Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
Je ne sais pas si vous vous en souvenez (encore faudrait-il que vous me lisiez déjà à l'époque), mais j'avais déjà abordé dans cette série d'articles les mésaventures tragi-comiques du danseur de slow Rock - critic. Continuons donc aujourd'hui avec les mésaventures du guitariste séducteur- loser Rock Critic... En gros, moi.
Bon, certes, si l'on parle de rock critic guitariste et de guitare, on peut s'orienter vers des débats autrement plus élevés, comme de savoir si l'on peut juger objectivement un art que l'on pratique, et aboutir à la conclusion « Les critiques sont des artistes ratés », raccourci facile pour dire au critique de fermer sa gueule, que ce n'est qu'un jaloux, qu'il pourra critiquer quand il en fera autant, et au passage allez visitez mon skyblog sur les BB Brunes qui eux sont trop beau gosses et jouent bien de la guitare alors arrête de dire que c'est de la merde.
Mais ce serait trop facile, ce serait ouvrir la porte à un débat intéressant et fighto-culturel, et c'est pas le genre de la maison : restons donc dans la légèreté.
Je vais donc vous parler de ma guitare. Pas du moi - guitariste, mais juste de ma guitare. Pour une raison très simple, je suis un des plus piètres guitaristes qui soit, tellement piètre que je suis infoutu de retenir le nom des accords (ce qui complique légèrement les conversations avec d'autres guitaristes), par exemple. Pourtant je possède ma délicate six-cordes depuis bientôt 7 ans. Mais j'ai une excuse, ou plutôt, j'ai une raison de ne pas avoir d'excuse : je n'ai jamais « travaillé » ma guitare. J'ai tenté d'apprendre quelques morceaux, d'ailleurs j'irais même jusqu'à dire que j'en connais certains, même... Mais jamais je n'ai fait de gros efforts pour retenir des grilles d'accord, réussir mes barrés (quand je vois un barré dans un morceau, c'est plus une raison pour chercher à en apprendre un autre, pour moi...), et j'en passe...
De plus la nature (fortement aidée en ce sens par mon ascendance génétique) m'a doté de mains plus adaptées à exercer un métier tel que boucher ou étrangleur à mains nues qu'à effleurer délicatement les cordes de métal de ma belle amie folk. Cordes que j'appelle, dans l'intimité : « putain de cordes de merde qui défoncent les doigts, bordel ». Chacun sa notion de la complicité. (Mais assez parlé de moi)
Tout ça pour vous dire, que si ils sont nombreux les possesseurs de « Guitare à pécho », je suis un des rares possesseurs d'une authentique « Guitare à Rateau », un modèle qui tel Excalibur ne développe tout son pouvoir qu'au contact d'un utilisateur particulier, une sorte d'Elu. Moi. (Ah merde.)
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Or donc, vient toujours, que vous le vouliez ou non, l'instant de la confrontation. Une femme, une guitare, vous au milieu, ridicule. Car que vous le vouliez ou non... La guitare intrigue, la guitare est une occasion de dialogue, la guitare c'est pas forcément un truc qu'on rencontre chez n'importe qui, et la jeune femme que vous avez invitée à dîner vous demandera forcément une démonstration, et vous vous maudissez de pas l'avoir rangé cette foutue gratte.
Parce qu'en fait c'était même pas avec l'idée d'impressionner les filles que vous avez décidé d'investir là dedans, juste vous offrir un petit plaisir, de temps en temps gratter 3 accords pour la bonne bouche et puis vous donner l'illusion d'avoir une possibilité d'exprimer votre côté artiste parce que bon, Rock - Critic c'est plus un truc de sciences sociales que d'art... Entre un Rock Critic et Mick Jagger, il y a la même différence qu'entre Lagarde & Michard et Napoléon, voire même plus : le même différence qu'entre Haroun Tazieff et le Vésuve.
Alors, de mauvaise grâce, vous la sortez de son étui. Vous passez outre la mine renfrognée qu'elle arbore en voyant que non, ce n'est pas une guitare électrique (« En même temps est-ce que t'as vu un ampli trainer dans le salon ? » Pensez-vous, vous retenant tout juste de l'insulter en pensée. A ce moment là d'ailleurs vous envisagez de composer dès son départ (Parce que vous connaissez déjà la suite et vous savez qu'elle va pas finir dans votre lit) un hymne punk nihiliste désabusé intitulé « Est-ce que t'as vu un ampli quelque part connasse ? » Intégralement en accords de puissance. Vous ne savez pas composer autrement.).
