Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
L.A. Woman… est-ce le meilleur album des Doors ? Les avis sont partagés. Une chose est sure, ça ne peut pas être le plus mauvais puisque les Doors ont commis The Soft Parade. Seconde chose certaine, cet album, livré en Avril 1971 sera le dernier des véritables Doors, vu que Jim Morrison quitte le groupe peu après pour se réfugier à Paris.
Jim en a vu des vertes et des pas mures avant d’en arriver à cet album… Barbu, bouffi, en a assez du showbiz et, quitte à faire de la musique, veut qu’on la reconnaisse pour elle-même , pas pour l’aura qu’il insufle aux morceaux qu’il joue sur scène. D’ailleurs, à mon sens, Morisson est un de ceux qui a le plus contribué à l’élévation de la devise Sex, Drugs & Rock n’roll… Enfin passons.
« I’m a changeling, see me change »: dès The Changeling, premier morceau de l’album, et par « I need a brand new friend », sur Hyacinth House, le ton est donné, ce ne sera pas un album des Doors conventionnel. The Changeling et son petit rythme de clavier, en arrière-plan qui me fait penser, je ne sais pas pourquoi, à Funkytown (réécoutez, vous verrez). L.A. Woman est un retour aux sources, entre autres au blues, rythm n’ blues, bref les musiques qui ont fait exister le groupe.Et aussi aux thèmes fétiches du Morrison poète: le sexe, le jeu, "la ville" (L.A.) et la Mort.
Bien sur, on retrouve des morceaux typiques de la touche Doors, en particulier Love her Madly, petit morceau sympa qui coule tout seul. Et une envolée chamanique sur L.A. Woman, envolée pleine de folie et en même temps de sensualité (le fameux Mr. Mojo Risin’, anagramme de Jim Morisson, son Mr Hyde en gros…).
Mais dans l’ensemble on entrevoit un retour au bon vieux blues, sur Been Down so Long, Cars Hiss by my window, ou même Crawling King Snake, une reprise de John Lee Hooker, que Morisson arrive à emplir d’une sensualité malsaine, de telle sorte que ce morceau représente pour moi un sommet du groupe.
L.A. Woman est un morceau génial, certes, mais les Doors parviennent à offrir deux sommets de la musique à ambiance prépondérante que sont L’America et Riders on the Storm. L’America et son clavier obsédant, malsain, qui colle mal à l’aise mais qu’on écoute jusqu’au bout, une vision désespérée et desespérante… une ambiance comme le groupe n’en avait pas créée depuis The End. Et Riders on the Storm, ses gouttes d’eau, sa mélodie calme de clavier et de guitare, limite disque de relaxation Feng Shui, et ces paroles : « Riders on the storm, there’s a killer on the road » (qui, si je ne m’abuse, font référence à Charles Manson). Un bon contrepied.
Au bistrot. Avec les potes. Normal, c'est samedi.
Arrivé ici, comment conclure ? Plus j’écris cette chronique, plus je doute de son utilité…. Pourquoi cet album, hormis le fait que les autres dates sont prises par d’autres disques… Est-ce la maturité qui m’a fait passer de « Strange Days » à L.A. Woman ? (via l’album éponyme quand même..)
Parler des Doors est toujours difficile. Parce qu’il s’agit surtout de parler de Morisson. Et c’est pas facile de toucher à une icône, surtout quand c’a été l’une des votres (je pense que le Roi Lezard a son influence dans ma période « je veux porter les cheveux longs ») On a tous découvert les Doors un jour ou l’autre et au même moment on se passionne pour Morisson, sa classe, ses élucubrations, arrestations, sa mort mystérieuses, ses pantalons en cuir. On l’admire, on l’adore, comme si on avait été là à l’époque, c’est une sorte de rêve américain anti-américain, et comme ça, on (enfin moi en tous cas) se retrouve au Père Lachaise, ou à bloquer 10 minute en regardant le balcon de l’appart du 3eme gauche du 17, rue Beautreillis à Paris…
Puis on vieillit un peu, ses délires chamaniques ne nous passionent plus autant, puis nous saoulent, et on se dit que quand même les morceaux des Dorrs les plus agréables, c’est Moonlight drive ou Take it as it comes, du rock sexy mais sans outrance, plus FHM que Playboy.
Et on en arrive là ou j’en suis. On préfère le Morisson calme, qui décide de faire un album musicalement interessant, pas uniquement basé autour de sa personne, sans drogues mais avec beaucoup de bière (on rappellera qu’à cause de ca certains morceau de l’album on été enregistrés dans la salle de bain du studio).
Et après… les renie-t-on ? Je ne sais pas. Toujours est-il que les Doors fourniront toujours, à tous les adolescents de tous temps une excitation unique, et aux vieux cons que nous devenons tous, un mythe Rock n’Roll pour dire : « ça c’était quelque chose de grand, musique drogue et mort ». Et encore plus con, après avoir écrit tout ça, je ne sais même plus moi-même ce que je dois penser des Doors.
Ces deux visions s'observeront facilement aux endroits suivants:
- J'aime Jim Morrison et son oeuvre, et plus particulierement le premier album,lui avait tout compris, par G.T.
- Morisson? J'ai plus dix ans et en plus, désolé, mais c'était surtout de la pose, et en plus c'était un connard, par Chtif