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Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

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De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Here, There And Everywhere

8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 17:09

Radio City (Big Star, USA, 1974)

 

http://www.musicangle.com/upload_images/AlbumCovers/BigStarRadio.jpgDans les temps anciens, la mélancolie était le tempérament associé aux génies, ceux chez qui l’humeur en excès était cette satanée bile noire. Ni sanguin, ni lymphatique, ni bilieux, le tempérament mélancolique se décrivait par des symptômes qui recouvrent aujourd’hui deux troubles mieux connus : la dépression et l’anorexie. L’atrabile était supposée produite par la rate, qui, comme par hasard, s’appelle en anglais spleen.  Tout se recoupe.

De nos jours, la médecine et la psychanalyse ayant gâché toute poésie dans ces symptômes, il ne reste à ceux qui ne sont point des génies que deux façons d’accéder à cette souffrance malsaine à s’y complaire : l’amour et le choc esthétique.

 Alors que peut-il bien se passer lorsque l’on tombe amoureux d’une chanson, d’un album, d’un groupe ?

Eh bien exactement la même chose. On a mal au ventre, une boule inconnue nous soulève l’estomac, on n’a plus faim, on est obsédé par quelque chose qui nous attire et nous décourage en même temps, on ne croit pas au présent, mais on ne croit pas plus en l’avenir car, franchement, que peut-on espérer y trouver de mieux ?

Ces sentiments mêlés de félicité et de dépression sont ceux qui me viennent à chaque écoute de cette chanson.

 

 


 

 

 Certes, ils sont moins forts que ne pu l’être la proverbiale claque que je me suis prise lors de la première écoute de ce titre, mais ils n’en sont pas moins présents à chaque écoute. Dès l’arrivée du riff d’intro, mon cœur se contracte, mon estomac se noue, et les larmes affleurent, car je sais, je sais au plus profond de moi que jamais une chanson ne recoupera plus profondément ce que je suis, jamais aucune rythmique ne fera mieux résonner mon cuivre intérieur.

 

Evidement, j’ai réussi à théoriser cette adéquation (on ne se refait pas) : Big Star est le point focal de mon horizon musical. Un point inamovible, le point d’appui d’un levier dont le but est de me soulever et de me retourner les sangs comme une crèpe.*

Disons que si l’histoire de la pop que j’aime tient dans un sablier, Big Star est au niveau du nœud central, celui par lequel circulent tous les groupes que j’aime. Tous les groupes que j’aime l’ont précédé y confluent, tous les groupes que j’aime qui sont arrivés plus tard en viennent.

 

Pourtant, quand j’ai découvert ce groupe, ce n’était sûrement qu’un groupe parmi tant d’autres au sein d’une liste d’ »albums indispensables ». Je dis sûrement car ça me semble l’hypothèse la plus logique : je ne suis malheureusement plus capable de me souvenir des circonstances dans lesquelles j’ai découvert cet album. Ni où. Ni quand précisément. Notre ex-confrère blogueuse Laiezza décrivait les classic-albums comme « des albums qu’on a l’impression d’avoir toujours connus la première fois qu’on les écoute, et qu’on a l’impression de redécouvrir à chacune des écoutes suivantes (…) Des albums dont on a du mal à se rappeler à quoi ressemblait la vie quand on ne les connaissait pas » **

 

http://media.dfw.com/smedia/2010/07/19/18/bigstar2.standalone.prod_affiliate.117.jpg

Sitting in the front of our house...

 

Dans le cas de Radio City, c’est exactement ça : il m’est aussi difficile de me représenter l’existence « en méconnaissance » de cet album qu’il m’est impossible de me rappeler ce que c’est que de ne pas savoir lire. Je sais que cette époque a existé, mais le concept même m’en parait impossible. Dès sa découverte, cet album a changé ma vision des choses, non seulement présentes et à venir, mais a aussi laissé une trace sur tout ce qui avait précédé, remis les choses sous une lumière différente, qui rend la lecture originale des choses difficiles***… Il m’est impossible de me rappeler qu’il fût une époque ou je ne citais pas ce groupe, ou je ne sifflotais pas September Gurls, où je pouvais m’assoir à l’arrière d’une caisse sans penser au morceau du même nom, où la vie n’avait pas de couleur.

Finalement, ce n’est qu’après le décès d’Alex Chilton, et mes réécoutes frénétiques de l’œuvre Big Starienne, que j’ai réalisé à quel point cet album était fondamental pour moi, alpha et oméga de la pop que j’aime : celle qui rend la mélancolie lumineuse, celle dans laquelle l’émotion est presque plus chez l’auditeur que dans la chanson. Celle qui se dégage d’un album qui à chaque écoute nous rappelle que le syndrome de Stendhal n’est peut-être pas qu’un mythe.

 

 


 

 

 

* NDLR : Réalisant à quel point cette expression valise semble péter les stats du « je me regarde écrire », l’auteur promet de lever la plume dans les prochains paragraphes.

** Considérez cette citation comme apocryphe, vu qu’il est impossible de retrouver la version originale.

***ATTENTION Spoiler : Comme revoir Usual Suspects ou Fight Club quand on en connaît la fin.

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Published by Guic ' the old - dans LDAT (MUPAMA)
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