Guic is in the radio

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

***

De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Le Rock-Critic est un con

Dimanche 18 octobre 2009

"Non mais j'vais te dire un truc: la musique ça part en couille. En même temps, c'est les majors, là, mais si les gros bonnets du disque là, ceux qui passent leur temps à râler qu'ils perdent de la thune à la télé, la crise du disque et tout ça, mais bon. D'un côté, notre crise à nous, ils sont pas au courant ou quoi? Et pis en plus, franchement, vu tout ce qu'ils dépensent en pub pour nous refourguer le dernier album de l'autre, là… mais si, là, le castrat qu'était dans le Roi Lion… Mais putain, si, le truc sur Louis XVI… Enfin bon, toute la thune qu'ils dépensent en pub, ben ils la garderaient, ptêt qu'ils nous feraient plus chier…

 

Et puis de toutes façons, je sais pas comment ils font, mais genre, t'as un groupe, que t'aime bien… Un jour il veut faire un album avec un peu plus de budget que là où il est. Il décide de signer sur une des majors, là… Et ben tu peux être sur que ça va être lisse, chiant, que tu vas pas retrouver ce que t'aimais chez eux. Et pourquoi? Mais c'est des histoires de gros sous ça! Ils veulent leur single, leur album banquable, là, comme ils disent les mecs des écoles de commerce, ils s'en foutent de la recherche esthétique et tout ça.

 

(…)

 

Mais me fait pas chier avec tes indés, toi! Parce que franchement. Les Indés. Y a quoi?... 2 types d'indés en gros. T'as les gros indés… Et ben en fait c'est rien d'autres que des petites majors, ils valent pas mieux, le fric, le fric, le fric tout ça… OK, surement qu'ils laissent un peu plus de place pour la recherche esthétique tout ça, c'que j'en sais moi, mais quand même: le fric, voilà. Et puis t'as les petits indés, eux ils sont réglos, ils sont sympas, ils bossent par goût de la musique, c'est limite la maison de disques parfaite… Sauf que bon, tu me permettras de te rappeller que je suis pas foutu, et toi non plus surement d'ailleurs de citer le nom d'une seule d'entre elles de ces super maisons de disques! C'est vrai ou c'est pas vrai? Eh ben c'est vrai, ils peuvent être aussi géniaux que tu veux tes petits indés, le seul truc c'est qu'à part eux personne sait qu'ils existent, merde!

 

(…)

 

Rhoo mais ouais bien sur! Et moi j'suis Albert de Monaco. La presse Rock. Kestucrois? Eux aussi ils ont des obligations à cause de la pub et tout ça. Eux aussi ils veulent vendre, faire du chiffre.Regarde, roquéfolk. Roquéfok, moi j'me rappelle, quand j'ai commencé à le lire, c'était vachement bien, même si c'était déjà Manœuvre, c'était intéressant, j'ai appris plein de trucs sur tous les groupes qu'ils sont devenus mes préférés depuis dedans. Et d'ailleurs, j'te l'dis, c'est bien pour ça que jamais JAMAIS tu m'entends, j'en dirais que c'est à chier. Je leur dois trop. M'enfin, n'empeche que leurs trips mégalos, ça commence à saouler sévère. En fait, depuis kek'temps, moi j'l'achète tous les mois pendant quoi, 5 ou 6 mois, et puis après je laisse tomber 4 ou 5 mois, et puis j'redémarre. Pask'en fait (attends, tiens, j'vais t'faire une métaphore: ) Roquéfok, c'est comme quand t'es jeune et que tu reviens en vacances dans ta famille. Au début c'est super, tu retrouves tout tes repères, tes onc' un peu chiants avec leurs mêmes vannes depuis ta naissance ils te font marrer un peu, et tout… Mais ça te saoule vite quand même, au final. Alors t'es content de repartir, mais après t'es content de revenir. Moi je vois bien, le premier que je rachète, je le lis entier (même les annonces et les articles de l'autre, là, la fan de Doherty, c'est dire), et pis à la fin, le dernier avant la pause, je lis les brèves et pis les rééditions. Pasque au moins, les rééditions, il est drôle, le mec. Même si je sais toujours pas comment qu'on prononce son nom.

Non mais tu vois, c'est ptet le magazine le plus pourri du monde pour toi, mais c'est mon magazine pourri à moi. Même si ce seraient des connards, tes parents c'est tes parents et tu les aimes quand même. Merde,v'là que j'me mets à citer Eudeline maintenant moi.

 

(…)

 

Mais tes Inrocks, mais Fuck bordel. Attends, arrête, là tu vas m'enerver. Attends, question: Est-ce que tu trouve que la fille qui fait la rubrique musique dans l'émission à Denisot c'est une référence en matière de musique? Non, ben non, évidement, tu vois, on est d'accord. Eh ben kestuviens me faire chier avec tes Inrocks. Regarde, toi qui t'y connais un peu en rock, si j'te dis NME, tu vas me dire quoi? Versatilité? Monte en épingle des groupes qui servent à rien? Hype, vu que t'es bilingue, toi? Eh ben d'une part ça veut dire que, quand même t'en tiens une plus légère que moi (paske bon, là chuis plus trop en état de prononcer correctement versatimachin), et d'autre aprt que désolé, mais tu peux pas te permettre de dire du mal du énémi et du bien des Inrocks en même temps pask'ils font le même sale boulot.

