Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
Il faut bien que je le dise : pour moi, dans les sorties 2008, il n'y a rien eu de bien transcendant. Pour prenve, je ne parviens même pas à sélectionner ne serais-ce qu'un album pour l'élire comme mon chouchou de l'année. C'est d'ailleurs en grande partie pour ça que je me sens mal de vous livrer un quelconque top pour cette fin d'année, en toute logique. Mais ça ne m'empèchera pas de le faire quand même.
En toute logique, parce que la plupart des groupes que je suis vraiment de près, la plupart des groupes que j'apprécie, ont déjà sorti un album en 2007 : White Stripes, Smashing Pumpkins, Radiohead, Queens of the Stone Age... On ne va pas non plus leur demander de truster l'actualité musicale tous les ans non plus. Ce qui fait que pour moi reste quand même une grande année. En plus, Coldplay comme U2 avaient eu le mérite de se taire cette année là.
Alors, comme on le fait dans ces moments là, on jette un œil dans le rétro et on se tourne vers la grande discothèque du passé qui recèle toujours de merveilles qu'on ne connaît pas, ou pas assez.
Si vous avez suivi les épisodes précédents, vous devriez vous souvenir qu'on m'a laissé en Janvier en pleine fixette obsessionnelle sur l'œuvre de Nick Cave. Entre la découverte, l'acquisition et la digestion de son œuvre (qui n'est jamais vraiment digérée, certains titres donnent toujours la même grosse claque ou le même délicat frisson après écoutes répétées), j'ai quand même fini par me calmer. Et ce qui m'a calmé, c'est... « Dig !!! Lazarus Dig !!! », de Nick Cave and the Bad Seeds, sorti en Mars dernier.
Parce que bizarrement, ce qui m'attirait et d'ailleurs m'attire toujours dans l'œuvre du... du Gars qui est respecté par tous les rockeurs mais qui est tellement respecté que personne a pensé à lui coller un surnom ridicule comme « Moz » ou « Zim »... C'est ce côté rage sombre, colère glauque, déprime énervée, bref tout ce qui fait que son œuvre a beau être écoutable sans aucun problème par le commun des mortels, elle n'est pas non plus accessible. Alors que cet album là, non seulement accentue un côté plus rock, a un côté plus... rock n' roll aussi, plus décontracté presque. Du moins, c'est ainsi que je l'ai ressenti, allant jusqu'à trouver « Dig Lazarus Dig » (le morceau) dansant !! Incapable que j'étais de trouver un morceau contenant la tension qui fait de « No pussy blues » un de mes morceaux préférés du prophète australien. Mais à côté de ça, je voyais tout le monde s'enflammer à plus ou moins grande échelle pour cet album, comme dans un effet pré - Third. Etais-je un mauvais fan de Nick Cave ? Un insensible ? Ou pire... un snob ? Toujours est - il que j'en reste là, depuis Avril disons, à réécouter régulièrement mon Live Seeds, Let Love In, et les autres, avec un paradoxe qui me réjouit : l'album le plus Rock des Bad Seeds ne me touche que peu (quoique, je compte bien y revenir un jour), et pourtant ce sont d'ordinaire les morceaux les plus rock du groupe qui me réjouissent le plus, de Loverman à There she goes, my beautiful world.
Sur ce, il faut bien passer aux obsessions 2008, aux disques qui ne lâcheront pas avant un moment, non sans se faire le petit plaisir d'aller au moins une fois à contre courant. En effet, alors que tout le monde s'est plu à célébrer les 40 ans de Mai 68 à l'exception de quelques mauvais coucheurs, nombre de journaux ont voulu revenir sur « les grands disques de l'année 68 ». Et moi, bien sur, de m'enticher de disques de l'époque que je n'ai vu apparaître dans aucun de ces classements regorgeant de Beatles, de Stones, de Janis Joplin... Et de chanter les louanges de « The Kinks are the village green preservation society », « Odgen's nut gone flake », et « Odyssey and Oracle ». Disques sur lesquels je reviendrais bien sur lorsqu'il sera temps d'évoquer... l'année 1968.
Puis est venue une passion pour un groupe totalement mineur, et au final franchement ridicule... Passion qui a eu plusieurs conséquences qu'il vous sera aisées de deviner. Ce groupe je l'ai découvert, avant même d'écouter sa musique, par sa biographie, que Chtif m'avait fort gentiment prêtée... Oui, on parle bien de Mötley Crüe. Eh ouais, j'ai passé une partie de mon été à lire « The Dirt », et franchement... C'est typiquement le même processus que celui que j'ai décrit dans mon article sur Billy Idol : se prendre de sympathie pour une bande de has-been, de losers, et par conséquent, avoir une certaine tendresse pour leur musique, aussi pourrie soit-elle.
