Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
1965, fin de la ligne droite.
Voilà. Je savais bien qu’à un moment ou un autre j’allais devoir en passer par là, ce moment je le redoutais, j’ai essayé de le reculer le plus possible, mais maintenant je suis au pied du mur. Comme tout amateur de rock qui se respecte et qui ose tenir un blog ou il parle de disques… Je vais devoir vous parler des Beatles. Bon, après, soyons honnêtes, si je vous parle des Beatles maintenant ce n’est que pour mieux reculer le moment ou je devrais vous parler des Who. (Parce que là je vais souffrir ce jour là).
Maintenant, le pourquoi du comment de l’album. Je pouvais pas choisir Sgt Pepper, parce que, désolé, mais c’est loin d’être mon préféré. Je ne nie pas ses qualités, mais (je l’ai déjà évoqué un peu partout) pour moi il marque une époque, c’est un bel album, mais qui trouve plus d’importance dans l’évènement de sa sortie que dans l’album lui-même : je ne lui offre pas le qualificatif « intemporel ». Il est d’époque, c’est tout (si je dis « daté », je me fais insulter…). De toute façon, G.T. s’est occupé de le chroniquer il y a quelques temps… Pas envie de rivaliser.
Revolver non plus, vu que Thom s’en est fort bien occupé il y a peu, et que, bizarrement, alors que c’est un Album, un vrai, avec une consistance, il y a un certain nombre de titres qui me laissent indifférent (mais bon, « I’m only sleeping », par exemple, me transcende. « For no one » aussi.)
Le double blanc non plus. Parce que c’est un album des Beatles sans en être un. On dirait que c’est pas eux qui l’ont fait. Mais personne d’autre n’aurait pu le faire. Normal, c’est eux, mais ils font mumuse chacun dans leur coin, m’avait-on fait remarquer suite à un com’ posté je sais plus chez qui… Si vraiment il vous intéresse (ce qui est vraiment légitime, sans lui je sais pas de quoi parler en 1968…), allez voir ICI, chez Alex (d'ailleurs, elle est partie acheter le pain il y a 4 mois, là ca commence à faire longuet...)
Abbey Road ? Jamais eu le courage de l’écouter entier. Non, mais sérieusement, écoutez une fois « Maxwell’s silver hammer » et dites moi si vous avez envie d’écouter un album qui contient ça… Ca doit être un de leurs rares albums ou j’aime QUE la partie faite par Lennon.
Et, par conscience professionnelle, j’allais pas choisir « Please Please me ». Quoique…
Finalement, ce sera Rubber Soul. Parce que je l’écoute en boucle depuis la mi-juin, parce que j’ai découvert qu’il y avait plein de trucs à y découvrir, parce que ca me libère es années 1966 et 1968 qui sont bien chargées…
Donc nous voilà en 1965, c’est le début de la fin des Beatles première version, la fin des Yé-yé. Enfin, c’était annoncé (Beatles for sale, puis Help !) et les voilà qui attaquent le virage, en prenant la corde, histoire de doubler tout le monde une première fois dans leur carrière. On le rappellera, 65, c’est (i can’t get no) satisfaction , et Like a rolling stone , donc c’est pas rien. Pour l’instant, le tube des Beatles en 65 c’est Eight days a week, qui n’est pas un sommet, désolé de le dire…
Bref nos Beatles se retrouvent au début du milieu de la seconde révolution Rock, celle qui va faire passer de la pop « classique » à l’expérimentation et au psychédélisme… Tous ces trucs bizarres qui vont permettre à des gens comme Hendrix de creuser leur trou et ouvrir la porte à des Tommy, des Woodstock et toute cette époque… Et bien, tous ces petits trucs, ces modifications techniques presque mineures, on les sent sur cet album, avant les collages de Revolver.
Bien sur il y a le fait qu’on retrouve sur cet album quelques-unes des chansons que je préfère des Beatles : Drive my car (la plus marrante), In my life (la plus émouvante), The word (la plus rythmée)… C’est vrai, je sais pas pourquoi, mais j’adore « The Word », alors que cette chanson est ridiculement niaise, avec ses textes « pré-hippies »… Mais il y a une petite descente de guitare derrière… Pareil pour « Think for Yourself » et sa fuzz discrète… « Michelle », qu’il y a encore peu j’aurais classée comme la chanson des Beatles que je déteste le plus (maintenant c’est Yellow Submarine qui a le titre), et qui, quand on l’écoute vraiment, contient une surprenante ligne de basse. Deux morceaux un peu mélancoliques, mais splendidement maitrisés, comme Girl, ou In my Life.
D’ailleurs, je voudrais signaler là un truc. Avec leur orchestration pas minimaliste, certes, mais en tous cas pas surchargée jusqu’à l’abus, In my Life (avec For no one) est la chanson la plus émouvante jamais écrite par les Beatles… Au moins il y a du sentiment qu’on ressent, pas comme dans un Let it be ou un Hey Jude surproduit, amplifié… en même temps, Let it be a eu droit au « mur de son Spector © » donc…
Enfin bref, Rubber soul est le premier album de la série qui verra changer la face des Beatles, et, avec elle, celle des fans (moi le premier, même si j’ai un peu découvert leurs albums dans le désordre…), et donc celle du monde. Oui, car, rappelons le, c’est à cette époque que les Beatles sont « plus célèbres que le Christ »… Tiens, mon blog ne passera pas la censure américaine…
Bref, c’est avec cet album qu’on comprend pourquoi les 4 chevelus de Liverpool pouvaient vraiment se permettre de dire ça. On ne peut pas faire une telle musique sans intervention divine. Ou alors faut être vachement doué. Ce qu’ils étaient.