 

(…)

 

Nan mais d'tout'façon on est dans une impasse pasqu'on compare du pas comparable. Moi j'te dis que dans tes Inrocks ils font chier avec, soit des groupes arty que ça j'y reviendrais pas c'était la discussion d'l'aut'jour, soit des groupes de jeunes qui jouent de la musique comme les vieux, alors que chez roquéfok, ils parlent des groupes de vieux qu'essayent de nous faire croire qu'ils sont jeunes. Les deux ils sont ridicules, ok. Sauf que les vieux ils ont un passé que tes jeunes, là ils ont rien. D'toute façon y a que ceux qui ont pas d'avenir qui reprochent aux autres de se reposer sur les lauriers de leur passé. Bon OK, ceux qui se reposent sur leur passé aussi ils ont pas d'avenir, ouais. Mais on a dit qu'on arrêtait avec Eudeline, merde.

 

(…)

 

P'tain, ouais, Internet. Comment qu't'appelles ça, déjà, des Webzines? Des bogues? Ouaif, c'est sympa. Mais bon. J'me rappelle j'avais été traîner dessus, genre pas longtemps après la mort de Jackson. Eh ben ils en parlaient tous, juste pour en plus dire que ça allait créer un emballement médiatique (ils adorent c't'expression chais pas pourquoi) de tous les diables et que c'était une connerie. Mais en même temps, ça ressemeblait à une quète du scoop minable, et pis, franchement, l'emballement machin, là, finalement, ils en faisaient partie aussi. C'est con hein. Mais bon, les mecs, ils écrivent, c'est sympa, et puis des fois ils ont pas trop mauvais goût, même si finalement ils passent leur temps à critiquer des albums qu'on sait qu'ils sont bons et que des milliers d'autres sont passés avant. L'autre truc qu'est marrant c'est qu'ils passent leur temps à torcher des trucs qui font des pages et des pages en se plaignant dès qu'un autre fait un article qui passe les quinze lignes. Moi c'qui m'a fait marrer, c'est l'jour ou chuis tombé sur un mec, sur son bogue, y avait une rubrique "le Rock-critic est un con", ou il s'amusait, genre, à démanteler comment qu'ça marche un rock critic à se moquer vite fait des habitudes à la con, sauf que… ben la majorité du temps, il parle de son adolescence comme Eudeline, avec une sorte d'argot titi parisien du Faubourg Saint Antoine comme Manœuvre, et genre le gars te dis que la critique Rock c'est cliché mais lui-même c'est un p'tain de cliché ambulant.

 

(…)

 

Limite il entendrait notre conversation qu'il se sentirait obligé de la reproduire et d'l'analyser. Lol comme qu'ils disent."

 

 

 

L'analyse, la voilà: En fait, un Rock-Critic, c'est jamais rien d'autre qu'un pilier de PMU qui a une putain de discothèque.

 

Par Guic ' the old
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Mardi 1 septembre 2009

Pour Chtif et Thom, récents compagnons de galère.





"Nan, mais, s'tu veux, je te graverai un CD".

 

Je commence souvent de mes phrases par "Non, mais, … ". Trop souvent. Et je regrette 90 % de celles-ci. Celle qui a été reproduite ci-dessus (et qui d'après nos soins serait du Guic' circa 2000 – 2003) et certainement la pire de toutes, d'autant plus que je trouve moyen de la sortir encore à l'occasion.

 

Parce que Rock-critic, c'est la classe. Tant que ça reste en superficie. Une personne, quand elle sait le temps que je passe à acheter des disques, ça la fait rire. Si elle est là pendant que je les achète, si elle assiste à mes incessants va-et-vient au sein des rayonnages, au fil des noms à vérifier qui me passent en tête… Elle risque de tout simplement péter un sévère câble.

De même, quand on rencontre de nouvelles personnes, il y a un laps de temps profitable qui sépare la découverte de votre passion musicale et le moment ou vous passez pour un snob qui n'aime rien. Un moment ou votre maniaquerie est drôle. Voire intéressante, parce que bon, évidement, vous connaissez plein de trucs. Et pendant un temps, les gens seraient presque intéressés à l'idée de partager votre savoir.

 

 

Enfin, je dis les gens… Mais les gens on s'en fout. Je pense surtout … à "la gent". Féminine.*

 

Des fois, les choses s'arrangent de telle sorte qu'une demoiselle s'intéressant peu ou prou à la musique vous intéresse, vous. Et là, la phrase maudite risque de passer vos lèvres sans que vous vous en rendiez compte.

 

J'ignore encore quel rouage de l'esprit est capable de nous faire faire (non: de me faire faire) des mixtapes, des compilations, des trucs comme ça. C'est un cliché, j'en ai conscience, et pourtant j'arrive pas à m'empêcher. Ca arrive en troisième place au grand concours de la manœuvre d'approche sentimentale la plus vouée à l'échec de tous les temps (Derrière "Tu veux être ma copine ?" et " On boit un verre ou on nique? Perso j'ai pas soif"). D'expérience je crois pas avoir eu d'histoire tenant plus d'une semaine avec une fille à laquelle j'ai refourgué de la musique pour la séduire.**

J'ai bien une hypothèse: je suis si timide que j'ai besoin de passer par le biais d'autres artistes pour exprimer ce que je ressens de façon correcte. Cette hypothèse fera sûrement marrer ceux qui connaissent ma grande gueule, mais bon.

 

Sans compter que proposer cette idée,  c'est signer pour s'offrir une grande séance d'analyse de sa propre psyché. (Façon classe de désigner la branlette intellectuelle)

 

Car sous couvert de graver un simple CD, c'est tout un lot de questions qui se ramène tel des lemmings au bord d'une falaise.

