Be Quick or be Dead

Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

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De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Tell all the people

LDAT (MUPAMA)

Mardi 3 juillet 2 03 /07 /Juil 17:47

Too Much Class For the Neighbourhood (Dogs, France, 1982)

 

Nashville ou Belleville ?

                                                                                                                      Eddy Mitchell

 

Cette ville est un enfer

                                                                                                          Dominique Laboubée

 

 

 

http://d.yimg.com/ec/image/v1/release/58720987;encoding=jpg;size=300;fallback=defaultImage« Avant de dire que c’est le meilleur album de rock français de tout les temps, faudrait juste déterminer si c’est, déjà, le meilleur album des Dogs ».

 

La conversation dont est extraite cette phrase portait sur « Legendary Lovers ». Et ce qui m’a marqué au sein de celle-ci, c’est à quel point, pour ces gens, c’était l’évidence même que, de toutes façons, les Dogs furent le plus grand groupe de Rock que la France ait produit. Je dois avouer que, plus le temps passe, plus je suis d’accord avec cette idée. Malgré tout, cela dit, ce groupe n’est malheureusement pas une évidence*. Ce qui ne rend que plus réjouissant de les découvrir, certes, mais a pour conséquence qu’il faut une porte, un entremetteur, un peu de boulot pour se pencher dessus.

 

Mais une fois l’accès ouvert… C’est la révélation.  Et le meilleur moyen de découvrir cet album est évidement d’en écouter le titre éponyme** :

 

 

 

 

Ce riff cinglant, cet harmonica… Ce n’est pas une intro, c’est un appel aux armes. On redresse la tête, le pas s’accélère, et, bizarrement, quand la voix rentre, le pas se chaloupe soudainement, l’envie de danser se fait plus marquée, plus pressante.  Et ce titre : « Too Much class for the neighbourhood ». Déclaration d’intention. La rébellion en mode mod, soit donc la plus belle des rébellions, celle qui reprend les codes de la vieille garde pour lui renvoyer sa propre hypocrisie en pleine gueule. Il est aisé de se lamenter d’être ostracisé quand on est punk. Quand on est talentueux, propre sur soi, mais qu’on reste hors de la masse malgré soi, là, on renvoie vraiment les autres à leur propre médiocrité.

 

Cette chanson, c’est l’hymne des mecs qui ont raison, mais qui, entouré d’ignorants, se retrouve malgré lui dans la position de celui qui a tort***. C’est pour ça que les Dogs étaient condamné dès le départ – ou presque – au succès d’estime. Comment s’imposer dans un pays qui n’a retenu de ses rockeurs que les ersatz d’Elvis graisseux ou des pseudo punk méphitiques, a fortiori quand personne n’y a rien compris à la splendeur d’un Paul Weller, et qui n’a vu dans ses vrais talents rock que des amuseurs mondains (Dutronc, Antoine, Les Problèmes), ou d’habiles chanteurs de variété (Polnareff) ?

 

http://www.lemague.net/dyn/local/cache-vignettes/L297xH300/arton2781-3900f.jpg

 

Pourtant, cet album est une splendeur, un joyau, une perfection. A tel point que la première fois que je l’ai écouté, j’étais convaincu qu’il s’agissait d’un album principalement composé de reprises (bien aidé en cela par la présence d’une reprise de Train kept a-rollin’), tant chaque chanson semble parfaite, et sonne suffisamment rétro pour paraitre intemporelle**** (Il y a un petit quelque chose 80’s dans le son, mais c’est surement l’album des années 80 les moins daté de tous les temps, je pense).

En bons mods, les Dogs n’ont jamais oublié que le vrai rock est fait pour donner envie de danser, et non pas de s’ouvrir les veines ou de vomir sa Koenigsbier sur les agents de la maréchaussée. Et il faut être sourd ou unijambiste pour résister aux appels à la danse que sont Shakin’ with Linda ou Poisonned Town. Voire légèrement dandiner les épaules sur la délicate M.A.D.  ou The Most Forgotten French Boy (le meilleur morceau qu’Indochine n’a pas réussi à composer).

