Voilà. C'est parti d'un article sur Yahoo Music, ca a dégénéré en débat comme d'habitude et puis voilà, ça dégénère en gros blogage. Comme au bon vieux temps, je me fais une crise de vampirisme intellectuel, allant piocher mes sujets de billets au sein des commentaires des blogs voisins. Quoique, ce coup ci, je vais piocher ça dans un commentaire écrit par moi, donc on peut pas m'accuser de tricherie.
Un gros blogage donc, un gros blogage non pas musical mais médiatique. Autant le dire tout de suite, Radio qui vous vendez comme Rock de France et de Navarre, je vous emmerde. (J'aurais pu dire « vous me décevez » mais bon on est pas chez Drucker.)
On peut compter, en gros, sur Paris, l'existence de 4 radios dites « Rock ». Ou du moins qui se targuent de l'être. Depuis le temps que je traîne mes guêtres dans la capitale j'ai eu le temps de les écouter pas mal de fois. Certaines font même partie intégrante de mon patrimoine culturel. Mais je finirais par celle là.
RTL 2 : S'il est une chose qu'on peut leur concéder aux gens de chez Radio Luxembourg deuxième du nom, c'est qu'eux au moins n'ont pas joué
les opportunistes. Quand le rock est redevenu à la mode il y a maintenant quelques années (pour un topo du sujet, je vous renvoie à l'article très juste de Thom, à cause de laquelle cet article
sera l'occasion de quelques redites), ils passaient déjà ce qu'ils passent à l'heure actuelle. En fait RTL 2 et son fameux « Son pop-rock des années 80-90-2000 », c'est un peu comme une
faille spatio-temporelle. Une radio qui a été à la pointe de la mode entre 1988 et 1992 et qui d'un coup aurait décidé de ne plus jamais renouveler sa playlist. Comme le faisait très justement
remarquer NedLabs il y a quelques temps, cette radio passe sans arrêt les mêmes titres et donne une vision très réduite de beaucoup des groupes qu'elle diffuse. Seuls quelques uns échappent à
cette règle et voient une grande partie de leurs tubes de l'époque passer sur leurs ondes... Bizarrement ce sont exactement ceux qui sont défendus corps et armes par les commentateurs de la
tribune qui a mis le feu aux poudres : Dire Straits, Telephone, Police, U2. Et encore.
Mais bien sur, ils ont leur caution « classique », leur caution culturelle... Francis Zegut. Zégut est connu en particulier pour un truc... comment dire... Zegut est à AC/DC ce que Philippe Manœuvre est au Rolling Stones : un ambassadeur français, un fervent défenseur, un critique perdant tout sens critique dès qu'on en vient à parler de son groupe fétiche. Il présente la seule émission dans laquelle la programmation change un peu...tout en recevant des coups de fils d'auditeurs pour leur faire gagner des casquettes à cornes.
Pour résumer RTL 2 est au Rock ce que les blind tests de génériques de dessins animés sont à l'apéro dinatoire du samedi soir : un passage obligé pour les trentenaires en mal de nostalgie qui veulent oublier qu'ils se font chier dans les embouteillages. Et pour résumer encore plus : c'est la radio préférée de ma sœur.
Europe 2 : Le concurrent légitime de RTL 2, et surtout le roi du
retournement de veste. Ah, oui, merde, maintenant c'est Virgin Radio, excusez-moi. Rock quand le Rock est à la mode, pop quand c'est la pop, RnB quand il faut, Madonna quand elle sort un nouvel
album... Du grand art. En fait je ne sais même pas pourquoi j'en parle, ils se disent Rock depuis deux ans, c'est-à-dire depuis qu'ils passent du Placebo et du white Stripes, certes 4 ans
après toutes les radio qui s'intéressent un tant soi peu plus à la musique qu'aux chiffres de vente, mais bon. Au moins, le dernier Coldplay et le dernier Keane, ils l'ont passé en même temps que
tout le monde. Sans la moindre prise de risque, sans la moindre tentative de faire découvrir quoi que ce soit, ils parviennent à inverser la portée de la radio : plutôt que de jouer un rôle
de défricheur qui fait découvrir des trucs aux gens et leur donne envie d'acheter l'album, ils passent ce qui s'est déjà vachement bien vendu, ou qu'ils savent qui se vendra bien, Coldplay,
Madonna, tout ça... Au moins comme ça, on est sur que ça plait aux gens et que par conséquent, ils changeront pas de fréquence. Pour tout dire, même Fun Radio est plus intègre : au moins, ça
fait 10 ans qu'ils passent de la merde et ca risque pas de changer.