 

Déjà tu commences par être écartelé entre le but avoué (faire découvrir des morceaux et / ou des artistes que tu trouves sympa) et le but sous-entendu (une déclaration discrète, mais classe). Sachant qu'à moins d'avoir affaire à une gourdasse finie, le but sous-entendu risque d'être plus cherché par la destinataire que le but avoué. C'est bien pour ça qu'il est sous-entendu, et pas caché.

 

Alors au final, tel un funambule des sentiments,  on se retrouve à tenter de sélectionner des morceaux qui sont pile entre les deux domaines: des morceaux romantiques mais pas trop, sentimentaux, mais pas trop. En fait, si Mötörhead a jamais écrit une chanson d'amour (d'amour, pas de cul) c'est le moment idéal de la caser, sauf que non, en fait elle risque de prendre peur.

 

Pensez bien que mon cas personnel est assez difficile à gérer, parce qu'évidement, au départ, chacun va tenter de placer ses groupes préférés dans l'histoire. Et regardez donc la gueule de mes groupes préférés! C'est simple, pour une personne qui ne se passionne pas déjà pour la musique Rock, je vais passer, au choix, soit pour un suicidaire (Radiohead, Elliott Smith, Arcade Fire…), soit pour un serial killer en devenir (Stooges, Sex Pistols, Metallica…). Sans compter que mon groupe fétiche, lui, m'offre gentiment la possibilité de passer pour les deux à la fois, selon qu'on choisira ses morceaux "enlevés" ou "Adore".

 

Quoiqu'il arrive, on a plus le choix, on a proposé de préparer cette compilation, c'est un accord tacite, on est obligé de livrer la marchandise commandée… Et par conséquent, on est obligé de s'offrir une bonne grande séance de parano. La sélection de morceaux prend une ampleur démesurée, devenant tout à la fois une présentation de ses goûts propres (une sorte de carte de visite), une tentative de déclaration et un ensemble de morceaux sensé devenir le symbole d'une relation n'existant pas encore.

 

Car oui, si jamais "ça se fait", les morceaux de ce disque risquent d'être à jamais imprégnés de cette relation dans la mémoire du "sélectionneur". Idem pour la version négative… Et ça vous ferait pas franchement chier de penser à ce râteau que vous vous êtes pris il y a déjà tant de temps, chaque fois que vous écoutez un morceau que vous aimiez tant, avant? Le cas m'est d'ailleurs arrivé il y a pas longtemps, réentendant par hasard un slow que j'ai dansé il y a quoi … 7 ans, et qui s'était soldé par un échec monumental. Eh bien au bout de 30 secondes j'étais déjà énervé à nouveau. Mais bon, d'un autre côté, si ça marche? Faut quand même que dans ma tête, la musique associée à cette relation soit bien, non? (Vous savez ce que c'est, quand une personne avec laquelle vous avez vécu une histoire vous laissant un bon souvenir est associée dans votre esprit à… "Mr. Blue Sky" d'E.L.O. et au clip de "Thriller"? Non? Et ben moi, si.)

 

Et là, Guic se retrouve devant son PC, à s'amuser comme un petit fou. Sous un monceau de contraintes, il laisse libre court à … la créativité des autres. La contrainte principale étant évidement de ne caler ni chanson de drague, ni chanson de rupture, ni chanson trop sexy d'un point de vue strictement musical, le tout ne contenant aucune allusion grivoise dans les paroles, de préférence.

Remarque: certaines personnes dans mon entourage sont surprises par mon (très bon) niveau en anglais… L'explication est aussi simple que ça. La crainte que la fille à laquelle on va refourguer se disque maîtrise mieux l'anglais que vous et y décèle un sous –entendu sentimentalo-sexuel qui vous a échappé… C'est la meilleure raison qui soit pour bouffer du Harraps matin midi et soir.

 

Et chaque groupe que vous appréciez de se voir passé au tribunal de vos craintes et anticipations, chacun son tour.

 

 

"Bon , allez, un Beatles… The Word? I wanna hold your hand? She loves you? Non, mais mettre du Beatles, ça risque pas de faire un peu "C'est pas que je te prends pour une conne, mais au moins pour une inculte"… A moins que j'aille sortir un petit morceau du fin fond d'un album… Ouais mais là ça va faire super snob, non? Bon, joue dans la catégorie que tu connais.

 

Allez, les Pumpkins. Alors. Adore, tu zappes, Machina aussi. Gish aussi. Bon, Siamese Dream, il y a Disarm, mais non, trop déprimant, Today, oui mais non, si jamais elle découvre en se renseignant que c'est une chanson sur le suicide ça va pas passer… Cherub Rock, j'ai jamais compris ce que voulait dire le refrain ou ce que symbolise le "honey" dont il parle, alors faute de mieux on va pas le mettre, au nom du principe de précaution. Bon ben on va prendre sur Mellon Collie. Allez, on fait la blague? "Bodies". Mouhahaha. Non mais c'est bon, te prends pas la tête: tu vas pas mettre un morceau violent, tu vas pas mettre "Tonight tonight" (trop déclaration franche, même si tu sais pas ce que cette chanson raconte), ça va encore être "1979".

Et le pire c'est qu'elle va peut être me sortir qu'elle aime pas parce que la voix du chanteur est désagréable.(Ce à quoi je répondrais que le gros problème est que la production a vieilli, citant des noms qu'elle ne connaît pas tels que Butch Vig, Flood, et peut-être même Trent Reznor, alors que la pauvre ne sait même pas qui est Lou Reed…)

 

 

Radiohead… Et merde. Entre les trucs pas si accessibles que ça des derniers temps, les niaiseries des débuts, reste l'axe The Bends – OK Computer. Youpi, je mets quoi maintenant de telle sorte à ce qu'elle ne croie pas soudain que j'envisage de me tirer une balle dès que possible?

