Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
2008 se fait vieux et ne saurait tarder à rendre l'âme. Alors que ce blog s'apprête à fêter son second anniversaire, il est temps de faire le bilan sur : « bon, qu'est ce qui s'est passé en 2008 dans le monde des disques et plus particulièrement dans celui de mes disques. »
Plutôt que de faire un vulgaire top, une simple remise de prix... le format que je m'octroie cette année est un peu bâtard... Nous allons nous offrir le luxe d'un enchainement de minis éditos ou presque afin de revenir sur le monde musical dans lequel j'ai vécu en 2008.
Alors volume 1 : de la réception des disques.
Commençons par le disque dont tout le monde parle, a parlé, et risque de parler encore un peu, mais dont moi je me tape complètement. Ce titre est bien évidement offert au Third, de Portishead. Bon, OK, je ne suis pas un fondu de trip-hop, ce n'est un secret pour personne. Disons que, bien entendu, j'aime bien Mezzanine, que je connais l'air de Glory Box, que je peux citer une demi-douzaine de groupes affiliés à ce mouvement sans pour autant devoir aller sur Wikipedia pour ça, mais bon, ça s'arrête là.
Pour tout dire, quand cet album est sorti, je savais même pas qu'il était attendu.
Mais là, ça s'est enchainé de chronique dithyrambique en apologie, et même quand Thom explique pourquoi il en parlera pas, il en parle quand même. Et puis, les faits sont là : l'album truste la première place du Classement des blogueurs (devenu, en 2008, le CDB), récolte des 10 à la pelle, détrône Nick Cave au passage, d'ailleurs cette place il l'a en étant aussi un des plus notés, et ça c'est un coup surprenant, alors moi, pas con, je me dis que, quand même, je vais y jeter une oreille.
Quelle idée. C'est après, seulement, que je me suis dit qu'en fait c'est mon droit le plus fondamental de... même pas de ne pas l'aimer (le jour ou je m'en voudrais de pas aimer un album, autant que je me pende direct, ou que je devienne sourd), juste que c'est mon droit le plus strict de rester dans mon domaine à moi (le Rock), de m'y passionner, et que, non, devenir éclectique à tout prix, juste histoire d'avoir un avis à donner, avoir des connaissances juste pour le plaisir de me la péter avec mon savoir, ouais, ben non, pas mon truc.
Mais c'est aussi à ce moment là que je me dis que ma vie bloguienne m'a déformé : avant, j'aurais même pas été au courant qu'il était sorti (à moins qu'il ait été Disque du mois de Rock n' Folk, et encore, je l'ai même pas acheté ce mois là), et donc, c'est même pas que j'en aurait rien eu à faire : juste que j'aurais pas été averti de son existence.
Cependant ce disque reste la raison d'un des trucs les plus marrants que j'aie vu cette année. Imaginez une grande soirée, avec DJ Arbobo aux platines. Sur le haut de la pile de CD trône ledit « Third ».
Moi : attends, t'as ramené le dernier Portishead ? Mais c'est pas dansant, ce truc.
Arbobo : Attends, tu l'as écouté au moins ? Y en a au moins deux qui... Genre celle là.
Sur ce, il s'exécute, mets le disque, la plage huit je crois, et, en effet, un beat répétitif option Martin Solveig sous acide envahit la soupente.
Moi : Ouais, c'est sur... pourquoi pas. Mais moi, les rythmes technoïdes comme ça, ça me fait vraiment pas trop danser. Bon, question de goût perso je suppose.
Plus tard, Portishead ayant laissé place à C'mon Billy de PJ Harvey... Arrive, sur ces entrefaites, Ama-L.
Ama-L : Attends, t'as ramené le dernier Portishead ? Mais on peut pas danser là-dessus !!
Certes, c'était plus drôle à vivre que raconté comme ça, j'en suis sur, mais bon. Tout ça pour prouver que j'associe au moins un truc positif à ce disque. Le reste... m'en fous, vous dis-je !
Putain... mais elle était affligeante ton histoire, mon gars, tu sais...
Mais il y a également son jumeau maudit. Entendez par-là Le disque dont tout le monde s'est contrefoutu cette année, sauf, bien évidement, moi. Le « Bien évidement », vous indique derechef qu'il s'agit des Smashing Pumpkins dont au sujet desquels on va parler maintenant. Et le disque en question est un EP 4 titres nommé « American Gothic », qui, comme son nom l'indique... contient 4 titres.