Nul n’est prophète en son pays. Et les Dogs sont, finalement, surtout trop rock n’ roll pour le voisinage. Voilà leur problème, voilà leur fardeau : avoir tout compris au Rock n’ Roll dans un pays qui n’y a jamais rien entravé sinon les clichés. Et les fans de pleurer en voyant un diamant jeté au compost, ne trouvant pour se consoler que l’opportunité de boire une bière Place Dominique Laboubée, en se disant que c’est toujours ça que ni les anglais, ni la vieille garde avec ses pseudonymes pseudo-ricains, ni aucun groupe avec noir dans son nom - peu importe la langue – n’auront pas.

 

 



 

 

*Sauf bien entendu pour tous nos amis rouennais, qu’on salue, et plus largement, pour les normands – exception faite, surement, des Havrais pour qui l’évidence doit être les Roadrunners (ou Little Bob, oui).

**En voilà un « éponyme » utilisé à parfait escient.

***Situation atrocement désagréable mais pourtant fréquente, c’est celle vécue par celui qui peine à convaincre les gens que non, Ob-la-di, ob-la-da n’est point l’œuvre de Ringo Starr, ou de celui qui essaye de rappeler à ses collègues qu’avant même de désigner une femme à la cuisse légère, « bitch » est le terme anglais désignant la femelle du chien (au sens zoologique du terme). Oui, ça sent le vécu.

****Ce qu’on appelle, bien évidement, vous le savez tous, le syndrome Retour vers le Futur, même si à l’époque le film n’était pas encore sorti : la vision de 1955 qu’on avait en 1985 ne vieillira jamais, tandis que bon, on est 2012 et je vois pas la trace d’un Hooverboard.

Par Guic ' the old - Publié dans : LDAT (MUPAMA) - Communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 8 mars 4 08 /03 /Mars 17:09

Radio City (Big Star, USA, 1974)

 

http://www.musicangle.com/upload_images/AlbumCovers/BigStarRadio.jpgDans les temps anciens, la mélancolie était le tempérament associé aux génies, ceux chez qui l’humeur en excès était cette satanée bile noire. Ni sanguin, ni lymphatique, ni bilieux, le tempérament mélancolique se décrivait par des symptômes qui recouvrent aujourd’hui deux troubles mieux connus : la dépression et l’anorexie. L’atrabile était supposée produite par la rate, qui, comme par hasard, s’appelle en anglais spleen.  Tout se recoupe.

De nos jours, la médecine et la psychanalyse ayant gâché toute poésie dans ces symptômes, il ne reste à ceux qui ne sont point des génies que deux façons d’accéder à cette souffrance malsaine à s’y complaire : l’amour et le choc esthétique.

 Alors que peut-il bien se passer lorsque l’on tombe amoureux d’une chanson, d’un album, d’un groupe ?

Eh bien exactement la même chose. On a mal au ventre, une boule inconnue nous soulève l’estomac, on n’a plus faim, on est obsédé par quelque chose qui nous attire et nous décourage en même temps, on ne croit pas au présent, mais on ne croit pas plus en l’avenir car, franchement, que peut-on espérer y trouver de mieux ?

Ces sentiments mêlés de félicité et de dépression sont ceux qui me viennent à chaque écoute de cette chanson.

 

 


 

 

 Certes, ils sont moins forts que ne pu l’être la proverbiale claque que je me suis prise lors de la première écoute de ce titre, mais ils n’en sont pas moins présents à chaque écoute. Dès l’arrivée du riff d’intro, mon cœur se contracte, mon estomac se noue, et les larmes affleurent, car je sais, je sais au plus profond de moi que jamais une chanson ne recoupera plus profondément ce que je suis, jamais aucune rythmique ne fera mieux résonner mon cuivre intérieur.

 

Evidement, j’ai réussi à théoriser cette adéquation (on ne se refait pas) : Big Star est le point focal de mon horizon musical. Un point inamovible, le point d’appui d’un levier dont le but est de me soulever et de me retourner les sangs comme une crèpe.*

Disons que si l’histoire de la pop que j’aime tient dans un sablier, Big Star est au niveau du nœud central, celui par lequel circulent tous les groupes que j’aime. Tous les groupes que j’aime l’ont précédé y confluent, tous les groupes que j’aime qui sont arrivés plus tard en viennent.