 

Placebo, Muse… Tu vas pas lui écrire un sonnet aussi tant que t'y es?"

 

 

Et au fur et à mesure que les morceaux se sélectionnent (ou plutôt, justement, ne se sélectionnent pas), se passe une transformation bizarre. Certaines personnes  pensent qu'on ne fait jamais des compilations que pour soi – même, y compris quand il s'agit de les offrir. C'est faux. Cependant, très vite, on cesse quand même de réaliser la sélection pour la fille à laquelle elle est destinée. Mais on réalise au final une compilation parfaite pour la fille qu'on voudrait qu'elle soit. Et bien que cette fille ne doivent certainement posséder, au final, "que" Nevermind, le Black Album, et peut – être un White Stripes, on se retrouve à aller sortir des petites pépites qu'elle est bien loin de pouvoir apprécier. C'est comme ça qu'on colle du Pavement dans une sélection pour quelqu'un ne connaissant même pas Radiohead, ou du Big Star pour quelqu'un qui ne connaît même pas Weezer. Alors autant dire que du point de vue "CD de découverte du monde de la pop", on aurait pu choisir des portes beaucoup moins dérobées. Mais que voulez – vous: on est snob, mais ça elle ne le sait pas encore.

 

Toujours est-il qu'on refourgue une fois de plus, après moult tergiversations inutiles avec soi-même, la même sélection que d'habitude, sélection que ne pourrait vraiment apprécier que l'idée que vous vous faites de la femme idéale.

 

Puis un jour, ça y est, c'est bon, la sélection est finie, le disque prêt, tout le monde content pour un moment encore. Tu lui offres gentiment le truc, comme ça, d'un air qui se veut détaché, comme si c'était un hasard que tu lui offres ça, histoire qu'elle comprenne bien qu'il n'y a aucun message caché et que non,tu n'as pas passé 3 nuits blanches à réfléchir dessus. D'ailleurs, quand, feignant d'être touchée par ce geste (ou l'étant vraiment, la question importe peu), elle te remercie, toi tu sors un "mais c'est normal", un "mais de rien", un "mais c'est tout naturel", bref un "mais – je déprécie mon propre boulot".

 

 

Et puis tu t'en vas, et tu n' oseras pas lui demander si elle veut aller boire un coup ou un truc comme ça, et puis, bêtement, tu vas finir par zapper, t'enticher d'une autre à qui tu offriras le même disque avec le même insuccès, de toutes façons tu sais bien que pour que tu réussisses à séduire, faut que t'aies 3 grammes.

 

Elle de son côté, fera l'effort d'écouter le disque, au moins une fois. Et alors qu'elle s'attendait à de la pop musclée, du rock bien comme il faut, légèrement arrogant, distingué et assez rentre dedans quand même, celui qui sous entendrait que t'es un homme fort et sur de lui (peut-être même capable de coller une droite à un mec qui la ferait chier…), en plus d'être un esthète légèrement snob… Et se retrouve avec un top 10 des plus grands titres de pop dépressive du XX ème siècle, entrecoupés, au hasard, de geignardises pumpkinsiennes, de beuglements porcins de Black Francis, et d'un "My Generation" qui lui aussi se demande ce qu'il fout là.

Évidement, elle reparlera à l'occasion de musique, mais ne demandera que rarement conseil. De toutes façons, chaque fois qu'elle évoque un truc qu'elle a découvert et aimé récemment, tu trouves moyen de déclarer que t'as préféré leur debut-EP, ou que c'était bien, mais depuis qu'ils ont du succès c'est nul. Pas dans ces termes là, mais c'est ce qu'on en retiendra.

 

Mais bon, tu t'en fous, la prochaine fois, on ne t'y reprendra pas: quitte à utiliser les mots des autres, autant être franc. Et ta nouvelle compilation, elle est déjà prête. Non contente d'être d'une grande qualité, elle est claire et nette: tu prendras peut-être une grosse claque dans ta gueule, mais au moins, tu seras fixé. Et puis comme ça, t'auras une bonne raison d'écouter de la pop dépressive.

 

 

 

* Faut définitivement que j'arrête de parler filles ici parce que je ne sais jamais quel terme utiliser: filles est trop enfantin, femmes trop adultes, nénettes trop rétro, gonzesses trop vulgaire… (J'en profite pour dire à Ama-L, si jamais lui venait l'idée de poser la même question que la dernière fois, que non, ma soirée d'hier fut tout à fait classique et sympathique)

** Evidement, il m'arrive d'en offrir après, quand tout se passe bien, quand même.

Par Guic ' the old
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Lundi 27 juillet 2009

Des fois, je me fais peur. Des fois, je me dis qu'il doit y avoir un truc qui tourne pas rond avec moi, un truc qui s'est déréglé au fur et à mesure des années. Par exemple, mon tempérament vis-à-vis de la musique est extraordinairement fluctuant. Un habile mélange de lassitude, de gout esthétique, de vécu et de goût pour la nostalgie fait que, bizarrement, je ne ressens pas les albums ou même de simples titres comme il le faut.


C'est d'autant plus con que souvent ce sont des trucs que j'adore et me plait à citer régulièrement.


Ben tiens, Adore, justement.

