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Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

***

De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

***


Here, There And Everywhere

18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 16:57

Après deux semaines à ce qu’on nous rappelle à quel point Nirvana fut un grand groupe et Nevermind un grand album… Je dois vous l’avouer, je n’en peux plus. Ca me plombe le moral totalement. Ce qui est normal, cela dit, on parle tout de même de Nirvana… Dont il faudrait, peut-être enfin, remettre en question les conséquences néfastes.

 

http://static.nme.com/images/05921_132628_Nirvana281.jpg

Chanteur sérieux cherche emploi comme sosie de Rivers Cuomo

 

Houlà, houlà, stop, je m’engage dans un chemin dangereux – Nirvana faisant partie de ces groupes qui ont changé des vies et modelé des destinées, je ne voudrais blesser personne (et cela, je le pense sincèrement) c’est pourquoi, afin de ne pas être accusé de crime de lèse-macchabée alors que j’ai tapé à peine cinq lignes, il me semble indispensable de préciser quelques points.

 

Parenthèse – Préambule :

 

  1. Cet article ne se veut en rien une critique négative de l’œuvre musicale de Nirvana. Pour ceux qu’un tel article intéresserait, je vous invite à aller lorgner là
  2. Cet article ne se veut en aucun être un manifeste de révisionnisme musicale visant à minimiser l’importance qu’a pu avoir le trio d’Aberdeen entre fin 1991 et début 1995.
  3. Cet article adopte l’hypothèse selon laquelle la mort de Kurt Cobain n’est aucunement au centre d’un complot d’Etat. (Comprendre par  là : de l’Etat de Washington)
  4. Cet article ne se veut en aucun cas une chronique au sujet de la réédition – remasterisation de l’album au centre de tous les débats ces derniers temps.

 

 

-          Rha, encore Nirvana… Commencent à faire chier avec la réédition de Nevermind.

 

-          Ben tu voudrais entendre parler de quoi à la place ? L’affaire Karachi ? Les primaires socialistes ? La défaite face aux Tonga ?1

 

-          Non, je sais pas… Les rééditions de Pink Floyd ? Non, même, plus osé encore : entendre parler d’un groupe qui était encore en activité il y a moins de 15 ans, tiens, voilà qui serait audacieux.

 

-          Mais merde, d’un autre côté, tu devrais te réjouir d’entendre du Nirvana à la radio, toi qui rale tout le temps que tu supportes pas ce qui passe…

 

-          Youpi, entendre Come as you are version unplugged pour la six millième fois de ma vie…

 

-          Mais merde, t’aimes bien Nirvana pourtant.

 

-          Leur musique, oui. C’est plutôt le mythe qui me gonfle.

 

-          Attends, ils le méritent le mythe… C’était un groupe super important, et puis voilà, quoi, Cobain, le « club des 27 », bon, ok, ils nous ont gonflé avec leur club ces derniers temps mais bon…

 

-          Surtout que Cobain, lui-même, déjà, a rien à y foutre.

 

-          De quoi ?

 

-          Ben oui. Le club des 27, ils sont 4 dedans, ils resteront pour toujours 4. Tu peux pas chercher des concepts symboliques et en faire n’importe quoi derrière,  bordel. Ils sont 4 (Jones, Hendrix, Joplin, Morrison), morts d’overdose ou assimilé, en l’espace de 2 ans exactement, marquant ainsi la fin du rêve hippie et délimitant par la même ses limites (et rappelant les limites du corps humain, aussi, un peu.) Tout le monde sait ça, tout le monde s’accorde là-dessus. Cobain, lui, tous 27 ans qu’il ait pu avoir lors de son décès, sa mort n’a jamais marqué que la fin de son groupe. Celle du Grunge, de façon toute symbolique (celle de l’engouement mondial pour le grunge, en fait), et surtout, et j’ai presque l’impression que tout le monde l’a oublié : il a choisi de mourir. Alors le concept de malédiction rock n’ roll dans de telles circonstances, très peu pour moi.

 

-          OK, bon, pas sur ce point « mythologique », mais tu peux pas nier que Nirvana ça a été un groupe super important dans l’histoire du rock.

 

-          Oui. Bien sur. Genre de dernier sursaut avant l’agonie tu vas me dire ?

 

-          Si tu veux…

 

-          Mais bizarrement, ce qui m’intrigue c’est que j’ai vachement l’impression que Nirvana, au contraire, c’est le début de l’agonie… Déjà, au niveau même du Grunge, ils ont un côté « arbre qui cache la forêt… » Je sais pas, J’ai un mal fou à retrouver un autre mouvement du rock où un groupe a à ce point vampirisé l’attention des gens.Certes, des groupes comme les Beatles, les Pistols, ont parfois été plus en avant que les autres, mais tu avais toujours un pendant direct, et quelques groupes derrière, pas forcément anecdotiques d’ailleurs, mais là, et en particulier en dehors des frontières ricaines, Pearl Jam, Alice in Chains ou Mudhoney… J’ai souvent l’impression que c’est rétroactivement qu’on les a redécouverts et estimés à leur juste valeur. Et pour moi, Nirvana brouille l’équation pour plusieurs raisons : ça a été le groupe le plus mis en avant, sans non plus être vraiment le plus représentatif, et avec, en plus de ça, un héritage discutable…Parce que si tu regardes en arrière, tu réalise que chaque mouvement  adirectement influencé celui qui a atteint son pic  dans les .. 5 ans qui suivent. Avec Nirvana, rien de cela (à moins que tu viennes me dire que l’héritage de Nirvana c’est… le néo-métal.), voire pire : 5 ans plus tard, le rock est cliniquement mort, et l’album de l’année de Rock & Folk est un album des Chemical Brothers.