 

Pourtant, quand j’ai découvert ce groupe, ce n’était sûrement qu’un groupe parmi tant d’autres au sein d’une liste d’ »albums indispensables ». Je dis sûrement car ça me semble l’hypothèse la plus logique : je ne suis malheureusement plus capable de me souvenir des circonstances dans lesquelles j’ai découvert cet album. Ni où. Ni quand précisément. Notre ex-confrère blogueuse Laiezza décrivait les classic-albums comme « des albums qu’on a l’impression d’avoir toujours connus la première fois qu’on les écoute, et qu’on a l’impression de redécouvrir à chacune des écoutes suivantes (…) Des albums dont on a du mal à se rappeler à quoi ressemblait la vie quand on ne les connaissait pas » **

 

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Sitting in the front of our house...

 

Dans le cas de Radio City, c’est exactement ça : il m’est aussi difficile de me représenter l’existence « en méconnaissance » de cet album qu’il m’est impossible de me rappeler ce que c’est que de ne pas savoir lire. Je sais que cette époque a existé, mais le concept même m’en parait impossible. Dès sa découverte, cet album a changé ma vision des choses, non seulement présentes et à venir, mais a aussi laissé une trace sur tout ce qui avait précédé, remis les choses sous une lumière différente, qui rend la lecture originale des choses difficiles***… Il m’est impossible de me rappeler qu’il fût une époque ou je ne citais pas ce groupe, ou je ne sifflotais pas September Gurls, où je pouvais m’assoir à l’arrière d’une caisse sans penser au morceau du même nom, où la vie n’avait pas de couleur.

Finalement, ce n’est qu’après le décès d’Alex Chilton, et mes réécoutes frénétiques de l’œuvre Big Starienne, que j’ai réalisé à quel point cet album était fondamental pour moi, alpha et oméga de la pop que j’aime : celle qui rend la mélancolie lumineuse, celle dans laquelle l’émotion est presque plus chez l’auditeur que dans la chanson. Celle qui se dégage d’un album qui à chaque écoute nous rappelle que le syndrome de Stendhal n’est peut-être pas qu’un mythe.

 

 


 

 

 

* NDLR : Réalisant à quel point cette expression valise semble péter les stats du « je me regarde écrire », l’auteur promet de lever la plume dans les prochains paragraphes.

** Considérez cette citation comme apocryphe, vu qu’il est impossible de retrouver la version originale.

***ATTENTION Spoiler : Comme revoir Usual Suspects ou Fight Club quand on en connaît la fin.

Par Guic ' the old - Publié dans : LDAT (MUPAMA) - Communauté : Le Monde du Rock
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Mercredi 15 février 3 15 /02 /Fév 20:19

Je dois avouer avoir été moi-même surpris au moment de dresser la liste des albums dont je vous parlerai ici, de réaliser que je n’avais jamais évoqué, frontalement, directement, cet album, dont pourtant on m’aura vu parler dans des tonnes de coins de blog.

Voilà une erreur qu’il est temps de réparer.

 

Up the Bracket (Libertines, Angleterre, 2002)

 

 

http://www.4ortherecord.com/assets/images/albums%20of%20the%20decade/up-the-bracket1.jpgOui, j’avais 16/17 ans quand j’ai découvert cet album. Oui, à l’époque, j’admirais encore Muse et Placebo, qui n’avaient pas encore publié les albums infâmants qui me les feraient vouer aux gémonies à peine un an plus tard.

Oui, j’étais adolescent. Et alors, la belle affaire.  Réglons le problème tout de suite : le fait d’apprécier plus un truc du fait qu’on le découvre adolescent n’est aucunement un critère de qualité, mais certainement pas de médiocrité non plus.  Si vous considérez cet état de fait comme une raison pour un album de ne pas recevoir le label qualité, révisez de suite votre avis sur Musset, Rimbaud, Baudelaire ou Les souffrances du jeune Werther : vous verrez que ce ne sont pas des œuvres dont le goût « passe avec l’âge », et la raison en est simple, ce sont juste de grandes œuvres. Il en est de même avec « Up the Bracket ».