C'est marrant comme l'an dernier, entre une reformation live sur le sol parisien (au Grand Rex, concert dont le bootleg fait partie de 5 trucs que j'ai le plus écouté cette année, en particulier pour une version de « Shame » démentielle, toute en tension et au bord de l'explosion... les connaisseurs (connaisseuses) apprécieront, les autres ont va y venir...), et un album de renaissance, « Zeitgeist », qui avait déclenché de houleux débats... Tout le monde avait d'un coup son mot à dire sur les Pumpkins, même ceux qui n'avaient jamais apprécié particulièrement leur musique « de leur vivant » si j'ose dire.
Parce que bon, ils sont revenus à grands renforts de « plus grand groupe des années 90 », et que démonter cet album permettait à tout un chacun de rétablir la (sa ?) vérité et de redonner leur véritable place à qui son Radiohead, qui son Nirvana, qui son Massive Attack, qui son Silverchair. Alors que finalement, cet album n'est ni plus n moins qu'un album des Pumpkins très honnête, avec quelques décharge bourrines bien massives, les envolées lyriques nécessaires, une voix nasillarde comme on l'aime... Bref, ce qu'on appelle dans le langage des spécialistes du groupe : un album des Smashing Pumpkins, avec des qualités, et des défauts. Et fallait pas chercher beaucoup plus loin.
D'ailleurs il était amusant de voir que les plus fervents défenseurs de Zeitgeist n'étaient autre que... les fans déclarés du groupe, ceux qui aimaient déjà les anciennes productions, et que bon, c'est plutôt bon signe, ça veut dire qu'ils sont identiques à eux-mêmes. En gros.
Mais bon, si un fan a des œillères (et encore, peut être moins qu'un détracteur aveugle), il n'est pas aveugle (justement), et, même moi, j'avais conscience des faiblesses de cet album : d'une part la longue plage bruyante qu'est « United States », d'autre part la terrifiante bassesse du niveau des morceaux les plus calmes, « For God and Country », « Pomp and circumstances » entre autres, du piano, une voix, mais on est bien loin du dépouillement touchant d'Annie Dog ou Blank Page.
Aussi inégal qu'OK Computer, comme pourraient le dire certains.
Sauf qu'American Gothic (oui, revenons à cet EP qui nous préoccupe) nous offre le versant « doux » des Smashing Pumpkins qui leur réussit le mieux : guitare acoustique, ambiance légèrement éthérée, romantisme délicat. Oui, ca fait très adolescent, mais bon, on touche là à ce qui a dans le temps fait la beauté de morceaux comme « To Sheila » ou « Believe » (mais les cordes en moins.) Bref : les Smashing Pumpkins nous offrent quatre titres agréables, simples et franchement beaux et vraiment bons, et ce, dans l'anonymat le plus total hors le cercle des fans.
Je passerais sur leurs autres productions, entre autres « Superchrist », un titre isolé qui rappelle « United States », et « G.L.O.W. », qui, outre son mode de sortie (dispo uniquement sur leur myspace, sur iTunes, et sur... Guitar Hero : World Tour), n'est pas transcendant.
Ce que je constate sur ce coup, c'est qu'on a là une reformation qui tourne, ne s'en sort pas trop mal musicalement ou tout du moins qui parvient encore à régaler le fan que je suis. Mais « l'effet reformation » étant dissipé, la suite se passe entre les Pumpkins et leur public, et je suis ravi d'en faire partie.
Au point que je suis ravi de vous laissez en écouter un extrait:
Bref, la constatation de cette année fut que, passé ce côté plan marketing (entendez, la pub que ca fait) de la reformation, et l'attente fébrile du premier album post-reformation histoire de pouvoir faire tomber le verdict sur la fameuse « utilité » de celle-ci, le soufflé est retombé, et tant qu'aucune overdose ne pointe à l'horizon, les Pumpkins resteront dans leur coin et puis voilà. Comme les Who. Comme les Stooges. A surveiller.
Et maintenant, relisez le paragraphe précédant, et remarquez à quel point je maîtrise l'art de la transition maladroite, puisqu'il est venu le moment de parler du « Soufflé qui retombe » de l'année, et bien entendu, oui-m'sieur-oui-m'dame, il s'agit bien là de parler du dernier (j'espère) album des Guns and Axl Roses.