 

-          Tu peux pas non plus les accuser d’un vieillissement qui était logique, et puis, il a bien retrouvé des couleurs derrière, le rock… même dans l’après direct : Oasis, Radiohead… Ouais, ils sont anglais, mais bon…

 

-          Ouais, mais tous ces groupes, et c’est une évidence concernant Oasis, mais aussi, plus tardivement, les Libertines, White Stripes ou Strokes on été fouiller dans un héritage beaucoup plus ancien, dans les 60’s / 70’s… Des fois, j’ai l’impression que Nirvana ça a été pour beaucoup de groupe le déclic qui leur a donné envie de faire de la musique, mais que c’est pas un groupe qui les a inspirés plus que ça… C’est logique cela dit, le Grunge était un tel cuumul d’influecnes des générations précédentes, que derrière, il est extrêment difficile de s’inspirer sans tomber dans le pastiche, qu’on appellera Nickelback. Alors ils ont tous été plus ou moins obligés de diluer le bouillon, et de repartir de plus haut, en se focalisant sur un truc parmi la foultitude d’influences. Enfin bon, je sais pas trop, je me paume un peu dans mon propre raisonnement pour tout dire…

 

-          Mais donc, au final, tu leur reproches quoi ?

 

-          Je leur reproche un truc un peu con… Et assez égoïste. Je leur reproche d’avoir faussé la notion de « Rock, musique de l’adolescence ». Comprends-moi : je suis fan d’Oasis, des Libertines, des Smashing Pumpkins. Quand tu te retrouves dans une sorte de joute orale avec des fans de Rock, il est assez fréquent, en particulier au sujet des groupes pré-cités que tu te prennes dans la gueule un « ouais, t’aimes bien parce que ça te rappelle ton adolescence ». Ce qui est, finalement, l’argument le plus con de l’histoire. Surtout venant de gens qui vont te parler de vieux rock (Elvis, Sex Pistols, peu importe) comme portant en soi « les frustrations / la rage / la vigueur de l’adolescence » Comme si au final, le fait d’avoir eu l’âge idéal pour être touché par telle ou telle musique quand je l’ai découverte me dédouanait d’avoir à trouver des raisons objectives à leur qualité, certes, mais aussi me privait de tout sens commun, et m’interdisait par conséquent d’avoir une appréciation esthétique du truc

 .

-          Ouais, mais… Qu’est-ce que Nirvana a à foutre dans cette histoire ?

 

 

 

http://vultureculture.fr/blog/wp-content/uploads/2011/03/nirvana-20051116-847921.jpg

Et puis... snif... je vais fuguer.. snif... et quand je serai morts, vous serez bien contents!!

 


 

-          Ben… je pense que Nirvana a joué un rôle énorme dans la définition de l’adolescence Rock n’ Roll… pour ceux qui étaient ados à l’époque, ou qui ne l’étaient déjà plus, mais qui ont aimé ce groupe au moment ou il existait encore. Le Rock n’Roll en quelque sorte, c’est la musique des rêves. C’est pour cela que c’est un truc très américain (le Rock n’ Roll – les anglais sont plus de fabuleux popeux), avec ce côté « quand on veut, on peut », un peu couillu,  tout ça, tu vois. S’il a cristallisé tous les espoirs d’une jeunesse en révolte contre ses parents, c’est que le Rock n’ Roll célébrait le fait de se taper des gonzesses et de conduire de belles bagnoles, pas parce qu’il te parlait de conflit de génération et du drame qu’était la guerre de Corée – m’emmerde pas sur la chronologie, c’est un exemple. L’adolescence c’est le moment des grands élans charismatiques, le moment ou tu te passionnes pour de grandes choses, idées, livres, philo, c’est le moment ou tu vois le monde comme un tout dont tu fais partie, pas encore comme le truc qui t’entoure et te fais chier, et ce, alors que tu dépends à près de 200 % de tes parents. Tu as envie de faire la révolution, mais à 20 h tu es rentré à la maison parce que c’est l’heure du diner. Voilà, en gros, le grand paradoxe de l’adolescence. Alors quand le Rock n’ Roll arrive et te parle de liberté, de grands espaces et de filles faciles, tu signes des deux mains, même si en fait tu vas écouter ça enfermé dans ta chambre parce que t’as pas eu le droit d’aller au concert. C’est ça la beauté du Rock n’ Roll : dans cette période où tu n’es pas encore résigné à la vie que tu vas te trainer derrière, dans cet instant où tu t’imagines que les choses changeront en mieux, c’est le catalyseur de tes rêves, c’est tout simplement ton dealer d’espoir. Evidement, c’est un rideau de fumée, la vie n’est jamais aussi géniale que celle que te vendent les rockstars – même pour les rockstars. Mais voilà, le Rock, c’est l’espoir de sortir un jour de ta chambre pour voir autre chose. Nirvana, c’est l’art de chanter à quel point on se fait chier dans sa chambre… et c’est tout.

 

-          Ouais mais bon, les punks aussi ils chantaient plus ou moins sur ce sujet là… Comment c’est chiant de vivre dans une banlieue pourrie en période de chômage…

 

-          Sauf que l’espoir était encore vif : « I don’t know what I want, but I know how to get it ». Et puis, il y a une rage, une volonté que ça change.  Chez les Smiths, c’est un peu pareil, mais il reste une sorte de volonté de lutter contre, via le sarcasme. Chez Nirvana, non, juste l’état de fait, sans espoir, ni rien. Tout le monde se réjouit que l’arrivée de Nirvana ait mis fin à une hégémonie du Hard FM sur le Rock à la fin des années 80 (et encore… en dehors des US, pas sur que ça avait tellement de succès par rapport à U2 par exemple)… Mais au moins, ça, c’était ce genre de vrai Rock n’ roll, un truc totalement fantasmatique qui te parle de belles bagnoles, de gonzesses, de seaux de coke, le rock n’ roll 50’s avec l’overdrive poussé à 11. Et le public de se taper des grosses doses de Bovarysme Rock n’ Roll. Et d’un coup, le nouveau Rock n’  Roll, c’est un mec qui te ressemble (et s’il ne te ressemble pas, c’est toi qui va bientôt chercher à lui ressembler), qui te raconte à quel point sa vie daube comme la tienne, à quel point il la déteste et comment elle lui parait sans issue. D’ailleurs, s’il y a un point que je veux reconnaître comme réussi  c’est bien le nom du groupe. Nirvana. Tout le monde y voit le côté « paradisiaque » indien, le côté orgasme cosmique, alors que techniquement (enfin, théologiquement), le Nirvana c’est ce que tu atteins quand tu as abandonné tous tes désuirs. Nir-vana, ça veut dire « non – désir ». Et Nirvana c’est ça : tout est à chier, et je ne veux rien, je ne veux même pas imaginer qu’il puisse y avoir mieux. La résignation dans toute sa splendeur. C’est quand même atrocement triste, merde. Alors pourquoi pas, mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est le Rock ça. Centrer l’intégralité de son œuvre sur ses névroses et les exposer au grand public pour en faire de la musique, c’est un truc de progueux ça. Et encore, ça resterait comme ça un cas isolé… Mais non, ça a eu des conséquences inattendues : je sais pas pourquoi, malgré 40 ans d’histoire derrière, les gens se sont mis à croire que c’était ça  1. Le Rock, 2. L’adolescence, 3. La sincérité. D’ailleurs, ça, pour moi, c’est le top de la crétinerie dans cette histoire… Mais depuis quand on réclame aux artistes d’être sincères ? Talentueux, innovateurs, doués, intéressants, oui, mais sincères ? Qu’est-ce qu’on s’en fout ? Bowie il était sincère quand il se déguisait en Ziggy Stardust ? Est-ce que c’était important ? Non, et non. La sincérité, c’est un truc qu’on invoque pour justifier le fait d’aimer un artiste dépourvu de talent, pas une norme objective qu’on exhibe pour démontrer que machin est doué. Même moi je peux être sincère, pourtant, je suis un piètre chanteur. Bref. Tu vois.