 

Et puis de toutes façons,  autant le dire de suite, quand j’ai découvert cet album, acheté à l’époque sur la seule foi d’une critique « disque du mois » dans le Rock & Folk numéro 423, je me suis senti floué. Je n’ai tout simplement pas aimé ce disque, mis à part les deux premiers moreaux et la chanson-titre. Puis, trop occupé que j’étais à découvrir, en vrac, les Doors, Bowie ou les Who, j’ai purement et simplement laissé tombé cet album, que j’ai  même (c’est à peine si j’ose le dire) traité avec le dernier des mépris. Pensez-bien : il fut une époque, aux alentours de 2004-2005 où, dans mon appartement nancéien, ce disque me servait de sous-tasse, afin que le café qui pouvait s’échapper de mon mug Rolling Stones ne viennent pas salir mon bureau. Et quand je dis le disque, je parle bien du CD sans sa boîte. Après de tels traitements, j’en viens à me demander parfois si ce n’est pas la providence divine qui lui a conservé sa capacité à passer encore dans la chaîne sans tressautement, vu l’état actuel de certains disque que j’aime moins dorénavant mais avait bien mieux entretenus.

 

C’est bien plus tard, ramené dans le giron des Libertines – et bien après que Doherty ne soit devenu le gibier pour photographe de Voici sous la forme duquel on l’a découvert dans nos contrées – par le second album, que j’ai compris la beauté* de ce disque.  Ce disque n’est pas, comme je l’espérais à l’époque, un disque de revival comme pouvaient l’être d’autres albums sortis à peu près à la même époque (les premiers Vines, Strokes…) C’est un disque de transition, de synthèse. Les Libertines font tout à la fois penser à tout le monde sans jamais vraiment ressembler à personne (ni à rien, ajouterons les toujours prestes haters que le groupe a réussi à créer bien malgré lui). Quelque soit le terme qu’on cherche à accoler à ce disque (morgue, classe, fougue, urgence) , il lui va comme le gant qui fut porté plus tôt par un autre groupe anglais, qu’il s’agisse, au choix, des Kinks, Clash, Smiths, Blur (comme par hasard dans l'ensemble des groupes dont les textes sont loin d'être mauvais...), j’en passe et des meilleurs et des majeurs comme des mineurs.

 

http://1.bp.blogspot.com/-BGewGxO_8cQ/Tk4aFbJXaSI/AAAAAAAAIvg/NHUHnQFrAJ0/s1600/The%252BLibertines%252BTheLibertines.jpg


En ce sens, la carrière météoritique du groupe et totalement justifiée (symboliquement s’entend), passeur qu’il fut entre le XXème et le XXIème  siècle, symbole d’une génération éphémère : la mienne, celle qui, coincée entre les fouilleurs de bacs et les fouilleurs de liens a fait l’essentiel de sa culture en gravant des CDs empruntés à des potes où à la médiathèque. Une génération fin de siècle, qui, après les cyniques 80’s et les dépressifs 90’s a voulu, l’espace de 12 pépites et 36 minutes parfaites, croire à nouveau en un romantisme flamboyant, rageant et classieux, en un élan de sturm und drang sur fond de guitares saturées qui finit par converger vers cette phrase qui résonne comme un manifeste :  if you've lost your faith in love and music the end won’t be long.

 

Il y a 10 ans, j’étais un jeune étudiant déçu par un album du mois acheté à la sortie d’un cours de maths long comme un jour sans pain. Aujourd’hui, j’écoute pour une énième fois un album que je trouve éternel en me demandant comment j’ai pu passer à côté à l’époque, en attendant mon « entretien d’évaluation personnelle » annuel. Il y en a, des disques que j’ai fini par renier, la maturité, l’évolution de mes goûts et l’arivée de l’âge adulte aidant. Mais il faut croire que toute la maturité du monde ne pourra pas enterrer celui-ci.

