Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
Je dois l'avouer, j'ai parfois un faible pour les trucs foncièrement nuls, kitsch, parfois même pompiers, en un mot : ridicules.
J'ai beau apprécier le musique dite de qualité, ils sont nombreux les morcceaux que j'aime juste parce que bon, ils me font marrer. En ce sens, les années 80 sont une mine d'or. Le Hard Rock 80 encore plus. Jamais je ne cracherai sur un petit Motley Crue (peu de choses sont aussi délirantes que gueuler « Shout at the Devil » seul avec Vince Neil ou se dandiner sur « Dr Feelgood »... tant qu'on reste bien, entendu, à l'abri des regards.)
Ces derniers temps, deux des morceaux que j'ai le plus écouté sont de cet accabit, puisqu'il s'agit de... « Poison » d'Alice Cooper (morceau sur lequel nous reviendrons sous peu), courtesy of . G.T., et de « 18 and life » de Skid Row (courtesy of Chtif), morceau dans lequel le « Yeah yeah, yeah yeah... » à 2 min 40 que nous envoie Sebastian Bach déclenche chez moi des convulsions de rire gras qui ne sont pas sans rappeler les grandes heures de Philippe Bouvard et Thierry Roland réunis.
D'autant plus que ces morceaux sont soutenus par des clips d'un mauvais gout que d'aucuns qualifieraient d'affligeants, et que personnellement je trouve à la limite du génie.
Et au milieu de tout cela, il y a... Billy Idol. Alors là on va très loin.
C'est l'apothéose de tout ça, et Billy ne peut que régaler la partie de moi qui s'enquiert toujours d'un peu plus de nullité.
Replaçons les choses : Billy Idol est issu de génération X, groupe dit « de punk » mais renié par beaucoup, comme quoi ils seraient arrivés trop tard, que ce seraient des suiveurs, tout ça... Je ne connais pas la véritable histoire (si jamais il y en a une), mais bon, admettons qu'on s'en fout totalement, parce que désolé, celui qui oserai qualifier « Dancing with myself » de morceau punk est soit sourd, soit croit que Calogéro est vraiment un artiste Pop-Rock. Pourtant ce morceau contient déjà en germe, tout ce qui fera Billy Idol.
Billy, c'est plus qu'une idole. C'est un concept. Avant il y avait des concept albums, lui il est le concept singer. Il n'a de punk que l'attirail (cheveux hérissés, cuir, ... et mine patibulaire). Entouré de guitar heroes, il livre une sorte de hard FM croisé avec un punk discoïde aseptisé, sans aucune aspérité, sur fond de synthétiseurs post new wave... En gros il réussit à cristalliser dans chacun de ses morceaux tout ce qui a pu être fait dans les années 80 et qui a de suite été renié sauf par quelques monomaniaques. Et dans les clips on atteint le summum.
Ecouter un best of de Billy Idol est un truc à vivre. Chaque morceau touche au génie tant on est assailli sous une vague d'orchestrations qui réussissent à être tout à la fois surchargées, pompeuses et pourtant livrées dans un dénuement le plus total. Chacun de ses titres aurait gagné à être plus court. Et les plus courts de ses titres auraient aussi gagnés à être plus court au point de ne pas exister ! Et pourtant... l'écoute de chacun d'eux me procure un grand moment de bonheur.
Un exemple idéal serait ce "Eyes without a face", ou l'on sent une volonté de construire une ballade, un truc désemparé, triste, peut être même émouvant... Mais Billy ne peut s'empécher de caler un passage plus énervé.... Et fout tout le titre en l'air. LA seul description cohérente de ce morceau qui me vient à l'esprit, c'est... "Behind Blue Eyes du pauvre".
Ma recherche d'une musique qui me plairait issue des années 80 m'a amené aux Smiths. Morrissey est, comme chacun sait, un grand parolier. Quand j'écoute un de leurs morceaux, sans lire les paroles, et que j'en comprends un bout (anglais affiné, mais quand même...) à chaque fois, ma réaction est « waouh, quand même, c'est bien tourné, bien dit, bien torché. ».
En ce sens, Billy Idol est l'anti-Morrissey par excellence. Quand je saisis un bout de ses paroles, je suis obligé d'avoir une sorte de rictus croisé entre le rire nerveux et l'expression affligée, comme devant un épisode de Benny Hill ou un sketch de Bigard, devant lequel si l'on rit, ce n'est pas parce que c'est drôle en soi, mais parce qu'on est affligé de l'existence même d'une forme d'humour aussi basse, aussi ridicule. Billy c'est pareil : on se demande comment on peut oser publier des morceaux avec de telles paroles.
Prenons le tube « Flesh for fantasy » (qui se traduirait, vu le contexte fortement sexuel de la chose, par « Chair à fantasme », de la même façon qu'on pourrait dire « Fromage à raclette ».)
Face to face and back to back
You see and feel
My sex attack
(Flesh)
Flesh for fantasy...
Ce refrain, personnellement, fait mon régal. Considérons les mots « Back to back you see [...] my sex attack" avec l'esprit cartésien qui est le mien... Et intéressons nous à leur romantisme militaire... Et nous savons que nous sommes là en face d'un authentique chef d'œuvre.
Et Billy Idol est un génie. Oui, je n'ai pas peur d'employer le mot, juste peur que vous ne le compreniez pas dans le sens ou je l'entends... Mais le fait est que, si faire un album ou toutes les chansons sont de petits chefs d'œuvre relève du coup de génie, c'est tout autant génial que de réaliser coup sur coup autant de morceaux si sauvagement mauvais. Cet homme est un impressionnant cliché ambulant...
Mon premier contact avec lui, ce fut un enregistrement public de Tommy des Who. Ou il incarne Cousin Kevin. Puis un autre, de Quadrophenia, ou il est le « Bell Boy ». Arborant son éternel cuir et sa décoloration qui commence à être en fait une coloration... Il m'est tout de suite apparu sympathique. Surtout, voir un vieux punk ridé jouer un rôle de rebelle adolescent, ca fait toujours plaisir.
De plus, ne nions pas les choses... Billy Idol est un has been. Un vrai. Dans les années 2000, qui s'est réclamé de Billy Idol, à part Spike de Buffy contre les vampires? Personne. Pas même lui-même dont j'ignore totalement ce qu'il est devenu depuis 1997.
Et bizarrement, toute cette accumulation... me le rend étrangement sympathique, fait que j'aime m'écouter de façon totalement premier degré « Rebel Yell », admirer cette façon qu'il a de quand même balancer la sauce dans « Eyes witout a face » alors qu'on avait l'impression qu'il tentait de faire une ballade, mais que bon a un moment il y tient plus...
Et se repasser ces clips, summum du mauvais gout 80's, bariolés et plein de formes géométrique, sauf « Dancing with myself », joyeusement peuplé de... zombies dansant.
Voilà...c'est assez franchement ridicule, d'un mauvais gout déroutant, mais si agréable à se repasser !!