Il va sans dire que c'est un des évènements fondateurs de l'idée du Rock n' Roll Hall of Shame (je profite d'ailleurs de l'occasion pour vous remercier du fond du coeur, vous tous qui y avez participé...).
Rendez vous compte : un groupe qui est plus connu pour le fait que certains de ses membres ont tourné la version hard de « Alerte à Malibu ». Et de toutes façons plus connu pour ses frasques que pour sa musique. Qui a été au top pendant les années 80 et est maintenant devenu le symbole même de tout ce qu'on renie de cette période et de ce mouvement entier qu'est le Hard FM. Et qui pourtant a sorti des morceaux que, bizarrement, j'aime vraiment : Shout at the Devil, Dr Feelgood, Too Fast for Love...et même les ballades imbuvables comme « Home Sweet Home »...
Et le pire, c'est que le disque que j'ai le plus écouté d'eux (et même qu'en plus je l'ai acheté... avec un super sticker collector offert, la classe), c'est le live « Carnival of Sins », à savoir donc un live de 2006, de pseudo-reformation, ou ils sont tous vieux gras fatigués ou presque. J'ai regardé de vidéos ou ils sont pêchus, jeunes, prêts à bouffer le monde, et c'est nul. Je ne vais pas m'appesantir sur les raisons de mon amour pour ce groupe, c'est sensiblement les mêmes que celles de ma passion pour l'œuvre discographique de notre Père Noël préféré, mais bon, je dois bien avouer que la dernière partie de mon année a fortement été dirigée vers la découverte des bas-fonds de la production discographique de ces 20 dernières années, vers ce qui est unanimement considéré comme médiocre, mauvais, le renié, le honni, le honteux. Mais en évitant cependant la mauvaise new wave et le rock prog, on a quand même son honneur.
Le pourquoi du comment tient en un unique nom : les Smiths. L'obsession 2008, celle qui succède à Nick Cave pour 2007 et aux Who pour 2006.
Car voyez vous, ce fameux fil musical qu'on remonte, redescend, et qu'on suit dans ses tours et détours tout le long d'une adolescence qui ne demande qu'à durer est parfois, quand même, jalonné de panneaux indicateurs présentant les grandes agglomérations. C'est la logique même qui veut que quelqu'un qui s'intéresse un tant soit peu à la musique rock se sente presque « obligé » d'aller voir du côté de tel ou tel groupe. Quiconque n'a jamais écouté les Beatles ne pourrait parler des 60's, quiconque n'a jamais écouté Radiohead ne saurait parler des années 90 - 00, ou du moins ne saurait en parler sans perdre sévèrement de sa crédibilité.
J'ai personnellement contourné de nombreuses années la décennie 80 durant laquelle l'histoire du Rock s'est, pour moi, durant très longtemps, fermée sur le suicide de Ian Curtis pour se rouvrir avec les Pixies. Et cette année, suivant au final un mouvement très à la mode en ce moment, j'ai décidé d'aller explorer cette impasse pour y redécouvrir certains trésors...
Et c'est là que, arrivé devant le dernier panneau indicateur dont j'avais noté les coordonnées, je l'ai suivi, vers les Smiths. Peut-être n'aurais-je jamais du. Car bien sur, découvrir un groupe aussi riche, aussi passionnant est toujours une grande expérience... Mais sa conséquence directe est ... je le dirais en conclusion sinon j'aurais pas de conclusion.
Ah putain... les Smiths. Je suis véritablement heureux d'avoir vécu cette dernière étape de mon parcours avec eux. Je pense sincèrement que des groupes comme celui là, on doit avoir la possibilité d'en découvrir, quoi... 3 dans une vie peut-être ? Parce que des groupes intéressants, de qualité, fascinants, passionnants, certes, on peut en découvrir beaucoup. Mais je pense sincèrement qu'à l'heure actuelle, seuls les Smiths ont pu rejoindre les Pumpkins au Panthéon des groupes qui me parlent. Je viens de relire mon article sur « The Queen is Dead », et je viens de me dire que cet article est totalement pourri. Ecrit trop dans l'instant, dans l'émotion, écrit dans un instant où, sous le contrecoup de la fin de la vie d'étudiant, j'ai pas cherché à aller puis loin que ce qui était évident, là, sous mes yeux, bêtement... Ouais, c'est sur, se lamenter en écoutant « I know it's over », c'est classe, mais bon, déjà ca n'a aucune originalité, et surtout, c'est passer totalement à côté de bien d'autres choses...
Maintenant que je me suis véritablement plongé dans l'intégralité de leur discographie (4 albums, 2 compilations de singles et faces b, il n'y a pas non plus de quoi se noyer), il en ressort que... merde, les années 80 ont donné naissance à un des plus grands groupes que j'ai jamais connu !! Ce groupe revêt au final une apparence presque fantasmatique à mes -eux : il y a dans ces titres une délicatesse, une beauté... Je n'ai qu'un terme qui s'impose forcément à mon esprit en évoquant les Smiths : classe. LA classe à l'Anglaise, la vraie. L'incarnation même de ce qui fait que ce pays (du moins la vision idéalisée de ce pays que je me fais) me fascine à ce point.