 

Le jour où je finirais par aimer moins, voir des défauts, ou, pire, dénigrer « Up the Bracket », ce ne sera pas parce que je serais devenu un adulte… mais un vieux con. Dieu m’en garde, pour l’instant, I get along.

 

 


 

 

 

 

* C’est fou ce que les clichés et tics d’écriture ont comme force : par peur du vide qualificatif, j’ai quand même failli coller un « vénéneuse » ou un « diaphane » qui n’a rien à foutre là.

 

Par Guic ' the old - Publié dans : LDAT (MUPAMA) - Communauté : Le Monde du Rock
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Mercredi 1 février 3 01 /02 /Fév 11:19

« Merde il l’a fait ! » Voilà ma première pensée en m’appercevant que Xavier avait décidé de mettre en application l’hommage Thomien que j’avais banlancé comme une blague au bas du dernier MDAM de la première saison.

Je me suis pas senti con d’avoir lancé ce défi, de voir quelqu’un le relever, et de savoir que c’était pas avec mon piètre niveau musical que j’allais reprendre des grands morceaux. Donc j’ai décidé d’utiliser ce que je maitrise le mieux, à savoir mon clavier, pour offrir non pas des reprises de morceaux, mais des reprises … de chroniques. Ou plus précisément écrire des chroniques sur « comment les disques d’un autre ont pu devenir des disques à moi ». Soit donc « Les disques à Thom (Mais Un Peu A Moi Aussi) »

 

Première session donc.

 

Appetite for Destruction ( Guns n’ Roses, USA, 1987)

 

http://img.over-blog.com/202x200/0/32/42/35/appetite.jpgCe qui est marrant avec le fait d’avoir un blog qui tient sur le long terme (5 ans  déjà !) c’est de réaliser à quel point ont peut être un Saint Pierre en puissance, d’une capacité incroyable à se renier soi-même à plusiseurs reprises.

Les plus anciens ont certainement tiqué en voyant les Guns n Roses présenté ici comme « disque à moi ». Et c’est logique, vu qu’il y a quelques années j’écrivais des trucs comme ça.

Depuis, j’ai lu The Dirt, appris à apprécier le genre tout en pondérant sans qualité sans jamais ô grand jamais dénigrer son importance car je sais être homme de sagesse et que oui, ce fut un mouvement important.

Et c’est vrai que pendant très longtemps, je n’ai tout simplement pas réussi à comprendre que, dans le cadre de l’intelligentsia rock n’ rollement correcte, on défende les Guns (et attention, que le premier album). Qu’au milieu d’un genre honni comme le hard FM, on décide de sauver le groupe le plus connu (avec les innénarables Mötley Crüe, évidement) me paraissait aller tellement à l’encontre de la doxa habituelle… surtout venant de la part de gens encensant habituellement Nirvana, parce que, justement, ils nous avaient débarassés desdits Guns n’ Roses.

Et là ne s’arrête pas le paradoxe. Sauver, du seul groupe qu’on daigne sauver de la mouvance Hard FM, leur album LE PLUS hard FM ? Pire encore, sauver cet album, qui résume à la perfection tout ce qu’ont pu apporter au genre des groupes aussi fascinants (pour moi du moins) que Mötley Crüe, Bon Jovi, Poison, Ratt, Cinderella, et la liste et longue*… Voilà le genre de trucs à même de perturber l’esprit logique mais sensible qui hante ma boîte crânienne. Car oui, cet album est d’une facture tout ce qu’il y a de plus classique pour le genre, avec tout ce qu’il faut de guitares, de cris, de soufre et de sexe (et de talkbox! Non mais sérieux, un album avec de la talkbox considéré comme grand?!). D’ailleurs, il ne faut pas oublier qu’à l’époque, loin d’être le Freddy Mercury redneck auquel il est à jamais associé dans l’inconscient collectif de nos jours**, Axl Rose tenait plus de la version rouquine de Vince Neil. On conseillera à ceux qui en doutent de revoir le clip de Welcome to the Jungle, édifiant à plus d’un titre.

