Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
Le Rock n'est pas la musique qu'on associe directement à la France, et nous sommes tous d'accord je pense pour dire qu'en France en matière de rock, on a Rock n Folk ou rien. Se croyant digne héritier des magazines de la grande époque (Creem, Rolling Stone...) ses Rock Critic ont réussi le tour de force de réunir dans leurs écrits la majeure partie des défauts de cette presse au point d'en devenir lassant. L'autobiographie mensuelle de Patrick Eudeline pour rendre hommage à nos chers disparus, la chronique de concert du mois des Stones par Manoeuvre, le prosélytisme envers la nouvelle scène parisienne de toute la rédaction, le tir à vue jouissivement méchant de Ungemuth... Et bien sur, ne jamais ô grand jamais se remettre en cause.
Mais bon, avouons les choses... Je suis un peu pareil. J'oserais aussi avancer que sur certains points, vous aussi mes camarades blogueurs musicaux, vous pouvez aussi être un peu comme ça... Mais qu'un peu, hein, vous en faites pas!
Bref, tout ceci est la raison de cette nouvelle rubrique, vraiment occasionelle en forme de mea culpa: Le Rock – critic est un con. Dans le but de ne pas traumatiser les détracteurs du Rock et de sa critique, je jure d'être imbitable, incompréhensible, désagréable pédant et... chiant, tout simplement.
Le commun des mortels n’est pas critique Rock. La preuve : le commun des mortels écoute ce qui passe à la radio sans pester ou maudire les animateurs. Le commun des mortels écoute même RTL 2 sans broncher quand il veut écouter du rock. Le commun des mortels n’est pas plus choqué que ça qu’Europe 2 ait décidé depuis 2 mois d’offrir une programmation « Que du Rock que de la pop » alors qu’auparavant c’était le royaume de Madonna et Justin Timberlake. Le commun des mortels trouve le dernier Muse super original et passionant, a découvert et aimé Placebo avec « Sleeping with Ghosts » et continué à l’apprécier avec « Meds », considère Indochine comme le plus grand groupe de Rock français en activité (et pense que le plus grand groupe de rock français de tous les temps est Téléphone).
Bref, aux yeux du critique Rock, le commun des mortels est composé de cons. Ou plutôt d’incultes finis, mais qu’on peut remettre dans le droit chemin, à condition de savoir s’y prendre… C’est là une des premières erreurs, croire que le commun des mortels :
1/ S’interesse un tant soit peu aux musiques avec des guitares (« Mais merde, les Beatles quand même !!! –Trop vieux. J’écoute pas la même musique que mes parents moi. »)
2/Possède la même sensiblité que le passioné de Rock (« Attends, ce solo, il tue quand même !! – Ouais… C’est vrai qu’il choisit bien ses notes »)
Partant de là, le critique Rock présentera aux yeux des mortels 3 caractéristiques rhédibitoires : l’absence totale d’objectivité, une forme ressetie de pédanteie due au fait qu’il parle de choses qu’il connait mais pas forcément tous les autres gens à qui il en parle, alliées à ce qui passe pour une pédanterie forcenée qui le force à faire des phrases aussi longues et incompréhensibles que celle-ci, et, enfin, une mauvaise foi à toute épreuve.
I/ De la subjectivité comme alternative à l’impossible objectivité.
Oui, avouons le tout de suite, quand on parle de musique, et c’est encore plus vrai quand on parle de Rock, c’est même pas la peine d’envisager ne serais-ce qu’une seconde d’être objectif… Et comme on est rarement d’accord en parlant musique, cet argument sortira,… alors que, par essence, parler d’un disque c’est critiquer, et critiquer, c’est directement être subjectif puisque c’est donner son avis. Mais bon, faisons le tour des arguments pseudo objectifs qu’ont pourrait nous donner :
La qualité intrinsèque de l’album : vous cassez pas, c’est inévaluable, et de toutes façons, c’est rarement l’amateur de Tribal King qui sera à même de déterminer les qualités de composition
LE nombre de disques vendus : il va peut être être temps de faire comprendre aux gens que le nombre de ventes d’un disque (ou d’un livre pour une fois les deux marchent presque pareil) ne signifie aucunement la réussite de son créateur doublée d’un bon bouche à oreilles. Ca signifie juste un bon mattraquage, une bonne campagne marketing. Best seller n’est pas synonyme de bonnes ventes, il faut comprendre ca une bonne fois pour toutes. (Merde ! serais-je tenté d’ajouter)
Alors vu ce comportement, ce refus du phénomène de masse, le commun des mortels va considérer le Rocker comme snob, pédant, désagréable avec la masse, bref comme un con qui se croit supérieur alors qu’il est juste différent, un peu comme… un albinos mégalomane on va dire.
