Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
J’ai l’impression que c’était il y a une éternité. (Ouais, je sais, on a fait plus original comme intro, mais c’était ça ou « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans », alors que non, j’en ai même pas trente, on va pas déconner.)
C’était l’année du bac. Et j’avais pas encore compris que jamais je ne serais un métalleux. Bon, j’avais des indices, c’est vrai, comme par exemple ces Best Of des Beatles trainant dans ma piaule. N’empêche, dans mes disques à moi, le binaire se conjuguait surtout avec une double pédale.
J’ai une excuse, c’était le début de la fin de la vague du néo-métal. Que j’avais certainement du suivre par mimétisme, ou un truc comme ça, vu qu’à part quelques titres de Deftones et de Korn, et le premier album de Slipknot, j’avais jamais réussi à trop accrocher au truc.
Alors autant dire que quand un jour on m’a sorti que System of A Down était un groupe affilié à cette vague, j’étais sur le cul. Pour une raison inconnue, j'étais incapable de mêler SOAD à cette vague: il y a chez eux un truc qui tranche d'avec les autres groupes de néo-métal. Puis, ça a fini par me sauter aux yeux : même s’il leur arrive de chanter des trucs tristes, SOAD se lamente quand même vachement moins qu'un Johnatan Davis (et se la pète moins qu'un Fred Durst), et même quand le propos est déprimant, la musique reste souvent franchement entraînante. La preuve, c’est que j’ai passé mes années d’études à pogotter en soirée sur « Chop Suey ! » qui parle quand même d’enfance maltraitée. C’est dire.
Bientôt on dansera des slows sur « Atrocity Exhibitions » à ce rythme là.
Reste que le petit effet madeleine reste là, et qu’à chaque fois que je réécoute cet album je me retrouve quelques années en arrière, à admirer le coucher de soleil par la fenêtre de ma piaule, pendant ces semaines de vide total qu’on appelle « attente des résultats. » Et je me souviens qu’à l’époque, je n’étais pas encore snob. Et je me réjouissais de l’engouement généralisé dans mon lycée pour cet album : pour la première fois depuis presque toujours, j’étais dans le même état d’esprit que les autres gens de ma génération.
Que je sois devenu snob ou que j’ai développé un sens du bon gout, j’en sais rien, reste que quand ce groupe a connu un succès énorme avec « Lonely Day », je trouvais l’album dont il était extrait pas mal à chier, quand même.
Eh ouais… encore un groupe victime du syndrome de Muse – Placebo. On en déduira donc que leur second album reste leur meilleur à ce jour, et que si j’en parle c’est bien parce qu’aujourd’hui encore, je le trouve vachement bon. Ce n’est certes pas le chef d’œuvre du métal, il n’est pas éternel. Mais c’est une excellente porte d’entrée, encore aujourd’hui.
Sorte de métal festif, lourd mais quand même mélodieux… Avec quelques accents orientalisants de ci de là. Tout pour que ça passe comme une lettre à la poste, avec en bonus la ballade de rigueur (ATWA), le tube bourrin en puissance (Toxicity) et le pont jeté pour rejoindre les rivages pop, qui lui aussi sera un tube (Aerials). Qui sera d’ailleurs un tube au point de squatter la première place du classement des auditeurs de Oüi FM pendant 2 mois et demi, soit bien plus que nécessaire pour me dégouter de ce titre.
Alors que l’été revient pointer son nez sur la capitale, j’ai eu idée de ressortir Toxicity des cartons numériques encombrant mon disque dur… disque dur que je n’avais pas à l’époque, c’est dire si c’était il y a longtemps. (Remarque: au moment de publier, je réalise que cet article traîne depuis 2 mois)
Et s’il y a une chose, une seule à dire sur cet album, c’est qu’il marche toujours aussi diablement bien. Oui Bounce me donne toujours autant envie de sautiller dans tous les sens, ATWA me déchire, ma tête se secoue toujours comme si j’avais des cheveux longs sur Toxicity, je me marre toujours autant en entendant les inflexions prises par la voix de Serge Tankian sur Needle (et sur Forest, mais là c’est moins normal)…
Mais en même temps, c’est facile : quand je l’écoute, j’ai 16 ans à nouveau, et c’est réglé ; et c’est facile à nouveau : le boulot c’est pour dans des années, on est jeunes, soyons fous, cons, faisons la fête, allons boire et draguer.
Autant dire que derrière ça le retour à la réalité est difficile. Faut sortir la grosse artillerie pour redescendre. Il faut un certain temps pour réaliser à nouveau que depuis, tout a changé et que mes potes de l'époque sont pour beaucoup bien loin, et qu'il y en a tant d’autres dont j’ai tout simplement perdu la trace. Sauf Serj Tankian, qui lui réussit à me décevoir régulièrement. Mais bon, c’était il y a une éternité tout ça, vous dis-je !