 

-          En fait… Non. Je comprends qu’il y a un truc qui te défrise, mais tu t’exprimes comme une merde.

 

-          Bon, autant résumer : Ce que je reproche à Nirvana, c’est qu’après eux, il a été considéré comme étant la norme que le Rock n’ Roll c’est l’endroit où doivent s’exprimer les gens qui souffrent, que la seule façon d’être pris au sérieux par les amateurs du genre, c’est de geindre sur des arpèges de guitare et de s’y complaire. Et c’est même pas vraiment la faute au mouvement Grunge, parce que chez Pearl Jam par exemple, tu trouves quand même cet élément  épique et cette volonté d’aller de l’avant  totalement absente, au final, de la pop des années 90. Alors que pour moi, je sais pas, le goût du fun, et même la volonté de réussir et de faire carrière ne sont pas rédhibitoire. Le premier Oasis, avec son « Rock n’ Roll star », c’est arrogant, fouteur de merde, teigneux, et tout le monde accuse les Gallagher d’être des poseurs, mais non, putain, ça c’est de la sincérité. « On sort un disque, parce qu’on veut bouffer le monde et devenir des putains de rockstars »: There's no easy way out... mais je vais le trouver ce putain de chemin.  J’ai jamais compris le côté « je signe sur une major mais je supporte pas le succès » de Cobain. Ca, ça me dépasse. Bref, ça me saoule que depuis 1990 le rock se doive d’être, pour gagner ses galons auprès des critiques autoproclamés, un truc déprimant, un concours d’exhibition de traumatismes, qu’on adule les « albums de la maturité », qu’on ne pardonne pas l’arrogance pour préférer encenser des autistes et des névrosés. J’en ai marre qu’on me dise qu’un disque est beau parce qu’il est déprimant – je sais, ça m’arrive de le faire, mais bon-  ténébreux ou quoi ou qu’est-ce. Au final, je me dis que tous les Oasis, Libertines, Miles Kane, Arctic Monkeys, ils peuvent bien se planter parfois, eux, au moins, ils ont tenté, à un moment, de faire revivre la flamme du rock n’ roll. Et rien que pour cela, même leurs mauvais disques me font plaisir. Tu vois ce que je veux dire ?


-          Yeah, yeah.

 

 

 


 

 

 

 

1 Oui, la rédaction de cet article a commencé il y a trois semaines.

 

PS: Il est autre chose à mettre au crédit de Nirvana (et que je n'ai pas pris le temps de présenter dans l'article, désolé): le fait d'avoir intitulé une de leurs chansons "Lithium". Le Lithium est un élément (symbole: Li) qui dans mon esprit correspond parfaitement à l'état d'esprit adolescent: c'est un métal, maléable, qui devient rigide lorsqu'il se corrode, et qui s'enflamme au contacte de l'eau et peut attaquer le verre. Seul problème: Nirvana n'a appelé sa chanson comme ça que parce que le lithium est aussi un antidépresseur.

Published by Guic ' the old - dans Why Bother
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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 15:25

http://3.bp.blogspot.com/_iZayj_Lrfwo/SVrLk82XX1I/AAAAAAAAAu4/W5qKuoH_TKA/s320/Pinkerton.jpg-         Tiens… Pinkerton. Pourquoi donc, cette fois-ci?

-         Ben tiens, cette fois-ci, j'ai une réponse. Parce que Weezer a sorti un nouvel album. Et même deux, ce coup-ci.

-         Donc, quand Weezer sort un nouvel album… Tu en réécoutes un vieux.

-         Pas "un vieux". Pinkerton. C'est pas pareil. Et oui, quand Weezer sort un nouvel album, je réécoute Pinkerton. Comme le font tous les fans de Weezer.

-         Parce que tu es fan de Weezer, toi, maintenant.

-         Pas forcément, mais vu que le fanatisme est la seule raison valable d'écouter Weezer de son plein gré selon les tenants de la bien-pensance rock n' rollement correcte, je le suis malgré moi, de fait.

-         Je me lasserai jamais de ton goût pour les phrases simples. Donc Pinkerton.

-         Eh ouais.

-         Et pourquoi pas le bleu?

-         Parce que Pinkerton, c'est le plus profond, le plus sombre, le plus beau, le plus crépusculaire…

-         Et le plus le plus et tout ça.

-         Pinkerton, c'est le Black album de Weezer. Celui où, bizarrement, t'as pas vraiment de joie derrière les mélodies sautillantes, ce qui est assez vicieux en fait. Mais bon, c'est un album que je connais depuis si longtemps…

-         OK. Album d'adolescence quoi.

-         Non. Si je précise que je le connais depuis si longtemps, c'est parce qu'il a pour moi une sorte de… "concept", qui est totalement involontaire au départ.

-         Le coup de Madame Butterfly?

