une signification qui n'est pas la signification qu'y verrait un quelconque quidam en l'entendant la première fois, même en ayant les paroles sous les yeux et une notion aiguë du second degré.

-         Donc pour toi c'est pas une banale chanson de rupture.

-         En effet. Pire que ça.

-         Une chanson de deuil? De râteau? Attends, ça reste une chanson d'amour quand même.

-         Oui, mais c'est une chanson de non-râteau.

-         De non- râteau? C'est quoi encore ces conneries?

-         Ah ça, t'inquiètes que je dois être le seul à la voir comme ça. Pour moi, "I know it's over" ce n'est pas "je sais que c'est fini", mais "je sais que c'est foutu", ce qui, je te l'accorde, fais appel à une définition extrêmement française de "over". Pour moi, c'est pas une chanson que t'écoutes après une rupture. Pour moi, c'est une chanson que t'écoutes quand tu sais que cette personne là en particulier, tu as grillé toutes tes chances avec elle, et que ça ne se fera jamais, non pas parce que tu as essuyé un refus, mais parce que, de toi-même, tu prends conscience que … ça mènerai nulle part, de toutes façons. Et qu'accessoirement, c'est toi le responsable. Regarde:

 

 

 


"And as I climb into an empty bed
Oh well. Enough said.
I know it's over - still I cling
I don't know where else I can go"


Son lit est vide, mais il te dit pas qu'il est "vide à nouveau", t'en sais rien, et le "Enough said", c'est peut-être là pour marquer la lassitude, une sorte de ras-le-bol face à sa propre solitude… "I don't know where else I can go", c'est ce sentiment que tu subis, cette forme de profond désespoir qui t'assaille quand tu réalises que, finalement… tu n'éprouves de sentiment amoureux pour personne, tu es bien incapable de savoir sur qui jeter ton dévolu… Et la seule qui serait susceptible de t'inspirer ce genre de sentiments, tu sais que… "non, vaut mieux pas". Et ça c'est encore pire que d'aimer quelqu'un qui ne t'aime pas.

- Euh… ouais. T'es sur que là t'en fais pas un peu trop dans le second degré, la surinterprétation et la distanciation?

-         Mais la distanciation elle est partout, c'est ça qui est beau, c'est fin, un peu malsain aussi parfois, parce que bon, les Smiths arrivent à me faire danser sur des paroles qui parlent d'enfants maltraités.


 

-         Mais tu danses pas, là, pourtant.

-         Jamais en public. Et en public ça commence quand il y a une personne qui n'est pas moi, alors…

-         Ouais, bon, bref. Apprécier l'ironie des paroles, faudrait déjà apprécier les paroles. Putain, mais vanter les paroles d'une chanson, d'habitude, c'est pas ton argument auprès des non anglophiles pour leur faire croire qu'ils sont incapables d'apprécier un truc, quand ils trouvent que la musique est à chier?

-         Tu vas dire du mal de Dylan, là, c'est ça, non? Parce que ça passerai pas. Et surtout, là, les paroles sont d'une incroyable finesse. Elles sont pas juste bien, elles sont splendides. Je te rappellerai qu'une des références majeures de Morrissey c'est Oscar Wilde. C'est pas pour rien, au final, que les paroles regorgent d'aphorismes extraordinaires, et qu'on peut encore trouver intelligents passé 20 ans! "There's more in life than books you know, but not much more". "There is a brighter side to life and I know it because I've seen it, but not very often" (Franchement, celle - là a l'honnêteté pour elle, par rapport à tous les "Life sucks" que nous offriraient des dépressif de bastringue, non?) "Why do I smile At people who I'd much rather kick in the eye ? "… Il y a même des réparties fascinantes à l'intérieur même de ses chansons, genre "She said "eh, I know you and you cannot sing" I said "that's nothing you should hear me play piano"".  Je te cacherai pas que pour moi… Morrissey, eu égard à l'époque, c'est un peu l'équivalent anglais de Desproges: un mec capable d'écrire des trucs déments, mais dont on retient surtout des petites phrases qui claquent direct à l'oreille.

-         Je crois que c'est la comparaison la plus miteuse que je t'ai jamais entendu faire. Pourtant, c'est ton habitude, la comparaison pourrie.

-         Peut-être, mais celle là j'y tiens. Tu veux une autre théorie à la con?