Le Mouv' : Ah qu'il est doux mais
aussi douloureux de se rappeler le moment ou Le Mouv' a été racheté par Radio France et a par conséquent commencé à être diffusée sur la région Parisienne (rappelons que cette radio diffusait au
départ essentiellement dans le Sud-Ouest.) Je voyais le logo de cette radio orner les affiches de concert de nombreux groupes que j'adorais à l'époque... Et elle avait donc acquis un rang
symbolique, une portée fantasmatique et c'est transi d'attentes que j'allumais mon transistor en 2002 pour couter pour la première fois ce que diffusaient ces ondes... Et là ce fut
l'angoisse : la musique diffusée était certes pas celle que j'étais susceptible d'entendre ailleurs, mais... la radio voulait faire jeune, en plus. Et je ne sais pas qui est le con qui
a décrété que pour plaire au jeune, une radio devait à tout prix se fournir d'un lot d'animateurs grande gueule tête à claque, mais je lui en tiens rigueur depuis bientôt dix ans déjà. J'ai
essayé de réécouter le Mouv' il y a peu. A cause de Thomas VDB, dont j'avais adoré le spectacle, et qui y anime une émission... sympa, mais sans plus. Pas marrante marrante, quoi. Et puis, la
programmation... Certes quand on touche au rock anglo-saxon, c'a a le mérite d'être original, varié, vachement bien... Mais on est sur Radio France, donc on passe du Français, et en matière de
Rock, la France ne joue pas dans la catégorie des grands, et on tombe dans cette catégorie qu'est ... le « Chanson Rock ». Ah la la... le drame. Parce qu'en France est considéré comme
rock tout ce qui comporte une guitare et réussi à se passer de violon ou de piano j'ai l'impression. En vrac.... Elista, Cali, Renan Luce, le mec qui a massacré Du Bellay avec en plus une sorte
de gimmick qui te reste dans la tête des heures et des heures, Sinsemilia, Tryo (argh, non, pas Tryo...) j'en passe et des pires. (Remarque au passage : je ne dis pas que j'ai entendu tous
ces titres sur le Mouv' explicitement. C'est juste que c'est à ce moment là de la rédaction de l'article que j'y pense. Mais c'est valable pour l'ensemble. Mais ne vous en faites pas, j'ai
également consicence que le fait d'être obligé de passer à l'antenne 30 % minimum de musique de langue fraçaise alors que la France est le second pays le moins Rock n Roll du monde derrière
l'Afghanistan fait qu'on y perd sur la qualité de programmation). Et après l'émission de Thomas VDB, ça a enchaîné avec « Better » du nouveau Guns n Roses. J'ai zappé. Pourtant
l'animatrice qui prenait le relais avait pas l'air trop tête à claques.
Oui FM : Alors là c'est le pire des crèves cœurs. J'ai la même tendresse pour Oui FM que pour Rock n' Folk, la tendresse qu'on a pour ceux qui
vous ont fait découvrir des trucs, qui vous ont formé en fait. Cette radio a hébergé deux des émissions radio que j'ai le plus aimé : le Monde de Monsieur Fred, et L'Odyssée du
Rock.
La première, c'était une émission humoristique complètement absurde, mais jouissive, trippante, qui fait partie intégrante des repères que j'avais avec mes potes de lycée. C'est mes 15 ans. Aujourd'hui, je dois en avoir facilement 1,3 Go de mp3 de cette émission (il y a du y en avoir un peu plus de 700, et je dois en avoir environ 300 en mp3)...