-         Non. Tu sais bien que moi, mon truc c'est plus de dénicher les références bibliques. Puccini, je connais rien, Mme Butterfly, je sais juste que ça se passe au Japon et qu'il y a un mec qui s'appelle Pinkerton, mais pas plus. Et je te cacherai pas que j'ai l'intime conviction que ça sert pas à grand-chose pour apprécier cet album…

-         … que, comme à l'habitude, tu apprécies selon tes propres critères, selon un concept et un sens montés de toutes pièces par ton esprit malade, au mépris de toute volonté de l'artiste.

-         Exactement.

-         Et ton concept à toi c'est….

-         … un peu compliqué à expliquer. Fixons déjà les choses avec un bon cliché qui est vrai: Rivers Cuomo est un loser. Sauf que… C'est pas juste un loser. C'est le loser ultime. Pierre Richard, à la fin des films, il réussit quand même à se taper Jane Birkin. Ce serait Cuomo, je te jure qu'en plus il se prendrait un râteau. Regarde un clip du début de la carrière de Weezer (genre  Undone (The Sweater Song), puis un plus récent, pas trop, mais un peu (genre Hash Pipe), et tu verras, le constat est sans appel: Rivers Cuomo, c'est le seul mec au monde chez qui a gagné en charisme en mettant des lunettes. Certes, il a volé celles d'Elvis Costello, donc ça aide, mais bon…

-          Donc Cuomo est un loser, tu étais persuadé, ado, d'en être un aussi, et…

-         Mais bordel, arrête d'essayer de rabaisser cet album à une connexion adolescente qui ne s'est pas défaite avec le temps: on peut tout à fait apprécier des trucs adolescents en étant adulte!

-         T'es adulte toi maintenant?

-         Tu comprends très bien ce que je veux dire. Autant être clair: quand j'avais seize ans, cet album ne me convainquait qu'à moitié. C'est en vieillissant que j'ai compris à quel point il était bon. Ca te va? Bon. Donc, comme je le disais, Rivers Cuomo est un loser, et, tu le sais comme moi, dans presque tous les groupes de potes, il y a un "copain loser". J'en ai eu, je l'ai aussi occasionnellement incarné, bref. C'est le pote auquel il arrive des merdes suffisamment fréquentes et suffisamment gênantes pour que tout le monde se marre quand il les raconte, mais presque plus par attendrissement que par moquerie. Ce genre de pote que tu associes automatiquement à l'expression "Sacré XXXX!". Evidement, il lui arrive rien de bien grave, c'est "juste" un loser. Et peu importe le degré d'amitié que tu lui portes, ce peut être ton meilleur ami comme une vague connaissance, l'effet est le même: quand il te raconte ses mésaventures, ça te permet de relativiser et de te sentir mieux, un peu, tu réalises que finalement, ta vie est pas aussi pourrie que tu le croirais si tu restais seul dans ton coin. Bien sur, à un moment ça va aller mieux pour lui – la vie est certes une chienne, comme on dit, mais bon, quand même…, et il laissera la place à un autre copain loser, qui reprendra le flambeau avec plus ou moins de classe, mais en tout cas avec la même spécialité, la spécialité éternelle du "copain loser": tomber amoureux de la mauvaise fille, sorte de running gag ultime de la lose.

-         Et donc, Rivers Cuomo est ton copain loser virtuel.

-         Non. Mieux que ça. Rivers Cuomo, c'est le copain loser du copain loser. Le grand commandant de la confrérie des copains losers. Rivers Cuomo a porté un appareil dentaire à 26 ans. Rivers Cuomo est fan de soccer. Il est totalement inadapté, et démesurément sympathique pour ces mêmes raisons. Sauf que tout ça je devrais peut-être plutôt le conjuguer au passé, en fait. Parce que le commandant en chef, c'est le Rivers de Pinkerton. Pour ça que c'est cet album là et pas un autre: depuis, il va mieux, il s'est marié, il est (mon Dieu) heureux. C'est là tout le paradoxe pour le fan de Weezer: souhaiter entendre un nouveau bon album de Weezer, bien foutu, émouvant, et tout, c'est souhaiter qu'il arrive les pires malheurs à Rivers Cuomo. Il y a plein de groupes dont on sait qu'ils n'atteindront plus jamais leur plus haut niveau, car ils ont atteint celui-ci en étant au fond du trou. Je sais de quoi je parle, je suis fan des Smashing Pumpkins, et je sais que chercher à entendre un Nouvel "Adore", c'est souhaiter bien trop de maheurs à ce pauvre Billy. Et je le pense honnêtement: je veux pas que ce genre de malheurs arrivent à nouveau à Corgan. Pour Weezer par contre, j'ai vraiment l'impression qu'on dit que "non, ce serait lui souhaiter trop de malheur" juste pour la forme, et que finalement, on espère rien tant que voir Rivers sombrer à nouveau.  Ce qui est absurde, car même s'il rechutait, il ne ressortirait jamais un album à ce point beau de naïveté adolescente. C'est ça l'autre grande qualité de Pinkerton: son côté ado.

-         Faut définitivement que t'arrêtes avec ton obsession pour l'adolescence. T'es adulte maintenant. Enfin, il paraît. Enfin, à l'état civil.

-         Ouaif… Bizarre, comme adulte, tu admettras. Et justement. C'est mon côté adulte bancal qui me fera pour toujours adorer cet album.  Le côté ado dans la musique, c'est un peu un truc à quitte ou double. On peut trouver les Libertines ado, et ça l'est: mais ce sont des ados teigneux, fouteurs de merde, bordeliques, qui s'en foutent des conséquences. D'un autre côté, tu as aussi un côté ado chez… j'ai du mal à trouver un exemple de l'autre côté, mais disons, au hasard, les Doors (dont on aurait ôté le côté sexy et sulfureux), ou, mais vraiment dans une moindre mesure, les Smiths (torp adulte, les Smiths, quand tu y regardes bien): l'ado un brin poseur, qui réfléchit trop, qui se prend pour un artiste, conscient de lui-même et légèrement arrogant. J'aurais adoré être du premier type, mais c'est pas dans ma nature et encore moins dans mon éducation d'être teigneux ou rebelle. J'aurais pu être du second type, mais j'ai justement passé une bonne partie de mon adolescence à réfréner ce côté de ma personnalité – pour être plus comme les autres. J'ai passé mon adolescence à écouter Radiohead en lisant Rimbaud, mais en prenant bien attention à pas utiliser de mots de quatre syllabes devant les fans de Sum 41 avec lesquels je traînais, ces teigneux que j'admirais car ils étaient tout ce que je ne serais pas. Y a pas à dire, j'étais un ado quand même sévèrement… socialement schizophrène. (tu trouves pas que ça sonne super mal de coller deux adverbes à la suite?)