 

 


 

 

 

 

Edifiant car très pratique pour comprendre le vrai fond de l’album. Quand on connaît le genre, on s’attend à avoir affaire à des poseurs de L.A., péroxydés et en moule-burnes, qui vont nous expliquer à quel point la vie est cool au milieu des meufs et des cadillacs, dans la cité ou le truc le plus triste qu’il puisse t’arriver est de découvrir que Chaque rose a ses épines. Sauf que cet album, par l’entremise de ses trois grands morceaux (accessoirement ses trois grands tubes) ne narre rien d’autre que la perdition d’un gamin du fin fond de l’Indiana dans la tentaculaire cité des anges. C’est là que le fait de voir pour la première fois le clip de Welcome to the jungle marque l’esprit : avant, on pourrait croire qu’Axl nous accueille dans la jungle. Après, on sait qu’il nous raconte comment il fut accueilli à son arrivée dans cette jungle urbaine***.


Et soudain tout fait sens à nouveau. Paradise City (where the grass is green and the girls are pretty) ne peut pas être L.A. La fille de Sweet Child of Mine est à coup sûr une Girl Next Door de l’Indiana. Chaque cri d’Axl n’est pas une menace mais un appel au secours. Chaque solo de Slash n’est pas une démonstration technique mais une plainte. Et le déchirement atteint son appogée à mi-album, quand le groupe, pour clore Paradise City nous balance dans la gueule une gigantesque rafale de puissance et de son, une décharge provoquant selon les personnes convulsions ou headbang incontrôlé.

Oh, bien sur, il n’y a pas que ces trois titres sur l’album, et il n’y en a quasiment aucun à jeter (mis à part le fait que je préfère la version acoustique de You’re Crazy, et que My Michelle m’emmerde un peu, l’album tient le haut du pavé). Pourtant chacune de mes écoutes de l’album focalise quasi totalement sur ces titres là (de la même façon que chacune de mes écoutes de GNR Lies se focalise sur Mama Kin / Used to love her / One in a million), pour la simple raison que ce sont sûrement les plus symboliques de la raison pour laquelle GNR a réussi à surpasser la pourtant irrémédiable scission entre grungeux et hardeux :  tout simplement parce qu’ils sont le chaînon manquant.

 

http://www.feelnumb.com/wp-content/uploads/2009/07/picture-2.png

Passage de témoin?

 

 

Toutes les années 80 ont été marquées par des musiciens auxquels le public aurait voulu ressembler, les années 90 par des musiciens qui ressemblaient à leur public. Axl Rose est pile le cul entre ces deux chaises : il est le membre du public qui a réussi à passer sur scène. Et il le vit plutôt mal, dès le premier album, n’interrompra le flot de haine contre tout et tous de « One in a million » que pour se plaindre de n’être qu’un « small town white boy », et au moment de Use your illusion, il aura déjà été bouffé par la matrice. En un certain sens, c’est peut-être celui-là, le premier suicidé du rock des années 1990.

Reste donc un album frôlant les limites de la perfection, dont on ne saurait même pas regretter qu’il n’ait pas été suivi d’aussi bon : c’est un instantané de rage et d’innocence mélée, de l’énervement de celui qui sait qu’il va perdre son âme :  Axl aboie comme un chihuahua perdu au milieu des tigres. Et on se reconnaîtra toujours plus en lui qu’en aucun autre. Where do we go, now ?

 

 

 

* Ne cherchez pas la discographie de « la liste est longue » sur megaupload, c’est une expression.

** Dans l’hypothèse où votre inconscient est individuel, je veux dire par là, le Axl de 1992 : Perfecto Blanc sur short blanc, bandana, long cheveux lisses, dandinement autour du micro, saisie du pied de micro, coourse à traver la scène, pose du micro, s’installe au piano en attendant que Slash monte sur le piano. Axl Rose quoi.

*** Essayez de sortir du métro ligne 14 vers l’extérieur à la gare St Lazare aux alentours de 8 h 15… Vous verrez que WTTJ est le morceau idéal pour cette circonstance.

Par Guic ' the old - Publié dans : LDAT (MUPAMA) - Communauté : Le Monde du Rock
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