L'Odyssée du Rock, c'est l'émission qui a eu vite fait de remplacer la messe. 10 h-13 h le samedi et le dimanche (enfin le dimanche, parce que le samedi y a cours). Thomas Caussé, Gilles Verlant. Qui discutent, de l'histoire du rock, qui passent des morceaux, qui t'explique pourquoi ce morceau est important, de quoi il parle... Je me rappelle de la 200 ème, qui avait pour thématique : les pires morceaux des plus grands groupes ... et s'ouvrait avec « Ob-la-di, ob-la-da »... « L'intégrale Beatles moins un » : deux morceaux par semaines, l'intégrale des Beatles, sauf... devinez lequel.
Et la programmation était cool, aussi, cette radio m'a fait découvrir Muse, System of A Down, Placebo, les White Stripes, les Libertines, m'a appris à découvrir les classiques, Who, Stones, Led Zep... Certes, ça reste du classique, du simple, du Rock normal, pas barré dans tous les sens, mais bon... il faut un début à tout, et peut-on rêver meilleur début ? Non, on peut pas.
Puis je suis parti 4 ans dans l'Est, écoutant toujours l'Odyssée du Rock les week ends ou je revenais, puis... je suis revenu à Paris, une bonne fois pour toutes. Et, tradition oblige, j'ai réécouté ma radio fétiche. Et là j'ai réalisé le décalage entre leur dernière campagne de pub (qui, faisant office de calendrier 2008 de Rock n Folk m'avait accompagnée presque un an) et leur programmation : ai-je jamais entendu les Ramones, Les Clash ou quoi que ce soit du genre classique Rock depuis que j'ai recommencé à écouter Oui FM ? Nenni. Car, en bons pionniers, ils ont décidé de lancer des Web radios, respectivement nommées Oui FM 2 et 3, la 3 étant dévolue aux classiques... Et sa programmation enfonçant largement la programmation de la Radio « officielle ».
Finalement je n'écoute plus Oui FM que deux fois par semaines : le temps de l'Odyssée du Rock (qui n'a plus lieu que le Dimanche) et le temps de « Mes Classiques à moi », version radio du « Mes Disques à Moi » de Rock n' Folk. Ma radio fétiche est une web radio, c'est Oui FM 3.
Là-dessus, rajoutez-moi le rachat de la station par... Arthur (présenté de façon humoristique par un « Vous auriez préféré quoi ? Yoko Ono ? » Ben oui, limite, parce qu'elle il lui reste surement moins de temps à vivre qu'à l'agité touche à tout du PAF... (Arthur et les medias, il me fait penser à un gamin dans un supermarché faut qu'il touche à tout, et quand il renverse une pile de boites de conserves sa mère le regarde d'un œil attendri en trouvant ça mignon avant de la gronder vite fait, pour la forme, pour pas paraître irresponsable. Ben lui, c'est pareil, il fait du théâtre, du stand up, de la télé de la radio... bon, nous on râle, mais dans le supermarché des médias tout le monde ferme sa gueule, ou alors plaisante là-dessus mais sans attaquer frontalement... faut dire qu'il possède les ¾ du magasin. C'était l'instant engagé.)
Tout ça pour dire que Oui FM et moi, on a passé des bons moments ensemble, mais le temps a fait son affaire, comme face à un duo de bons amis qui s'éloignent, et maintenant quand je recroise son chemin, je me demande comment j'ai pu trainer avec ça, et je me dis que si on me présentait cette personne aujourd'hui, sans que je la connaisse, j'aurais plus tendance à lui coller une droite qu'à aller enquiller des bières en faisant des commentaires salaces sur les filles qui passent depuis la terrasse d'un bistrot... C'est triste, mais c'est comme ça. On a changé tous les deux, dans des directions différentes. (Sauf que moi j'ai moins changé. Quand même.)
Alors il reste
quoi ? Couleur 3 ? Mais c'est suisse, et j'arrive même pas à la chopper en web radio. Nova ? Trop éclectique, pas assez centré rock... Les radios Deezer ? Laisse moi
rire.
Au final, je suis devenu vieux : la radio sur laquelle je suis le plus à même d'entendre les Beatles et les Stones, c'est Nostalgie... Mais bon, ce serait un aveu trop fort.