Certes, Morrissey, avec ses manifestes anti-carnivorisme, est bien loin de l'image qu'on peut avoir envie de se faire de la Rockstar avec un grand R. Et c'est bien à tort qu'on lui a accolé l'image de dandy (« décadent » en option) qu'il se traîne aux basques depuis un bout de temps. Pourtant, ça peut s'expliquer. Car Morrissey, non content d'être un brillant parolier truffe ses compositions d'aphorismes qui font le bonheur de l'amateur de bons mots. De plus, entre la classe qu'il arbore et ses inclinaisons sentimentales (qu'on devine), il y a là tout ce dont on a besoin pour se reconstituer celui qui manquait à cette fin de siècle, celui dont l'ironie et l'humour pince sans resteront dans les mémoires pour que, pendant un siècle encore, tout le monde se dise « Ah putain quel génie » à chaque fois que quelqu'un le citera, sans pour autant en savoir beaucoup plus sur son œuvre que ce qu'ils veulent bien en connaître...
Bref un « nouvel Oscar Wilde » pour les amateurs de raccourcis. De là, le raccourci vers le dandy décadent désabusé est tout tracé. Remarquez que pour la France des années 80, cette description pourrait tout à fait se voir correspondre à Desproges (dont tout le monde a oublié de célébrer les 20 ans de la mort cette année, ce qui est scandaleux ! Ah, ça, pour venir tous les mois de mars nous les briser avec l'anniversaire de l'électrocution du blondinet gesticulant, y a du monde, mais quand un des derniers génies que la France nous ait offerts au siècle dernier passe ses métastases à gauche, personne. Désolé, fallait que ça sorte.).
Mais bon bien au-delà de tout ça, il est temps que je résume pourquoi ce groupe m'a offert la plus grosse claque que j'ai jamais prise depuis un sacré bout de temps :
- La discographie des Smiths est incroyablement dense : c'est-à-dire qu'il n'y en a pas beaucoup, mais que c'est vraiment du lourd. Et c'est pas tous les jours qu'on peut s'offrir une quasi intégrale en 6 disques.
- Chacun de leurs 4 albums a une... « teinte » différente. Résultat, quel que soit l'état dans lequel on est, on est susceptible de trouver un album qui nous parle.
- Avec son accent impeccable (on dirait pas qu'il est de Manchester, il a un accent tellement... oxfordien) Morrissey offre des paroles non seulement géniales, mais qu'on peut comprendre sans lire le livret ! Et en plus ponctuées de petites phrases qui claquent dans l'oreille, qui sonnent comme pas permis, des éclairs de génie, des aphorismes qui tuent.
- Et bien sur une musique extraordinaire, qui réussit à être.. comment dire, années 80 sans être datée. C'est-à-dire qu'on sait que c'est les annés 80 mais sans tout ce qui marque irrémédiablement une grande partie de la production de l'époque... à savoir synthés, batterie électrique, bref une musique chaude et touchante, et pas désincarnée par la force de la production comme trop souvent dans ce que j'ai pu entendre de cette époque.
La conséquence en est simple : plongée dans la discographie solo de Morrissey, achat d'un eplace pour le Grand Rex le 2 juin prochain, fanitude totale et certainement irréversible.
En un sens... Achever la première phase de mon parcours musical (c'est-à-dire faire le tour de tous ces groupes considérés comme d'énormes références par la majorité des gens qui peuvent avoir une influence sur la musique que j'écoute) avec les Smiths, c'est à la fois un honneur et un plaisir. Mais en conséquence a eu lieu une bien triste déprime post-partum, déprime de type... « Et maintenant on va où ? »
J'en sortirais (un soubresaut tout au plus) rapidement, mais pas longtemps, avec la découverte du grand album de Faith no More, « Angel Dust ». Surprenant, agréable, efficace pour se frayer un chemin dans le métro, bondissant, parfois même franchement drôle. Mais ces choses là ne dure qu'un temps... Alors on se raccroche aux vieilles valeurs, qui en plus on sorti un album récemment, les Oasis (j'en ai pas parlé mais j'aime beaucoup le dernier une fois qu'on en a viré les ballades présentes pour assurer le minimum syndical de guimauve), les... tous ceux qui ont fait l'objet des articles précédents quoi. Vous voyez, tout se tient ! Mais bon...
J'en étais rendu là, quand, finalement, vers le premier Décembre 2008... Je me suis posé la question que j'aurais du me poser depuis un bout de temps : « Et si je m'intéressais aux albums qui viennent de sortir, enfin, sortis cette année ? » Bonne idée.