Bref. On en arrive à un malentendu permanent qui fait croire au commun des mortels que le rockeux se VEUT d’être « underground », alors qu’en fait il a pas le choix, vu que sa musique, en France, elle est pas vraiment « upperground ». (Je vous rappellerait au passage que Pete Doherty a quand même été obligé de se taper Kate Moss pour qu’on parle de lui en France !). Ah oui, rappelons par la même un point important: quand un groupe qu'on aime rencontre le succès, il est fréquent qu'on l'apprécie moins. Ce n'est que très rarement par volonté farouche de conserver le groupe à soi, à un ensemble de connaisseurs. C'est simplement qu'en général, de nos jours, un groupe connait un grand succès public en abaissant son niveau. C'est insulter le commun des mortels que de dire ça, mais c'est vrai: Muse, Placebo, pour ne citer que les plus marquants, ont connus le succès avec leur plus mauvais album. Seulement on avait déjà dit que l'album était mauvais AVANT que le succès ne retentisse. Alors le terme « commercial » n'est qu'une image, pas une catégorie d'albums. Enfin.
C’est par ce biais qu’on en arrive au point II/
II/ Snobisme et pédanterie comme expression extérieure d’une solitude intérieure.
Les critiques Rock sont liés par un certain nombre de choses qui ne sont pas forcément l’apanage du commun des mortels :
En premier lieu, un système de référeces que tout le monde n’a pas forcément… Amis rockeux, prenez bien conscience qu’il existe des gens, tout à fait intelligents, intégrés, voire meme parfois considérés comme cultivés, qui considèrent que les beatles n’ont été QUE des minets en costard avec une coupe au bol chantant des bluettes pour gamines en folie en 196… ?? Dans les années 60 quoi.
Puis vient un gout particulier pour les beaux mots les belles phrases. C’est sur que quand on a été formé à l’anglais par Dylan, le Français s’en ressent dans le bon sens. L’avantage, c’est qu’on verra jamais une critique Rock en langage SMS. L’inconvénient c’est que ca sonne « Pédant » pour le commun des mortels. Une seconde raison qui pourrait être avancée vient de l'origine même du style « critique Rock », aux U.S., avec des mecs comme Lester Bangs et de la version qui en a été faite en France par les Manoeuvre, Eudeline et consorts: Je pense ça, ça n'engage que moi (la preuve, dans ma critique, je ne parle que de moi) et de toutes façons j'ai raison alors ...). C'est vrai que c'est sidérant de mauvaise foi. Oui. D'ou le dernier point du jour:
III/ Mauvaise foi au nom du bon gout.
Ca peut ête franchement énervant, mais la mauvaise foi fait partie intégrante de cet exercice qu'est la critique Rock. Un critique Rock ne peut pas être oris en défaut (son snobisme et sa culture, du moins celle qu'il montre, qu'il l'ait vraiment ou fasse croire qu'il l'a, sont là pour lui éviter ces désagréments). La mauvaise foi atteint des sommets si l'on attaque le Rockeux sur son groupe préféré. On en a tous un ne niez pas. Les Stones pour Manoeuvre (flagrant), Lou Reed pour Bangs... lui-même pour Eudeline. Et même dans notre petit monde de la blogosphère rock, je vois, en vrac, les Who pour Chtif, Bowie pour Thom, Nick Cave pour G.T., Franz Ferdinand pour Alex... et bien évidement les Pumpkins pour moi, j'ai été jusqu'à défendre Zeitgeist un peu partout. Ces groupes ou artistes seront défendus par leur plus fervent admirateur bec et ongles, quoi qu'ils fassent, même pour une reformation perdue d'avance, un album mercatile ou que sais je encore. Passé ce cas extrème, le simple fait d'avoir raison même quant on a tort est, rappelons le, la raison de parler du Rock Critic.
Oui, je confirme, le Rock Critic est un con. Mais il le vit très bien.