Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
Ca suffirait de s’arrêter là, ca justifierai le choix de l’album, du groupe, et sans justification, ben, justement, ca ferait punk. Mais ce serait trop facile.
La facilité, elle est déjà bien engagée quand on dit que 1977 = Sex Pistols. Mais bon, je pouvais de toute façon pas caser ce groupe une autre année, non ?
Ce qui est marrant c’est que les Pistols n’ont rien inventé. Leur musique, c’est celle des Ramones (cf. Anthologie des Ramones : 3 chords, 2 minutes * 58 songs), et les paroles de rébellion non plus c’est pas nouveau. Ce qui les a rendu mythiques, c’est l’engouement populaire. Si les fans des Beatles se retrouvaient dans l’adoration de leurs idoles, ceux des Pistols se retrouvent dans une volonté de tout foutre en l’air. En plus, ca devait faire déjà un an que les Clash tournaient quand ils sont sortis, non ?
Mais bon, certains secrets du marketing sont impénétrables. Deux singles aussi imparables que le « God Save the Queen " impeccablement massacré et un titre aussi clair que « Anarchy for the U.K. », qu’est ce qu’il leur faut de plus aux jeunes rebelles anglais excédés par le chômage, le disco et la crise du pétrole qui les empêche de mettre un peu de gazoline dans leur scooter pour s’offrir une virée et draguer les jeunes filles ?
Et il faut avouer que cet album (le seul que sortiront jamais les Pistols) est extraordinaire. La dégénérescence en 12 titres. Je sais pas si vous avez remarqué, mais il s’ouvre sur le bruit de bottes marchant au pas (en ouverture de Holiday in the Sun) et se ferme sur un sublime « Pet vocal » de Johnny Rotten à la fin d’EMI. Rien qu’avec ca j’oserais presque dire qu’on a fait le tour.
En plus l’album est blindé de paradoxes, que je suis incapable de savoir s’ils sont là pour faire parler seulement, ou s’il s’agit de véritables prises de position qui serait vraiment intrigantes, enfin je n’ai qu’un exemple pour cela et pour conclure cette phrase atrocement longue et donc pas punk du tout : Bodies, la chanson anti avortement…. Donc on a de quoi faire parler la presse aussi. Notons aussi que pour faire parler la presse, le simple fait d'appeler cet album "On s'en bat les couilles" aurait largement suffit, mais il est important de donner dans la surenchère quand on fait des concerts de 35 minutes...

Et puis, l’histoire qui traîne autour des pistols est énorme… Le groupe monté de toutes pièces par Malcolm Mc Larren… Sid Vicious, le bassiste incapable choisi pour son charisme et sa bellegosserie… Nancy Spungen, encore une femme qui fait chier… (après Yoko, avant Courtney…)
Enfin bref… un groupe qui valait plus par son image que par sa musique, mais qui finalement nous a laissé un album qu’on écoute toujours avec autant de plaisir, un album qui reflète bien un époque (la dernière de ce genre certainement), où on croyait encore qu’on allait pouvoir tout faire péter…et tout récupérer pour nous…
Bon, ça fait toujours plaisir d’essayer d’y croire de nouveau de temps à autre.