Rock (beaucoup), littérature (un soupçon), et mauvaise foi (surtout).
Une lourde semaine de non-travail, un week end qui s'annonce ensoleillé mais dépourvu de toute activité prévue... On va quand même pas passer le WE à rattraper son retard en séries américaines, ce serait dommage.... Pourtant, même la perspective d'aller dilapider son salaire durement acquis au non-travail en disques et en livres ne m'excite même pas.
Et puis le hasard guide mes pas (enfin, le hasard), chez Arbobo, qui annonce un concert de Siobhan Wilson dans un bar du XIXème.
Siobhan, suffit de lire arbobo et on ne peut pas l'ignorer. Articles, invitations à rejoindre des groupes de fans sur Facebook, c'est clair, arbobo adore et il veut qu'on connaisse.
Bon, j'irais faire un tour.
J'arrive à l'Abracadabar tranquillement, avec un petit quart d'heure d'avance sur l'horaire prévue. C'est le moment des balances, bon, je me prends une bière, me pose, regarde les musiciens se mettre en place, jouer quelques notes, bouquine un peu, sors fumer une clope, tourne en rond, arbobo n'arrive pas, reprends une bière parce que ca fait plaisir des tarifs aussi bas, refume une clope, attends, rencontre arbobo, on discute, Siobhan se joint à la conversation, elle parle français avec un léger accent qui la rend vraiment craquante, et au bout d'un moment, alors qu'on parle Pixies avec arbobo je crois, le concert commence.
Et dès le premier morceau, je me mets à penser à... High Fidelity (oui, encore !!) A une scène précise du film, celle ou les trois losers sont subjugués par Marie De Salle. N'ayant pas trouvé de vidéo sur YouTube, sinon en espagnol, seuls les monomaniaques comprendront la référence, je m'en excuse.
Dans la foule de 12 personnes venues assister au concert, le silence se fait, tous les yeux sont fixés sur Siobhan... qui s'avère être une artiste des plus paradoxales. Elle rayonne mais est particulièrement timide. Elle a une voix splendide mais qui tremble dès qu'il s'agit de s'adresser au public. Elle joue de la guitare avec un talent certain tout en passant une majeure partie du temps à essayer de se cacher derrière elle.
Pourtant, dans la salle, tout le monde n'a d'yeux que pour elle (malgré 3 musiciens très doués en backing band). L'ambiance s'installe, vibrante, émouvante, rendant grâce à un répertoire magnifique, et en demi-teinte. A l'image de cette salle sombre, à peine éclairée par la lumière du dehors, et dans laquelle un unique spot éclaire Siobhan... On ne saurait dire quel est le but de ses chansons. Pendant une minute on se dit qu'on va chialer, la suivante on s'imagine déjà, par un après midi de mai ou Juin, allongé dans l'herbe à rêvasser en écoutant « Winter Song »... Quoiqu'il en soit, on se laisse transporter, agréablement, par la musique, par la voix, par ces textes (dont je ne comprends qu'un mot sur 3).
Bon.... je sais. Ces photos sont toutes pourries. Mais 1) Je les ai fait avec mon portable (je sais c'est mal) et 2) Pour une fois que je pique pas mes photos sur le net pour une chronique de concert....
Et, à un moment, oui, il faut bien que ça arrive, le concert s'achève. Siobhan pose sa guitare, et on revient à la réalité. A ce métro qu'on va devoir aller prendre. Mais on a vécu un grand moment, avec un artiste douée et simple, qui s'enquiert de savoir si on a aimé le concert, et à laquelle on ose pas vraiment avouer que... Oui, on a adoré le concert. Oui, on la trouve géniale, on trouve qu'elle a un talent extraordinaire (la pauvre, elle parait déjà si timide sur scène on va pas lui asséner ça au sortir de la scène...) Et que, si on reconnaît qu'elle devrait avoir du succès, un succès monstre, en toute logique.... On souhaite égoïstement, au fond de soi, que non. Pour continuer à la voir en concert comme ça, dans cette ambiance intime, ave pas plus de 15 autres quidams. Pour se sentir comme ça, bien. Privilégié. Chanceux.
Mais il faut redescendre la Seine, maintenant, retourner au métro, tranquillement. En pensant au soleil, quand on pense à Siobhan.
(Et là, face à cette chute, je me demande combien de dizaines de personnes l'ont déjà utilisée.)
Donc il me reste plus qu'à vous laisser avec Siobhan... Faute de vidéo digne de ce nom sur YouTube, je vous laisse donc avec son Myspace.