Bon, vous aurez deviné que c'est un de mes albums préférés. D'ailleurs, si je devais être honnête, c'est même mon album préféré des Pumpkins. (Mellon Collie n'est « que » le plus important pour moi, et accessoirement l'album le plus important de ma vie). Vous serez d'accord avec moi (si vous l'avez écouté - sinon je vous enjoins de le faire) que c'est probablement un des albums les plus tristes, les plus déprimants qui existent.*

 Eh bien... c'est pourtant l'album vers lequel je me tournerais le plus facilement si jamais, justement, ça ne va pas. Ca tient, peut-être, pour partie, à un rituel, à une habitude : ado, j'avais tendance à écouter des albums déprimants quand j'avais pas le moral, justement persuadé qu'en écoutant des gens plus tristes que moi se lamenter ça aller me remonter le moral. Faut pas s'étonner que j'aie adoré Fight Club dès le premier ¼ d'heure tiens. Mais il n'y a pas que ça. L'âge venant, je m'y sens de mieux en mieux. C'est un des rares disques dont j'ai l'impression qu'ils font... partie de moi. Il est partie intégrante de ma vie au même titre que bien des trucs que j'ai vécu, c'est comme une anecdote dont on finit par rire, quand bien même à ce moment là on faisait pas le malin.**

Avec ce disque, bizarrement, je suis à la maison. Tranquille.

 



Mais il n'y a pas que ça. Je crains d'avoir réussi, via ce rituel auto - dépressif, a  faire sauter un interrupteur dans un recoin de mon cerveau. Ouais, étant plus jeune j'étais dans ce trip limite associal auto destructeur, mais moralement.  Vous en connaissez tous : ceux convaincus d'être des losers et qui, voyant le truc comme une sorte de malediction, font rien pour s'en sortir (vu que ça sert à rien...). J'avais un certain talent pour ça assorti d'une hypothèse peut-être très intelligente logiquement, mais bon, la logique et la vie... enfin : « Si je m'attends à ce qu'il ne m'arrive que des merdes, je suis forcément gagnant . S'il m'arrive une merde, je suis prêt, s'il m'arrive un truc bien, ça ne fera qu'amplifier la joie que ce truc bien m'arrive ».***

Bon, je vous rappelle qu'à l'époque j'étais fan de Radiohead, des Smashing Pumpkins, de Muse et de Placebo. (Comment ça, « C'est pas une raison » ?)



Peut-être qu'à force de gaver mon cerveau de trucs qui plombent le moral, celui-ci, dans un réflexe d'auto-préservation acquis par l'humanité à travers des siècles d'évolution, a décidé de bouger les frontières quand il s'est dit que c'était trop. Ceci expliquerait peut-être pourquoi, quand j'ai découvert Funeral d'Arcade Fire, je l'ai trouvé extrêmement enjoué cet album. Idem avec les Smiths. A la rigueur j'arrive à comprendre que I know it's over est triste, et j'aime bien me lamenter dessus (je suis un cliché humain), mais non, j'arrive pas à la trouver vraiment triste. Déchirante, oui, elle l'est... en théorie : j'ai totalement consciente qu'elle l'est, et qu'elle boxe dans une catégorie vachement élevée, mais par contre, non, elle ne me déchire pas moi-même, désolé.


Et des trucs comme ça, il y en a une palanquée : The Bends a été l'album de fond de nombre de mes lectures (jusqu'à ce que je m'intéresse aux paroles en fait). Yesterday me remplit d'un confort totalement incompatible avec ce titre... Je vais pas tout énumérer, juste vous coller une rapide playlist à la fin. (Mais bon, sachez que pour me donner du baume au cœur, j'écoute « Mathilde » de Brel.)

 

Bon, comment dire... je trouvais pas d'image pour illustrer l'article, j'ai décidé de taper des trucs dans Google Images... Et puis je suis tombé sur ça en tappant "le lycée m'emmerde"... Alors je me suis dit pourquoi pas.



Bizarrement, j'en ai établi (pour, très certainement, combler ma propre vanité), que j'avais évolué, et que ma sensibilité pour la beauté de ces titres, de ces albums, l'a emporté sur le sentiment qu'ils cherchent à me faire passer. Toucher ainsi à la beauté la plus pure est fascinant... Comment peut-on se laisser aller à la tristesse en écoutant un To Sheila alors qu'en fait, on a l'extraordinaire chance de l'écouter, de connaître ce titre... (j'allais dire « d'être un élu »). Enfin, quel que soit ce mécanisme, je vous jure qu'il a pris le dessus. Pour preuve : j'ai réécouté une bonne dizaine de fois cet album  la semaine passée (c'est une tradition aussi : c'est mon « album d'été ». Cherchez pas.) Eh bien, rien, pas une larme, pas de nœud dans le ventre, pas un malaise vagal, rien. Sinon une somptueuse sensation de bien-être.


Enfin bref... Vous vous doutez bien, quand même, que la victoire n'est pas non plus éclatante. Car chaque médaille a son revers (oui, je suis resté un réservoir à clichés), et ici, la tristesse a gagné du terrain sur un autre côté. Parce que c'est bien sympa de connaître tous ces titres splendides... Mais c'est bien désespérant, au milieu de ce désert musical que je traverse (depuis 2007, aucun album sorti récemment n'est resté bien longtemps sur ma platine : beaucoup de bonne surprises, mais pas d'adoration ni de révélation extraordinaire), de se dire que tous ces titres que j'aime, je ne les redécouvrirais jamais. Et ça me rend malade. La découverte d'un Sexy Sadie, d'un Sunny Afternoon, ou même d'un Sure Shot, ou un Initials BB, c'est une sensation si agréable, si pleine de joie, qu'il est honteux qu'on ne puisse en profiter qu'une fois. Des fois, j'ai envie de recommencer le jeu, sur une nouvelle sauvegarde : certes, ce sera parfois moins exaltant ; les passages chiants le resteront, mais foutre leur raclée aux boss sera toujours aussi sympa. En plus, ce sera plus facile, je saurais peut être déjà où ils sont.