Et alors vous vous installez (deuxième mine contrite : vous jouez assis.) Et vous vous posez la question fatidique... « Je joue quoi ? » Parce que votre répertoire étant ce qu'il est, à savoir réduit, vous n'allez pas lui demander à elle ce qu'elle veut entendre. Surtout que, sait-on jamais, on risque une désillusion si la jeune fille réclame du Christophe Maé.
Alors bon, vous grattez, en vrac, quelques suite de notes simple, pour passer le temps de la réflexion : l'intro de Paint it Black, celle de Ne me quitte pas, le solo de « And I love her » ou de Smell Like teen Spirit. Parce que bon, comme vous ne voulez pas vous griller tout de suite, vous vous dites que quand même, ce serait abuser que de sortir le banal « Come as you are ».
Là, vous avez un truc qui ressemble à une échappatoire mais qui finalement ne ferait que vous ridiculiser par un de ces contrecoups du sort dont le Destin a le secret : dire que votre instrument est désaccordé. Parce que, bien sur, si vous voulez y échapper, vous allez dire que votre accordeur vous l'avez prêté à votre voisin, votre cousin, votre neveu, je ne sais pas moi... Ne dites pas que vous n'en avez pas, ca ferait amateur. Mais là (ô fatalité), la demoiselle va vous dire dans 99,9 % des cas que « Ben, tu sais pas accorder à l'oreille ? » Et vous, malgré tout, vous essayerez... Même si le résultat final sera une guitare encore plus désaccordée qu'avant. La poisse.
Maintenant, disons que ça y est, vous avez choisi ce que vous alliez interpréter. Et à partir de là c'est une multitude de mésaventures poissardes qui vous tombent dessus. Les propositions suivantes sont loin d'être exhaustives.
- Vous jouez un truc, et essayez de chanter par-dessus pour faire classe : cependant vous ne savez pas chanter, et en plus jouer en chantant c'est quand même vachement plus difficile... Vous perdez sur les deux fronts.
- Vous jouez un morceau... mais la jeune fille ne le connaît pas. C'est fou comme un morceau aussi fort que « Heart of Gold » de Neil Young peut perdre en charisme dans ces moments là.
- Vous tombez sur une perfectionniste : en manque d'originalité, vous vous lancez dans une interprétation pénétrée de « Stairway to heaven », pour vous voir répondre : « Ah ouais, quand même, sans la flute, c'est pas aussi bien ».
- Vous jouez un truc, que la jeune fille ne reconnaît pas. Pensant que, tout simplement, elle ne le connaît, vous lui assurez que ce que vous avez gratté était « Live Forever », d'Oasis. Visage impassible : « Ah ben dis donc... t'es sur ? » . Oui, oui, je suis sur. Enfin presque.
Et j'en passe est des meilleures, les possibilités sont multiples. Passons en vrac sur : jouer un morceau recelant un sens caché (de préférence d'ordre sexuel) que vous n'aviez pas isolé auparavant, la traditionnelle comparaison « Tiens, c'est un morceau que mon ex adorait jouer », quant il ne s'agit pas d'une comparaison à l'artiste d'origine... Je n'ai par contre jamais rencontré le cas où l'artiste d'origine est également l'ex, mais je serais content de l'éviter celle là.
Et j'ai failli oublier ce qui est bien entendu le pire des cas : la demoiselle elle-même est guitariste, de surcroît bien plus douée que vous, genre conservatoire, et prend la guitare en main après vous (toujours après, c'est là qu'est la feinte), et vous ridiculise lamentablement. La demoiselle n'en devient que plus désirable et vous que plus ridicule (Remarque : cet article marche aussi en échangeant les sexes des intervenants : échangez simplement les pronoms)
Puis, la belle part. Oui, après votre pitoyable prestation, il est rare qu'elle reste, ou alors c'est que vous avez sous-estimé son taux d'alcoolémie, et permettez moi de vous dire que profiter de l'ébriété d'une de quelqu'un, c'est minable (mais humain). Pour elle c'est déjà oublié cet évènement, pour nous non. On oubliera jamais l'affront subit, la honte pesante. Et on se promet de travailler un peu plus pour pas être ridicule la prochaine fois aussi. Ou alors de bien penser à planquer tout ce qui pourrait faire croire qu'on est musicien, de la guitare au moindre médiator en passant par les tablatures qui trainent sur le bureau du salon comme du PC... Mais bien sur on ne le fait jamais.
Il y a des soirs, comme ça, où le Rock Critic se sent très Rockstar. Mi-Pete Townshend, mi-Ian Curtis en fait. Avec une étrange envie de défoncer sa gratte avant d'aller se pendre dans sa cuisine. Avec une corde de mi, de préférence.