-         Je me dis surtout que t'es en train de me bassiner avec ton adolescence en ayant toujours pas réussi à me parler du "concept perso que tu injectes dans Pinkerton". J'en déduis qu'il doit quand même être sacrément compliqué. Ou que tu t'es paumé dans ta propre logorrhée. Mais bon, j'opte pour l'option qui veut que tu sois un gros tordu.

-         T'inquiètes, j'y arrive. Disons que coincé entre Libertines et Doors, Cuomo, cultivé mais névrosé, désireux d'être rebelle mais timide, est l'adolescent que j'étais. Et Pinkerton narre sa vie sentimentale selon un mode "1 titre, 1 fille, 1 échec". Avant toute chose, je te rappellerais que j'ai découvert cet album à une époque ou je ne parlais pas anglais aussi bien qu'aujourd'hui, donc que mon interprétation est on ne peut plus sujette à discussion, ok?

-         Ok.

-         Et que cependant, vu que j'ai découvert cet album après mon adolescence (dans l'hypothèse où on considère celle-ci finie à l'heure actuelle), c'est bien de l'album dont je parle, et non d'une projection de ma vie en musique sur les titres de cet album. Ok?

-         Ok.

-         "Tired of Sex", une nymphomane. "Pink Triangle", une lesbienne. "Across the Sea", une fille trop éloignée, et, j'y reviendrais, une histoire "éthiquement" répréhensible. "Why Bother", un coup d'un soir dont tu aurais voulu qu'il devienne une vraie histoire. "Falling for you", sa meilleure amie (qu'il garde pour la fin, dans la longue liste des trucs à pas faire.) Avec deux titres un brin à part, en l'occurrence "The Good Life", à mi-album, qui est le moment où il décide de se reprendre en main en espérant que ça changera un peu les choses, et "Butterfly", qui est le moment où il réalise que la lose n'existe pas, et de la pire des manières.

-         Ah ouais, t'as quand même bien planché dessus.

-         Un peu, ouais.

-         Euh, tu développes?

-         Pas en détail, mais quelques titres méritent qu'on s'y arrête. Deux, en fait. Le premier, c'est juste la meilleure chanson que Weezer ait jamais écrite, et c'est "Across the Sea".

 

 

 

 

 

L'histoire, à la base, est vraie: après la sortie du premier album de Weezer, Cuomo a reçu une lettre d'une fan japonaise qui l'avait entendu à la radio, lettre toute mignonne je suppose, et qu'il décrit rapidement dans cette chanson. Vu comme Cuomo est poissard (si, quand même), on peut supposer que c'est un des trucs les plus gentils et touchant qui lui aient jamais été adressés par une personne de la gent féminine, sa mère mise à part. Qu'il ne la connaisse pas, qu'elle soit éloignée de lui de milliers de kilomètres, peu importe: l'attention est tellement touchante que fatalement, on peut supposer qu'il se mette à éprouver une certaine tendresse pour cette fan. Toute histoire est inenvisageable, certes, d'autant plus qu'à la base, la fan en question a 14 ans.  Or dans la chanson elle en a 18. Je ne sais pas si c'est juste pour échapper à la censure, ou si c'est le coup de génie que j'aime à envisager: ce glissement d'âge modifie totalement l'approche du truc. Le problème qu'on qualifiera de "légal" étant viré, on passe à un problème purement moral, éthique, et là on plonge vraiment dans la névrose. Parce que finalement, dans ce cas là, où se poserai le problème de, sait-on jamais, tenter l'aventure? Un gars qui y croit vraiment, dans cette situation, et s'il peut se le permettre, tenterai le truc, s'il se sait vraiment amoureux, et ce même si tout le monde autour de lui dit que c'est une idée à la con. Pas Rivers. Pourquoi? Parce que ces deux petits vers qui résument parfaitement le traumatisme des gens qui ont été sages, alors ados: "You see mum, I'm a good little boy. It's all your falt momma, it's all your fault".En gros: si je suis malheureux, c'est parce que j'ai obéi à ma mère – corollaire: je suis complètement passé à côté de mon adolescence, ou du moins elle s'est déroulée sans que je la vive. Bien éduqué, j'ai toujours fait les choses comme il fallait, et avec le recul, je regrette de pas avoir fait quelques conneries de plus à l'époque. Surtout que maintenant, je suis un exemple, alors que je suis névrosé comme pas permis. C'est le paradoxe des mères: elles ne veulent rien plus que nous voir réussir nos vies, mais si on les écoute à la lettre, on finit par seulement réussir dans la vie, ce qui n'est pas la même chose du tout. Evidement, Rivers, lui aussi bien éduqué, est incapable de tenter ce coup de folie sous l'impulsion de l'amour, et en plus, même pas pour des raisons … logiques, genre la crainte de se prendre un râteau. Non, juste parce que c'est pas le genre de trucs qu'on fait, au même titre que draguer une fille casée et tous ces trucs qu'on fait pas sans même vraiment savoir pourquoi on ne tente pas sa chance – sinon pour se conforter dans son propre malheur. Logique, finalement, que la chanson qui suive celle-ci soit "The Good Life", soit la reprise en main et également le piétinement le plus total de ce qu'on était (I should have no feeling – cause feeling is pain) parce que comment veux-tu creuser plus bas que la réalisation de tout ce que tu ne feras ja-mais de ta vie?

-         T'es un gros malade. Dans quelle mesure je peux te croire, et non pas juste considérer que tu fais juste porter à Cuomo le poids de tes propres névroses?