C'est le piège de ma propre nostalgie : je ne suis pas nostalgique des évènements. La passé est le passé, ce qui est arrivé est arrivé et basta. Je le suis des sentiments et sensations. Parce que eux, on croit qu'on pourra les revivre : rien du tout. C'est bien plus vicieux.



Chose promise, chose due... Le player, avec, certes, quelques merdes, mais des merdes déprimantes (mais qui ne me rendent même pas tristes, si vous avez suivi vous avez compris) quand même, et même pas au second degré. Comme je suis gentil à la fin y a de quoi redonner un peu de moral. Au cas ou.






* Pas LE plus déprimant : pour moi, le « Marble Index » de Nico est indétronnable.


** Un peu comme un contrôle de papiers quand on déambule bourré à 5 h du matin, mais vu du moment ou on le raconte à ses potes le lendemain.


*** La continuité du truc, malheureusement, c'est que ce comportement fait qu'il t'arrive pas grand-chose de bien, malheureusement : retour au point 1 du raisonnement.

Par Guic ' the old
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Vendredi 8 mai 2009

Rock Critic ça a l'air fun comme ça, mais quand même c'est vachement tendu comme boulot. Parce que bon : Admettez qu'un mec de 40 balais qui rappelle que les Who, qui chantaient « Hope I'll die before get old » sont ridicules à 60 ans et 50 % du groupe d'origine, faut qu'il ait un sacré aplomb, ou une bonne dose d'inconscience, pour se dire que personne osera lui rebalancer son âge à lui dans la gueule comme contre argument.




C'est que des positions dans le genre, soit fragiles, soit même contradictoires, il en prend un paquet le Rock - Critic.  Paraitrait même que la schizophrénie est reconnue comme une maladie professionnelle chez eux. C'est donc le moment de faire un rapide point sur les grands paradoxes du Rock - Critic.




1. Le Rock critic aime à rappeler que le Rock, c'est la musique de la rébellion adolescente, un truc de jeunes, qu'il faut encore avoir de l'acné et du duvet pour vraiment en comprendre la substantifique moelle, et que de toutes façons, à de très rares exceptions, un groupe de Rock qui passe les 7 ans de carrière va tourner en rond et perdre tout son intérêt et commencer à faire de la variété.

Mais bon, lui-même a déjà au moins 40 ans, 3 mômes et un max de thunes sur son PEL. Et il est l'incarnation même de la cause Rock n'Roll.



2. Le Rock Critic ne supporte pas qu'un artiste n'avance pas. Si un groupe a le malheur de sortir deux albums consécutifs un tant soit peu similaires, il va se faire laminer dans les grandes largeurs. A la rigueur, le second aura droit au qualificatif d'album de la confirmation. Mais un autre se fera détruire, annihiler, réduire à néant. Cependant, si l'artiste en question a fait preuve d'une certaine originalité au court de sa carrière, osant quelques expérimentations çà et là, et que cet album décalque de son début-album est, je sais pas moi, le 5ème, 6ème, 17ème... Il ne s'agit pas là d'une régression artistique, mais, évidement, d'un extraordinaire retour aux fondamentaux.



3. Le Rock - Critic aime que les artistes innovent, propose des choses nouvelles, et se plaint sans cesse que la musique n'avance plus de nos jours, que les artistes se sentent en permanence obligé de faire dans le « déjà entendu ». Pourtant il a gardé intacte sa capacité à s'émerveiller devant l'album d'un groupe qui « n'invente rien, mais le fait tellement bien / avec une telle classe ».



4.Le Rock Critic tient à rappeler que le Rock est avant tout une musique populaire, faite pour parler à tout le monde. Musique intemporelle également, qui s'adresse à la jeunesse, dont les buts premiers sont l'amusement, la déconne, la jeunesse dans toute sa splendeur, sans prise de tête. Mais il est tellement persuadé de son bon gout, de détenir la bonne parole, qu'il se sent obligé de démontrer par a+b le pourquoi du comment de ses opinions, faisant sans cesse appel à des références absconses (de préférences à des domaines artistiques dits majeurs, en particulier la littérature), ... rendant sa critique totalement hermétique à 60 % des gens à qui il croit s'adresser.



5. (Mon préféré) Le Rock Critic a une passion pour tous les artistes qui ont voulu soit revenir aux sources, soit tout détruire dans une furie dévastatrice, vouant un culte immodéré aux punks. Parce que le Rock des années 50 / 60 , la base, ça c'était vrai. La simplicité, l'urgence, la rage du moment, la volonté d'aller de l'avant et de briser les codes, voilà ce par quoi le Rock-Critic jure, par ça, et seulement ça. A ceci près qu'il le fait généralement à grands renforts de phrases de 10 lignes et de mots de 5 syllabes que les Académiciens (Goncourt ou français) ne renieraient pas. Avec ce petit bonus spécial Rock-Critic (oui, le reste pourrait s'appliquer au snob musical commun) que j'appellerai la « peur du vide qualificatif » qui sera notre bonus.