Ah là là. Le voilà le Chinese Democracy, qu'il va falloir que j'arrête d'écrire à chaque fois « Democraty ». La fameuse « arlésienne du Hard Rock » n'est plus.
Alors déjà, permettez-moi de faire une remarque que je n'ai pas encore lue, mais qui me démange : sortir « Chinese Democracy » l'année des J.O. de Pékin, c'est bas.
Bon, ça, c'est fait, maintenant passons au disque. Vous avez remarqué comment... une fois la critique publiée, dans n'importe que magazine, webzine, il est devenu normal d'observer un silence poli concernant les Guns ? C'est-à-dire que, oui, bon, faut montrer qu'on l'a écouté, mais... on va pas s'étaler ?
C'est le même silence que celui qu'on observe juste après qu'un mec a sorti une blague pas drôle, voire pire, qu'en plus il en rit lui-même, mais qu'il est le seul...
Comme l'avait fait remarquer klak à mon auguste personne, cet album serait sorti de toutes façons, au pire sous forme de chutes de studio, comme un « Smile » du Hard Rock, et c'est sur que sur ce point là je suis d'accord. Mais s'il n'avait jamais été achevé, la déception aurait une excuse.
Alors que là... 14 ans d'attente, l'album le plus cher de tous les temps... c'est ça ? Alors que bon, cet album était mythique avant de sortir ! Et maintenant... ben il était mythique, avant de sortir. « Chinese Democracy », c'était presque devenu une expression à part entière, ca voulait dire un truc qu'on verra jamais, et en ce sens, le titre de l'album revêtait une ironie mordante : il était vachement bien nommé. Et on nous a ôté ça, ce raccourci fabuleux, unanimement compréhensible, pour nous refourguer un album de ... de quoi d'ailleurs ? Un coup c'est du métal surproduit, au point qu'on a l'impression de l'écouter au casque anti-bruit, puis après une bluette piano, on se perd, on se demande ou est Slash, on se rappelle qu'il s'est barré, mais putain qui c'est qui va monter sur le piano pendant la tournée alors, on attend, on attend, ouf, c'est fini. Bref, on a un enchainement de titres remplis de bruit mais dépourvus de fureur, dans lequel la pose se sent à travers les chansons même.
Surtout que, même si on avait du mal à l'avouer (ah, cette retenue qu'on a, nous les esthètes qui ne veulent pas passer pour des fans), malgré cette façon de tourner en ridicule les déboires du gars Axl, sa mégalomanie, sa volonté de sortir le plus grand album de tous les temps à grands renforts d'effets d'annonce (ca fait bien 4 ans déjà qu'il doit sortir dans les 6 mois), et ben, tous, je pense, en tout cas, même moi (qui pourtant ne suis pas un grand admirateur du bonhomme), gardaient une sorte de respect pour ne pas dire d'admiration face à l'opiniâtreté dont il faisait preuve, confit dans son idée de réaliser l'album parfait.
Le problème, c'est qu'il croit peut-être encore que c'est ce qu'il a fait.
Attends, tu veux vraiment te la prendre, celle-là, c'est ça??
Alors il nous faut retrouver ce qu'on a perdu, retrouver cet oxymore compréhensible de tous qui représente un idéal inaccessible, et comme je suis gentil... Je vous annonce officiellement que j'ai commencé à plancher sur un album. Oui, un album de musique, destiné à révolutionner l'art musical au XXIème siècle. Ni plus ni moins.
Il est déjà prêt dans ma tête, je n'ai plus grand-chose à faire pour le finaliser (juste apprendre à chanter, à jouer de la guitare, de la batterie, de la basse, et peut-être aussi du piano, voire du violon, du violoncelle et du glockenspiel, apprendre à composer et à écrire des paroles dignes de ce nom, bref, des broutilles...) Il devrait être bientôt prêt (reste à trouver une maison de disques... ah non, en faire des démos, trouver une maison de disques, réserver le studio, enregistrer, virer le producteur, réenregistrer, apprendre à mixer, mixer moi-même, le faire presser, en créer moi-même l'artwork, livret etc., trouver un distributeur, organiser la série de showcase, non sans oublier de changer 4 fois de line up avant, devenir une star, vendre mon album par palettes.), Bientôt prêt, donc, c'est-à-dire que d'ici... Allez, disons 10 mois il sera dans les bacs de vos disquaires préférés. N'oubliez pas d'y jeter un œil pour y trouver « Good Faith Guic' the old ».
Assurément la sensation Rock de 2009.