-         Boarf, si on peut même plus se projeter sur ce que racontent les rockstars, autant écouter du trip-hop, putain. Et accessoirement, c'est pour moi la seule explication possible de la présence de cette phrase concernant sa mère ua milieu de cette chanson. Mais venons- en à Butterfly. Qui elle, s'inspire de l'opéra dont on a dit qu'on ne connaissait rien, mais qui, en gros, raconte comment Pinkerton, officier américain, arrive au Japon, tombe amoureux d'une japonaise, lui fait un gosse, doit repartir mais promets de revenir, sauf que quand il revient, il s'est remarié avec une américaine. C'est une tragédie, donc au final gros carnage: dépossédée de son enfant au profit du père de celui-ci, Madame Butterfly se suicide. Transposé à l'adolescence, Pinkerton est le mec qui, à la fin de l'année scolaire, a réussi à sortir environ 15 jours avec chacune des filles de sa classe, et aussi quelques-unes des autres. " Partout dans le monde, le Yankee vagabond prend son plaisir et son profit, indifférent à tous les risques. Il lève l'ancre n'importe où ", c'est l'extrait de l'opéra inscrit autour du CD. Cet extrait se réfère évidement à Pinkerton, le séducteur impénitent, l'ennemi intime du "loser sentimental", qui le méprise autant qu'il l'envie, intimement convaincu qu'il est que, lui, au moins, saurait respecter les demoiselles auxquelles Pinkerton brise le cœur sans état d'âme. Sauf que… Sauf que Butterfly. Ou Rivers se retrouve dans les pompes de Pinkerton. Perso, j'ai toujours interprété le " I'm sorry for what I did  I did what my body told me to" comme un aveu de tromperie. Rivers s'est comporté en Pinkerton: sur le papier, il est un vainqueur… Mais la douleur est pire encore que celle d'être un loser: c'est la douleur de la culpabilité. Everytime I pin down what I think I want it slips away. Parce que Rivers n'a pas la main sûre, en fait. Genre pas du tout. Et surtout, il vaut pas mieux que les autres: il est normal. Il ne traite pas les filles mieux que le Pinkerton commun du lycée. Parce qu'il n'est qu'un gars comme les autres. Peut-être plus sensible, peut-être plus cultivé, peut-être moins quelque chose ici où là, aussi (sûrement). N'empêche, il est quand même comme les autres et peut se scomporter comme un connard au même titre. C'est peut-être une des pires réalisations que peut faire le loser adolescent: une fois sorti de sa gangue de lose… Son expérience passée a beau exister, il devient aussi atroce que ceux qui ne l'ont pas expérimentée.

 

Alors au final, nous, fans de Weezer, on n'a certes de cesse de répéter  qu'on préférait les albums d'avant, ceux ou il avait pas encore commencé la méditation, était pas marié, avait aucune confiance en lui, mais au moins avait du goût.

Sauf qu'au fond de nous, on sait que c'est vraiment égoïste de lui demander un truc qu'on a aucune envie de faire nous-mêmes: revivre une nouvelle adolescence. Plutôt revivre celle qu'on a déjà vécue en réécoutant cet album, c'est déjà suffisamment douloureux par moments.

-         Et donc… voilà. OK. Ca m'avance pas plus – encore une fois – mais bon.

-         T'en fais pas. Cette fois je reviens à la vraie vie. Avec du sucre dans mon thé.

 

 

 

http://3.bp.blogspot.com/_u26Wbd2lpVI/SnwxPvAKg9I/AAAAAAAAAng/nep7i6qKl28/s400/Weezer2.jpg

(On espère que cet article vous a plu.)

 

 

(Remarque: ce texte a été écrit avant de découvrir la réédition récente de cet album, pour laquelle il passe de 10 à 36 titres – autant vous dire qu'il tourne plus que jamais, et plus longtemps en plus)

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 11:19

 

 

 

 

http://img.listal.com/image/585513/600full-the-smiths.jpg-         Mais pourquoi t'écoutes ça?

-         De quoi?

-         Pourquoi t'écoutes ça?

-         Ben, je sais pas… parce que j'aime bien… Généralement, quand j'écoute un truc, c'est que je l'aime bien, en fait. Pas un scoop non plus, quand même.

-         Oui, mais enfin, pourquoi celui-là en particulier? Y a plein de trucs que t'écoutes moins, alors que tu les aimes bien quand même. Enfin, tu dis que t'aimes bien.

-         Genre ?

-         Genre les Beatles. En dehors de tes sessions Rock Band Beatles, t'écoutes quand même pas souvent les Beatles, tiens. Alors que, merde, t'en as un album en 3 exemplaires, pourtant.

-         Alors, déjà, j'aime effectivement les Beatles, d'amour, et je t'interdis d'en douter (j'ai bien senti le sarcasme dans ton "tu dis que tu aimes", attention), et en plus, c'est 4 fois que je l'ai, si tu comptes le CD gravé que j'en ai eu quand j'avais 19 ans.

-         Ouais, peut-être, n'empêche, tu l'écoutes jamais.

-         Oui, mais tu sais, Sgt Pepper's, moi…

-         Enfin bon, même les autres, tu les écoutes jamais!

-         Mais tu préfèrerais que j'écoute les Beatles?

-         Non, pas forcément, c'est juste que je ne comprends pas pourquoi tu ne les écoutes jamais, alors que si on te demande ce que t'aimes comme musique, ils sortiront dans les trois premiers à coup sur.

-         Ben, je sais pas, j'ai un peu l'impression d'en avoir fait… non, pas d'en avoir fait le tour, mais je connais quasiment tous les trucs que j'aime dessus par cœur maintenant, tu vois…

-         Parce que ça, par exemple tu connais pas par cœur, tu vas me dire.

-         Si, mais c'est pas pareil.

-         … Et je pourrais savoir en quoi c'est pas pareil?

-         C'est pas pareil, c'est tout. Ca me parle. Voilà. Ca me parle vachement plus que les Beatles.

-         Parce que les Beatles ça te parle pas?

-         Si, bien sur, mais… pas à moi. Les Beatles, ça parle à tout le monde. Tout le monde aime les Beatles, et  'est normal, parce que les Beatles sont grands. Alors, oui, bien sur, les Beatles me parlent, mais à moi comme à d'autres... Que là, non. Morrissey, quand il me dit "You just haven't earned it yet, baby", "You" et "Baby", c'est moi.

