Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
Il y a des disques comme ça, qu'on aime, et point.
Dans cette série d'articles, il y a tout un type de disques qu'on pourrait qualifier de cette façon. Ce n'est pas forcément que j'ai peur de m'attaquer à un chef d'œuvre, ou d'en mal parler.... C'est juste que.... Il n'y a rien à dire. Ces disques se défendent d'eux-mêmes, et si un quelconque détracteur survient, et bien... On aura pas grand-chose à proposer pour le contredire. Ils sont impénétrables, et c'est justement ce qui fait leur force et les rend passionants.
Apostrophe (') est de ceux là. (Et c'est pas le seul, là est mon problème...)
Déjà, Zappa, c'est dur à décrire. Il est une évidence que c'est un guitariste (et un compositeur) de génie. Mais aussi que c'est pas la moitié d'un fou. S'il existe un mot qui ne se décollera jamais de Zappa, c'est « Dérision ». Ce n'est pas parce que la musique est un truc sérieux (j'ai failli écrire un « business sérieux »....) qu'on ne peut pas la tourner en dérision, s'amuser avec, où même en rire. Rappelons que c'est lui qui posera la question primordiale: "Does Humour Belong to music ?"
Un album commencant par un combat entre un esquimau et un trappeur, et qui s'achève par une discussion métaphysique entre un homme (qui pue des pieds) et son chien, qu'est-ce ? Grand bien vous fasse de savoir répondre à cette question. Allez de suite voir un psychiatre.
Cet album est à l'image de l'image que l'on peut se faire de l'esprit de Zappa. Tortueux, agité de coups de génie et de fulgurances, tantôt jazz, tantôt blues (le solo de Cosmik Debris, entre autres), tantôt très pop mais bon, on va pas non plus déconner c'est quand même Zappa, LE grand des années 70 qui a pas récolté de petit surnom (Le binôme Don't Eat the Yellow snow / Nanook Rubs it), et même une ballade au piano (Uncle Remus), Zappa se permet tout et réussit tout.
Si Elvis est le King, et si Clapton est God, Zappa est à coup sur The Fool.* Et en tant que tel il peut se prendre pour qui il veut, personne ne lui reprochera jamais. Comme sa façon de composer, sa voix peut se placer dans tous les registres, du conteur sadique du début, au philosophe canin de la fin, en passant par le prophète St Alphonso... Un album tellement concept qu'on ne saurait si c'est un concept album ou pas.
Sur certains morceaux, Zappa apparaît tel l'alchimiste parfait, le cuisinier forcené qui peut faire confiance à son talent : Il a beau en rajouter, des instruments, des notes supplémentaires, ça reste malgré tout digeste (lourd, mais tellement bon), et a aucun moment ça ne dépasse les limites de la nature, à aucun moment ça ne ressent le besoin d'exploser au visage de son créateur. Zappa peut se permettre toutes les folies et toutes les expérimentations, il reste audible et meme mélodieux.
Il n'est pas dans mes cordes de décrire correctement la musique de Zappa : je n'ai pas les connaissances nécessaires. Car derrière ses allures de rigolo et sa moustache, le gars est quand même un gars qui s'y connaît en Musique avec un grand M... Alors je n'ai que des comparaisons à fournir : Zappa est à la musique ce que Gotlib, ou Solé (les deux lui on rendu un brillant hommage en revisitant Stinkfoot en BD, et par la même on ne rappellera jamais assez la nécessité absolue de lire « Hamster Jovial et ses louveteaux »...) sont à la BD : le besoin de toujours en faire plus, d'en rajouter, la peur du vide... Peur du vide qui rapproche le gars Zappa d'un Keith Haring s'il s'agissait de composition picturale...
Bref, à la lueur de ces comparaisons, qui ne peuvent pas, en tant que telles , servir d'arguments, c'est sur...on réalise bien que Zappa est un branleur qui n'a rien, mais alors rien fait avancer et a encore moins révolutionné quoi que ce soit... Evidement.
Ayant été recalé au Casting de Tarzan, le jeune Frank se recyclera dans la musique et la botanique.
Je ne détaille malheureusement pas l'ensemble des morceaux, mais chacun regorge de son lot de petites trouvailles, de malices, de tous ces petits « trop » qui font le tout de Zappa. Oui cet album rend philosophe. Et accorde une place d'importance à la race canine.
On pourra bien évidement me reprocher d'avoir choisi l'album salué par le plus grand succès public qu'il ait fait, mais bon, soyons logique : si le but est d'encourager à aller découvrir le monde fabuleux de Frank Zappa, ceci constitue, avec Hot Rats, la plus belle des portes d'entrée, non ? Car oui, Apostrphe est un album de Zappa accessible: rappelons que Zappa solo a l'habitude des alums de 4 morceaux dont 2 de 15 minutes, là on en est loin, et malgré les folies de l'intérieur des morceaux, il fait ici preuve d'une concision.... pop, n'ayons pas peur des mots.
Sur ce, je vous laisse avec ce petit montage réalisé par un illustre inconnu mais qui a du talent sur « Don't eat the Yellow Snow » (Bon, ok, c'est à partir de la version « single », qui contient, en version raccourcies, « Don't eat the yellow snow », « Nanook Rubs it » et l'intro au xylophone de « St. Alfonzo's Pancake Breakfast » en guise de conclusion) :
Vous pourrez également retrouver "Stink - Foot" dans la radio, à gauche, qui a pour l'occasion été remise à jour pour la première fois depuis une dizaine d'articles...
Et si vous en voulez plus, encore plus de Zappa chez Systool!
(Ceci était le premier article de notre nouvelle grande série "Je suis pas foutu d'en parler correctement, laissons les autres en parler, moi je vous dis juste que j'aime bien, hein.")
* Remarque: Ceci n'est en aucun cas un hommage ni à PAul McCartney, ni à Gilbert Montagné. Je dis ça parce qu'on ne sait jamais.