-         Vas-y, on peut toujours se marrer…

-         Morrissey, pour moi… C'est Albion. C'est pour ça que certains le révèrent et d'autres le détestent. De la même manière que les Monty Python, soit tu les adules, soit tu trouves ça trop con.  Parce que Morrissey, de par son raffinement, son humour pince-sans-rire, sa distinction et sa diction parfaite (franchement, les Smiths tu peux comprendre la majorité des paroles sans même jeter un œil au livret) c'est totalement l'image que je me fais de l'Angleterre. Une image fantasmée, si tu veux, je sais bien que tous les anglais ne sont pas comme ça, mais bon. C'est "l'Anglais" du cliché. Plus que n'importe quelle autre rockstar. Plus même que le Prince Charles.

-         Attends, on parle des Smiths, ou de Morrissey bordel?

-         Des deux en fait, vu que ça reviendrait presque au même. Morrissey, c'est l'image, un peu la tête pensante du truc, après, c'est vrai que ce qu'il a fait avec les Smiths reste 2 tons au-dessus de ce qu'il a fait en solo. A croire qu'en fait la musique est un peu plus importante que je ne te le laisse entendre, en fait. Tu m'excuseras de me contredire, mais c'est juste qu' en fait, me dire que les gens qui n'écoutent pas les paroles, les Smiths, ça leur passe totalement au-dessus, c'est une pensée que j'aime, j'ai l'impression de… les "mériter", eu égard à mon obsession pour les lyrics.

-         Eh ben. Ca m'avance vachement si tu commences à te contredire tout seul. Enfin bon, j'arrive toujours pas à comprendre pourquoi t'écoutes plutôt ça qu'autre chose.

-         Ah ça… Les Smiths… Tu les as  tout simplement pas encore mérités. Il faudrait souffrir et pleurer un peu plus longtemps, pour ça…

 


 


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Published by Guic ' the old - dans Why Bother
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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 12:21

http://lyricsfever.net/images/b/billy-corgan--img-m03e04ddc8b286938d63dc83dd77f785a.jpg Encore une fois, G.T. a eu idée d'une chaîne qui n'en est pas une, encore une fois j'ai eu envie de contribuer… Mais cette fois- ci je le fais.

 

Donc c'est censé être une "Carte d'identité musicale". Mais bon, en fait ça permet de publier un truc sans trop réfléchir, en attendant validation des autres articles (désolé de te décevoir Xavier)

 

C'est parti

 

Musicien que vous admirez le plus :  Alors là… J'aurais tendance à dire Paul McCartney, même si ça tient un peu de la réponse par défaut. Parce que réussir a faire ET Yesterday ET Ob-la-di Ob-la-da, ça force mon respect.

 

Groupes / artistes qui ont le plus compté dans votre adolescence (5 max.) :  Smashing Pumpkins, Radiohead,  Beatles, Muse (eh oui.) (+ Smiths si on considère qu'à 22 ans j'étais toujours adolescent)

 

Styles musicaux favoris :  Rock. Pop-rock. Punk-Rock. Jazz-Rock. Power Pop. Hard Rock. Metal. Le Rock, en gros. (Non, j'ai pas dit "Le Rock, quoi"!)

 

Un album : Adore, des Smashing Pumpkins (marrant y a encore quelques années j'aurais dit Mellon Collie sans me poser la question un instant. Je dois vieillir)

 

Une chanson : Ca ça pourrait facilement changer du tout au tout d'un quart d'heure sur l'autre… Ces derniers temps, "Across the Sea" de Weezer.

 

Une oeuvre classique Free Bird, de Lynyrd Skynyrd (du classic-rock, finalement) – Non mais sinon, dans un manque total d'originalité, le quatrième mouvement de la cinquième symphonie de Beethoven (En même temps j'écoute quasiment pas de classique, alors…)

 

Groupes / artistes qui vous ont le plus marqué (par ordre d’apparition dans votre vie, et 15 max.) :  Smashing Pumpkins, Radiohead, Beatles, Oasis, Metallica, Bowie, Weezer, Who, Queens of the Stone Age, Pixies, Libertines, Clash, Le Peuple de l'Herbe, Nick Cave, The Smiths, The Pogues, Gainsbourg, NTM.

 

L'artiste qui vous a le plus fasciné en live : Arcade Fire, Fourvière 2007 je dirais. Si on parle bien de fascination.