Un exemple, pioché dans un commentaire d'un illustre inconnu, chez G.T. : « le Rock ne prétend pas être une musique Savante. AC/DC, je l'écoute. Je ne suis pas fan, mais leurs morceaux simplissimes et accessibles dégagent une énergie communicative qui mérite d'être valorisée. »





Bonus : la peur du vide qualificatif. C'est une maladie qui touche les Rock Critic, qui fait qu'ils sont incapables d'écrire un nom sans y apposer un adjectif, un verbe sans adverbe, ou une phrase sans incise. Tendance qui atteint son apogée dans les listes de qualifiquatifs ou de qualités.  Quelques exemples pris à et là dans des critiques de collègues parleront surement mieux :


« Savoir, comme le fait Radiohead, composer des chansons très mélancoliques, émouvantes et lyriques sans tomber dans le pathos adolescent et pompier, c'est déjà un exploit. »


(Remarquez cette rythmique toute particulière, avec les énonciations par trois.)


« Qu'il s'agisse de mid-tempos arrosées de guitares saturées [...] ou de power-pop aérienne typique des college-bands américains [...], le groupe témoigne du même mélange d'aisance et de rigueur, de morgue et de maîtrise. »


(Variation du rythme, en « deux fois deux » : forme souvent employée pour former des couples d'opposés : « tout à la fois branleurs et consciencieux, génie oublié et obscur artiste surexposé », par ex.)


« Un peu moins rétro et lyrique qu'Elvis Perkins, un tantinet plus rock que les Pale Fountains malgré la trompette, plus proche peut-être de l-ll ou de Julie Doiron. »


(Une variante de la « surqualification » : la « sur-comparaison ». Très pratique, car on peut s'en servir pour les stickers qu'on accole sur les disques.



Mais bon. Arrêtons-nous là. D'une part, parce qu'il faut garder une part de mystère (ou de quoi faire un second article sur ce thème), d'autre part parce que... C'est bien mignon d'ainsi dénoncer ses petits camarades, mais bon... je ne pense pas valoir beaucoup mieux moi-même, question « tics d'écriture » !




Par Guic ' the old
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Mercredi 14 janvier 2009

Je ne sais pas si vous vous en souvenez (encore faudrait-il que vous me lisiez déjà à l'époque), mais j'avais déjà abordé dans cette série d'articles les mésaventures tragi-comiques du danseur de slow Rock - critic. Continuons donc aujourd'hui avec les mésaventures du guitariste séducteur- loser Rock Critic... En gros, moi.



Bon, certes, si l'on parle de rock critic guitariste et de guitare, on peut s'orienter vers des débats autrement plus élevés, comme de savoir si l'on peut juger objectivement un art que l'on pratique, et aboutir à la conclusion « Les critiques sont des artistes ratés », raccourci facile pour dire au critique de fermer sa gueule, que ce n'est qu'un jaloux, qu'il pourra critiquer quand il en fera autant, et au passage allez visitez mon skyblog sur les BB Brunes qui eux sont trop beau gosses et jouent bien de la guitare alors arrête de dire que c'est de la merde.


Mais ce serait trop facile, ce serait ouvrir la porte à un débat intéressant et fighto-culturel, et c'est pas le genre de la maison : restons donc dans la légèreté.



Je vais donc vous parler de ma guitare. Pas du moi - guitariste, mais juste de ma guitare. Pour une raison très simple, je suis un des plus piètres guitaristes qui soit, tellement piètre que je suis infoutu de retenir le nom des accords (ce qui complique légèrement les conversations avec d'autres guitaristes), par exemple. Pourtant je possède ma délicate six-cordes depuis bientôt 7 ans. Mais j'ai une excuse, ou plutôt, j'ai une raison de ne pas avoir d'excuse : je n'ai jamais « travaillé » ma guitare. J'ai tenté d'apprendre quelques morceaux, d'ailleurs j'irais même jusqu'à dire que j'en connais certains, même... Mais jamais je n'ai fait de gros efforts pour retenir des grilles d'accord, réussir mes barrés (quand je vois un barré dans un morceau, c'est plus une raison pour chercher à en apprendre un autre, pour moi...), et j'en passe...



De plus la nature (fortement aidée en ce sens par mon ascendance génétique) m'a doté de mains plus adaptées à exercer un métier tel que boucher ou étrangleur à mains nues qu'à effleurer délicatement les cordes de métal de ma belle amie folk. Cordes que j'appelle, dans l'intimité : « putain de cordes de merde qui défoncent les doigts, bordel ». Chacun sa notion de la complicité. (Mais assez parlé de moi)


Tout ça pour vous dire, que si ils sont nombreux les possesseurs de « Guitare à pécho », je suis un des rares possesseurs d'une authentique « Guitare à Rateau », un modèle qui tel Excalibur ne développe tout son pouvoir qu'au contact d'un utilisateur particulier, une sorte d'Elu. Moi. (Ah merde.)




L' arme du crime




    Or donc, vient toujours, que vous le vouliez ou non, l'instant de la confrontation. Une femme, une guitare, vous au milieu, ridicule. Car que vous le vouliez ou non... La guitare intrigue, la guitare est une occasion de dialogue, la guitare c'est pas forcément un truc qu'on rencontre chez n'importe qui, et la jeune femme que vous avez invitée à dîner vous demandera forcément une démonstration, et vous vous maudissez de pas l'avoir rangé cette foutue gratte.


Parce qu'en fait c'était même pas avec l'idée d'impressionner les filles que vous avez décidé d'investir là dedans, juste vous offrir un petit plaisir, de temps en temps gratter 3 accords pour la bonne bouche et puis vous donner l'illusion d'avoir une possibilité d'exprimer votre côté artiste parce que bon, Rock - Critic c'est plus un truc de sciences sociales que d'art... Entre un Rock Critic et Mick Jagger, il y a la même différence qu'entre Lagarde & Michard et Napoléon, voire même plus : le même différence qu'entre Haroun Tazieff et le Vésuve.