-         N'empêche que tu connais par cœur quand même. Et puis, franchement, j'ai envie de te dire, quand même, tes Smiths t'en fais le tour beaucoup plus vite que les Beatles.

-         Attention à ce que tu dis toi…

-         … Non, mais c'est vrai, en plus c'est super daté, ça pue les années 80, le chanteur passe son temps à se lamenter…

-         Ca va les clichés, là?

-         Attends, tu sais très bien que dans les clichés, y a parfois un peu de vrai. T'as traîné avec des métalleux et des punks je te rappellerai.

-         Peut-être, mais là, non: c'est pas daté, c'est d'époque. Ca ne pue pas les années 80, tu oublies que les années 80 nous ont offert plein de trucs bien: Joy Division, Back in Black

-         … 1980 quoi.

-         Mais laisse moi finir! Les Guns N' Roses, les Pixies,

-         Ouais ouais, Nirvana, aussi, Pearl Jam, en gros, le "cadeau" des années 80, c'est les années 90? Non, mais vraiment, un truc des années 80, en pop (je me méfies, tu vas me sortir Metallica)…

-         Tu me connais bien …

-         Donc, en pop, du milieu des années 80, valable.

-         … Moi? (Plus milieu des années 80, tu peux pas, remarque).

-         Tu vois? T'as rien. D'ailleurs, ils le disent tous, les Smiths, meilleur groupe de pop des années 80. Si ça c'est le meilleur, franchement, faut pas s'étonner que les années 80 aient mauvaise presse.

-         Ouais, mais non. Le truc c'est que… tu vois: "Les Smiths meilleur groupe des années 80", ça a beau être vrai, il faudrait pas le dire. Parce que la conséquence directe, c'est que les élitistes du rock de tout poil vont les écouter juste pour vérifier si c'est vrai. Et trouver que cette réputation est usurpée. Les Smiths, tu ne dois surtout pas les écouter parce que c'est le plus grand groupe des années 80. C'est sûrement la pire raison de le faire – je le sais, c'est pour ça que je les ai écoutés la première fois, m'attendant à recevoir la même claque qu'avec les autres "plus grands groupes de décennie": Radiohead, Beatles, Clash… Et je peux te jurer que cette claque là, c'est pas avec les Smiths que tu l'auras.

-         Mais ta "claque", c'est pas la raison pour laquelle t'écoutes tant de trucs, dans le but de te la prendre?

-         Si, ouais, bon, certes,…

-         Aha!

-         Non mais c'est pas pareil. Les Smiths, un jour, ça te tombe sur le coin de la gueule, mais c'est pas une claque. Plutôt une caresse dont tu sais pas d'où elle vient ni pourquoi tu y as droit. Un jour pas fait comme un autre, tu te retrouves à écouter les Smiths, et à ce que, comme je te disais, Morrissey te parle. D'un coup t'as l'impression qu'il détient les clés pour t'aider à comprendre les clés de ta vie, ou, à défaut, t'aider à supporter les mauvais moments, avec humour, ironie…

-         …pleurnicheries…

-         Non, non, non! Le coup de "Morrissey la pleureuse", ça va cinq minutes, merde. Tu vois pas que quand il se lamente, c'est bien évidement au second degré?

-         Non, non, non! Tu vas pas me faire le coup du second degré. C'est quand même ton argument fétiche dès que tu dis une connerie.

-         Ouais, mais là non. Tiens, écoute celle là:

 

 

 

 

 

-         Tu vas quand même pas me dire qu'on peut prendre cette façon de chanter, ces paroles au sérieux? C'est ultra-cabotin, à la limite du ridicule. Mais je te cacherai pas que ce genre de trucs m'a pas sauté aux yeux la première fois: il a fallu que je vieillisse un peu pour m'en rendre compte. Si tu prends juste la musique, c'est sympa, mais pas le plus important. Si tu prends les paroles, premier degré d'ironie, dû au décalage entre la joie de la musique et la tristesse du propos. C'est marrant un temps, mais bon, si tu veux te lamenter sur ton sort, il y a assez d'autres trucs pour pas écouter les Smiths…

-         Tu m'étonnes...

-         Mais laisse moi finir: le moment important, c'est le moment où tu réalises ce qu'il en est vraiment de la voix. Tellement maniérée, tellement grandiloquente et finalement grotesque, que tu comprends qu'en fait, il ne fait rien d'autre que se foutre totalement de la gueule … ben du narrateur de la chanson, à savoir lui-même. En plus, tu te sens un brin con parce que rien qu'en réfléchissant aux paroles, t'aurais du le deviner:

I want the one I can't have and it's driving me mad…

OK, à la rigueur, tu peux dire ça, ou tout du moins le penser (c'est justement le fait que, quand tu es dans une telle situation, tu n'oses en parler à personne qui te rend malade…). Mais par contre, le "It's written all over my face" qui vient derrière, quand bien même oui, effectivement, ça se voit sans gamberger plus de 10 secondes en général, tu es bien le dernier à en avoir conscience. Jamais, ô grand jamais, si tu es dans une telle situation, tu n'es foutu de dire ou même de penser que ça se voit, cet amour que tu tentes tant bien que mal de dissimuler pour sauver les apparences, et pour paraître sain d'esprit.Et là t'as compris le propos de la chanson, d'un coup. C'est une parodie de chanson larmoyante, justement, un pastiche d'auto lamentation.

-         Ouais, mais ton explication, là, elle marche sur ce titre là. Y en a quand même plein où ça s'appliquera pas.Genre "I know it's over". Tu vas pas me dire que c'est fin, distancié, tout ça. OK, elle est belle, mais ça reste de la bonne vieille lamentation option "Allo maman bobo".

-         … Celle-là c'est pas pareil.

-         Comment ça?

-         Celle-là, c'est pas pareil. Déjà parce que c'est la chanson de la "révélation". Si j'aime ce groupe à ce point là, c'est aussi, au même titre que pour la plupart des groupes que j'apprécie vraiment, à un moment, il y a eu une chanson d'eux que j'ai écoutée jusqu'à n'en plus finir, dans des circonstances particulières, qui font qu'elle est ce qu'elle est à mes yeux. Comme quand je parlais de " The Night Before". C'est une chanson déjà bien, en soi, mais pas seulement. Et celle là, c'est même pas une question de second degré, c'est une question de circonstances qui fait que je lui donne une signification qui n'est pas la signification qu'y verrait un quelconque quidam en l'entendant la première fois, même en ayant les paroles sous les yeux et une notion aiguë du second degré.