 

Plaisir coupable (3 max) :

 

Generation Swine, de Mötley Crüe. (Oui, là c'est hardcore quand même)

 

Dancing with myself, de Billy Idol

 

Certains des morceaux de la mauvaise période de Gainsbourg, genre "Five Easy Pisseuses".

 

Jouez-vous (ou avez-vous joué) d’un instrument, si oui, le(s)quel(s) : Je suis l'heureux possesseur d'une guitare. Mais ayant des mains de boucher, je m'en sors mieux avec une basse, bien que n'en possédant pas.

 

Ce que vous préférez en musique :  Les morceaux qui vont crescendo pendant 5 à 10 minutes et qu'à la fin tu es là à te dire "Whaou putain c'était trop bon, faut que je le remette", mais que si tu le remets, tu reviens au début où c'est calme et ça te parait chiant, et donc tu laisses tomber… Mais quand tu y reviens ça te refais le même effet (I know it's over, Stairway to heaven, Free Bird…) Et ceux qui te font le même effet en moins de cinq minutes (While my guitar gently weeps, Go to the mirror…)

 

Par quel biais découvrez-vous de nouveaux artistes et albums :  Blogs, Net, Journal, et on l'oublie un peu, mais les vraies gens aussi jouent un rôle primordial. Quand même.

 

Lisez-vous toujours la presse musicale (si oui, quels magazines) : Rock & Folk forever, Voxpop aussi un peu.

 

Combien de temps passez-vous à écouter de la musique : Trop. Cette question est absurde. Qu'est-ce qu'écouter? Le disque que je mets en fond en lisant, je le compte avec un coeff 0,5? Si c'est en jouant à la console, coeff. 0.25? Et vraiment attentivement, coeff. 2? En fait, la réponse ça doit être ça:

 

Toute la journée

–        quand je regarde des séries ou la télé

–        ma demi-heure de radio, le matin pour les infos

–        quand je dors (et encore, je m'endors avec la musique…)

--------------------------------------------------------------------------

Temps passé à écouter de la musique.

 

 

 

 

Hors de votre univers musical :

 

 

Groupe / artiste “respecté” que vous n’avez jamais supporté :  Massive Attack.

 

Styles musicaux que vous détestez le plus (3 max.) :  Le trip-hop m'emmerde avec la dernière énergie. Disons, dans l'ensemble, toute musique dont les amateurs se prennent au sérieux (c'est pour ça que je pourrais jamais détester le métal, alors que d'autres styles qui me plaisent plus, je pourrais en être dégouté par ses fans. )

 

Genre musical qui ne vous a jamais touché, mais que vous ne méprisez pas pour autant :

Je crois qu'on a légalement pas le droit de dire que le jazz c'est chiant, sous peine d'être radié, non? Alors on va le mettre là.

 

Ce qui vous rebute le plus en musique :  L'absence d'énergie, la molesse. Ce qui ne veut pas dire la lenteur. Mais il faut qu'il se passe quelque chose, à un moment, sinon ça va pas.

 

Chanteurs que vous détestez viscéralement (5 max) (On sent bien que c'est G.T. qu'a fait le quiz, parce que c'est pas "artistes", ou "groupes", mais "chanteurs", donc un appel du pied à caler Sardou ou Obispo):  Pour moi, ce sera:

Supertramp, Bono (après 1993), Chris Martin,

 

Trois tubes que vous haïssez plus que tout (vous avez beau être pacifique, le simple fait de les entendre vous donne des envies de meurtre) :

 

Tout Supertramp, mention spéciale pour "Dreamer".

Another Brick in the wall part. 2 (j'en peux plus, beaucoup trop entendu)

Grégoire, "Toi plus machin, plus truc, plus tout le monde, plus …" (J'ai jamais vraiment aimé les maths en fait)

 

C'est pas "plus que tout", c'est juste que ce sont les premiers auxquels j'ai pensé.

 

Pour finir sur une note positive, vos dernières grandes claques musicales cette année (3 max.) :  

Cette année?

Les deux albums d'Ernesto Violin.

Le dernier MGMT (grosse claque parce que j'en attendais rien, mais alors rien…)

Et puis… Ben disons l'album de Someone Still Loves you Boris Yeltsin, parce qu'il est vachement bien.

(Et le Harlem, aussi, mais c'était pas trop un claque, un très bon album, mais pas une claque)

 

 

Bon, ben voilà, une bonne chose de faite.

 

Un peu de musique pour la route:

 

 

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