Alors, de mauvaise grâce, vous la sortez de son étui. Vous passez outre la mine renfrognée qu'elle arbore en voyant que non, ce n'est pas une guitare électrique (« En même temps est-ce que t'as vu un ampli trainer dans le salon ? » Pensez-vous, vous retenant tout juste de l'insulter en pensée. A ce moment là d'ailleurs vous envisagez de composer dès son départ (Parce que vous connaissez déjà la suite et vous savez qu'elle va pas finir dans votre lit) un hymne punk nihiliste désabusé intitulé « Est-ce que t'as vu un ampli quelque part connasse ? » Intégralement en accords de puissance. Vous ne savez pas composer autrement.).


Et alors vous vous installez (deuxième mine contrite : vous jouez assis.) Et vous vous posez la question fatidique... « Je joue quoi ? » Parce que votre répertoire étant ce qu'il est, à savoir réduit, vous n'allez pas lui demander à elle ce qu'elle veut entendre. Surtout que, sait-on jamais, on risque une désillusion si la jeune fille réclame du Christophe Maé.




Le coupable. Salaud.



Alors bon, vous grattez, en vrac, quelques suite de notes simple, pour passer le temps de la réflexion : l'intro de Paint it Black, celle de Ne me quitte pas, le solo de « And I love her » ou de Smell Like teen Spirit. Parce que bon, comme vous ne voulez pas vous griller tout de suite, vous vous dites que quand même, ce serait abuser que de sortir le banal « Come as you are ».


Là, vous avez un truc qui ressemble à une échappatoire mais qui finalement ne ferait que vous ridiculiser par un de ces contrecoups du sort dont le Destin a le secret : dire que votre instrument est désaccordé. Parce que, bien sur, si vous voulez y échapper, vous allez dire que votre accordeur vous l'avez prêté à votre voisin, votre cousin, votre neveu, je ne sais pas moi... Ne dites pas que vous n'en avez pas, ca ferait amateur. Mais là (ô fatalité), la demoiselle va vous dire dans 99,9 % des cas que « Ben, tu sais pas accorder à l'oreille ? » Et vous, malgré tout, vous essayerez... Même si le résultat final sera une guitare encore plus désaccordée qu'avant. La poisse.



Maintenant, disons que ça y est, vous avez choisi ce que vous alliez interpréter. Et à partir de là c'est une multitude de mésaventures poissardes qui vous tombent dessus. Les propositions suivantes sont loin d'être exhaustives.


    - Vous jouez un truc, et essayez de chanter par-dessus pour faire classe : cependant vous ne savez pas chanter, et en plus jouer en chantant c'est quand même vachement plus difficile... Vous perdez sur les deux fronts.


    - Vous jouez un morceau... mais la jeune fille ne le connaît pas. C'est fou comme un morceau aussi fort que « Heart of Gold » de Neil Young peut perdre en charisme dans ces moments là.


    - Vous tombez sur une perfectionniste : en manque d'originalité, vous vous lancez dans une interprétation pénétrée de « Stairway to heaven », pour vous voir répondre : « Ah ouais, quand même, sans la flute, c'est pas aussi bien ».


     - Vous jouez un truc, que la jeune fille ne reconnaît pas. Pensant que, tout simplement, elle ne le connaît, vous lui assurez que ce que vous avez gratté était « Live Forever », d'Oasis. Visage impassible : « Ah ben dis donc... t'es sur ? » . Oui, oui, je suis sur. Enfin presque.


Et j'en passe est des meilleures, les possibilités sont multiples. Passons en vrac sur : jouer un morceau recelant un sens caché (de préférence d'ordre sexuel) que vous n'aviez pas isolé auparavant, la traditionnelle comparaison « Tiens, c'est un morceau que mon ex adorait jouer », quant il ne s'agit pas d'une comparaison à l'artiste d'origine... Je n'ai par contre jamais rencontré le cas où l'artiste d'origine est également l'ex, mais je serais content de l'éviter celle là.





Si je vous épargne la photo de la victime c'est surtout que j'en ai pas trouvée de potable.




Et j'ai failli oublier ce qui est bien entendu le pire des cas : la demoiselle elle-même est guitariste, de surcroît bien plus douée que vous, genre conservatoire, et prend la guitare en main après vous (toujours après, c'est là qu'est la feinte), et vous ridiculise lamentablement. La demoiselle n'en devient que plus désirable et vous que plus ridicule (Remarque : cet article marche aussi en échangeant les sexes des intervenants : échangez simplement les pronoms)


Puis, la belle part. Oui, après votre pitoyable prestation, il est rare qu'elle reste, ou alors c'est que vous avez sous-estimé son taux d'alcoolémie, et permettez moi de vous dire que profiter de l'ébriété d'une de quelqu'un, c'est minable (mais humain). Pour elle c'est déjà oublié cet évènement, pour nous non. On oubliera jamais l'affront subit, la honte pesante. Et on se promet de travailler un peu plus pour pas être ridicule la prochaine fois aussi. Ou alors de bien penser à planquer tout ce qui pourrait faire croire qu'on est musicien, de la guitare au moindre médiator en passant par les tablatures qui trainent sur le bureau du salon comme du PC... Mais bien sur on ne le fait jamais.






Il y a des soirs, comme ça, où le Rock Critic se sent très Rockstar. Mi-Pete Townshend, mi-Ian Curtis en fait. Avec une étrange envie de défoncer sa gratte avant d'aller se pendre dans sa cuisine. Avec une corde de mi, de préférence.

Par Guic ' the old
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