-         Donc pour toi c'est pas une banale chanson de rupture.

-         En effet. Pire que ça.

-         Une chanson de deuil? De râteau? Attends, ça reste une chanson d'amour quand même.

-         Oui, mais c'est une chanson de non-râteau.

-         De non- râteau? C'est quoi encore ces conneries?

-         Ah ça, t'inquiètes que je dois être le seul à la voir comme ça. Pour moi, "I know it's over" ce n'est pas "je sais que c'est fini", mais "je sais que c'est foutu", ce qui, je te l'accorde, fais appel à une définition extrêmement française de "over". Pour moi, c'est pas une chanson que t'écoutes après une rupture. Pour moi, c'est une chanson que t'écoutes quand tu sais que cette personne là en particulier, tu as grillé toutes tes chances avec elle, et que ça ne se fera jamais, non pas parce que tu as essuyé un refus, mais parce que, de toi-même, tu prends conscience que … ça mènerai nulle part, de toutes façons. Et qu'accessoirement, c'est toi le responsable. Regarde:

 

 

 


"And as I climb into an empty bed
Oh well. Enough said.
I know it's over - still I cling
I don't know where else I can go"


Son lit est vide, mais il te dit pas qu'il est "vide à nouveau", t'en sais rien, et le "Enough said", c'est peut-être là pour marquer la lassitude, une sorte de ras-le-bol face à sa propre solitude… "I don't know where else I can go", c'est ce sentiment que tu subis, cette forme de profond désespoir qui t'assaille quand tu réalises que, finalement… tu n'éprouves de sentiment amoureux pour personne, tu es bien incapable de savoir sur qui jeter ton dévolu… Et la seule qui serait susceptible de t'inspirer ce genre de sentiments, tu sais que… "non, vaut mieux pas". Et ça c'est encore pire que d'aimer quelqu'un qui ne t'aime pas.

- Euh… ouais. T'es sur que là t'en fais pas un peu trop dans le second degré, la surinterprétation et la distanciation?

-         Mais la distanciation elle est partout, c'est ça qui est beau, c'est fin, un peu malsain aussi parfois, parce que bon, les Smiths arrivent à me faire danser sur des paroles qui parlent d'enfants maltraités.


 

-         Mais tu danses pas, là, pourtant.

-         Jamais en public. Et en public ça commence quand il y a une personne qui n'est pas moi, alors…

-         Ouais, bon, bref. Apprécier l'ironie des paroles, faudrait déjà apprécier les paroles. Putain, mais vanter les paroles d'une chanson, d'habitude, c'est pas ton argument auprès des non anglophiles pour leur faire croire qu'ils sont incapables d'apprécier un truc, quand ils trouvent que la musique est à chier?

-         Tu vas dire du mal de Dylan, là, c'est ça, non? Parce que ça passerai pas. Et surtout, là, les paroles sont d'une incroyable finesse. Elles sont pas juste bien, elles sont splendides. Je te rappellerai qu'une des références majeures de Morrissey c'est Oscar Wilde. C'est pas pour rien, au final, que les paroles regorgent d'aphorismes extraordinaires, et qu'on peut encore trouver intelligents passé 20 ans! "There's more in life than books you know, but not much more". "There is a brighter side to life and I know it because I've seen it, but not very often" (Franchement, celle - là a l'honnêteté pour elle, par rapport à tous les "Life sucks" que nous offriraient des dépressif de bastringue, non?) "Why do I smile At people who I'd much rather kick in the eye ? "… Il y a même des réparties fascinantes à l'intérieur même de ses chansons, genre "She said "eh, I know you and you cannot sing" I said "that's nothing you should hear me play piano"".  Je te cacherai pas que pour moi… Morrissey, eu égard à l'époque, c'est un peu l'équivalent anglais de Desproges: un mec capable d'écrire des trucs déments, mais dont on retient surtout des petites phrases qui claquent direct à l'oreille.

-         Je crois que c'est la comparaison la plus miteuse que je t'ai jamais entendu faire. Pourtant, c'est ton habitude, la comparaison pourrie.

-         Peut-être, mais celle là j'y tiens. Tu veux une autre théorie à la con?

-         Vas-y, on peut toujours se marrer…

-         Morrissey, pour moi… C'est Albion. C'est pour ça que certains le révèrent et d'autres le détestent. De la même manière que les Monty Python, soit tu les adules, soit tu trouves ça trop con.  Parce que Morrissey, de par son raffinement, son humour pince-sans-rire, sa distinction et sa diction parfaite (franchement, les Smiths tu peux comprendre la majorité des paroles sans même jeter un œil au livret) c'est totalement l'image que je me fais de l'Angleterre. Une image fantasmée, si tu veux, je sais bien que tous les anglais ne sont pas comme ça, mais bon. C'est "l'Anglais" du cliché. Plus que n'importe quelle autre rockstar. Plus même que le Prince Charles.

-         Attends, on parle des Smiths, ou de Morrissey bordel?

-         Des deux en fait, vu que ça reviendrait presque au même. Morrissey, c'est l'image, un peu la tête pensante du truc, après, c'est vrai que ce qu'il a fait avec les Smiths reste 2 tons au-dessus de ce qu'il a fait en solo. A croire qu'en fait la musique est un peu plus importante que je ne te le laisse entendre, en fait. Tu m'excuseras de me contredire, mais c'est juste qu' en fait, me dire que les gens qui n'écoutent pas les paroles, les Smiths, ça leur passe totalement au-dessus, c'est une pensée que j'aime, j'ai l'impression de… les "mériter", eu égard à mon obsession pour les lyrics.

-         Eh ben. Ca m'avance vachement si tu commences à te contredire tout seul. Enfin bon, j'arrive toujours pas à comprendre pourquoi t'écoutes plutôt ça qu'autre chose.

-         Ah ça… Les Smiths… Tu les as  tout simplement pas encore mérités. Il faudrait souffrir et pleurer un peu plus longtemps, pour ça…

 


 


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