Non. J'attends le soir, et j'écoute George Lang sur RTL, à Minuit. L'émission pour routiers par excellence, mais avec des morceaux que j'adore. Je me rappelle que pour les 40 ans de Sgt Pepper, ils avaient passé l'album d'une traite le soir du premier Juin 2007. Malgré mon aversion pour cet album, je savais que j'étais bien tombé. Maintenant c'est mon petit rendez vous du soir, le truc que je mets en fond, sur le radio réveil, avant de dormir. C'est mieux que rien, mais ça ne vaut quand même pas les émissions de ma folle jeunesse.
Ouais, je suis vieux. La radio c'est bon pour les jeunes.
La grande confrérie des Rock critics cite toujours Lester Bangs comme un exemple, comme « l'homme qui a trouvé le mot « punk » »... En oubliant
totalement que, même si le bonhomme écrivait super bien, avait un talent certain, et si la critique rock lui doit effectivement le gain de ses premières lettres de noblesse, ses gouts...
dérouteraient à tout le moins le premier aspirant critic rock venu. Honnêtement, ça vous viendrait à l'esprit, intuitivement, comme ça, de prendre pour exemple un mec capable d'encenser Music
Metal Machine pendant 10 pages avant de passer les 3 suivantes à détruire Station to Station ? Non ?
A tout Seigneur tout honneur : Led Zeppelin. C'est simple, j'ai jamais pu écouter un seul de leurs albums en entier. En plus le compte est simple :
sur les 4 premiers albums, il y a 8 titres, à chaque fois, et à chaque fois, je n'écoute que les 4 premiers titres. Mon record, je pense, c'est d'avoir réussi à m'enfiler tout le premier CD de
« Physical Graffiti », et encore j'ai une excuse, j'étais jeune. La raison en est très simple : ca a vite fait de me gaver. Si je cherchais une explication rationnelle, je dirais
qu'un album standard contient un certain nombre des notes, un certain nombre de silences. En quatre titres, Led Zep aligne déjà le nombre de notes que j'aurais pu écouter sur 3 albums
standard**, d'où une fatigue équivalente à celle de celui qui a écouté 2 h 15 de musique.
Quelle erreur de chercher à découvrir les Who avec Who's Next ! Ah oui, peut être qu'aujourd'hui certains se réjouiraient de trouver les génériques de
deux subdivisions des Experts sur le même disque (Les Experts, série que je suspecte d'avoir relancé les ventes du criminel « Who are you ? » : sincèrement, payer pour
entendre « Sister Disco » relève de l'arnaque pure et simple.) Car Who's Next, s'il a apporté beaucoup (l'utilisation des synthés comme boucles sonores est une idée réussie, il faut le
dire), l'album souffre d'une production et d'un mixage par trop présents. Who's Next, c'est l'album sur lequel les Who perdent cette concision Rock et cette pèche qui marquent si bien des titres
comme Substitute, ou Can't Explain. Ils y perdent aussi la concision pop qui fait de The Who sell out leur meilleur album dans l'absolu. Pete Townshend, celui-là même qui ne pouvait pas imaginer
une chanson dépassant les 2 minutes 50 secondes en 1965 (cf. le Doc « The Kids are alright ») se laisse aller à n'avoir que 2 ou 3 chansons sur 9 dont la durée est inférieure à 4
minutes. Les Who sabordent tout ce qui a fait leur succès, qui en a fait un groupe qui compte (entreprise de démolition lancée avec Tommy, c'est vrai) et sortent... L'album le plus souvent cité
des Who. Alors que logiquement, c'est le Live at Leeds qui (bon, ok, c'est un live) devrait récupérer cette place. Que l'album de référence d'un groupe contienne au grand maximum 4 chansons
réussies ne donne que rarement envie d'aller plus loin avec ce groupe.
Bon, replaçons le contexte. On est en 1967. Les Beatles ont arrêté la scène et décident de devenir un groupe de studio, s'octroyant la possibilité de bidouiller les
bandes comme ils veulent, d'arrêter de faire de la pop, de commencer à faire de la Musique. Et a votre avis, quel est le grand meneur de cette mascarad
D'ya think it's alright?