Nick Cave. Voilà un nom qui a
une résonance toute particulière pour tout fan de rock. Car bizarrement, où qu'on aille quoiqu'on cherche, ce nom est là, tapis, prêt à bondir à la face de l'aspirant Rock-addict que chacun a été
un jour, ou est peut-être encore.
Et si la musique de certains peut attirer des sentiments mêlés d'attirance, de sympathie, voir de reconnaissance (comprenez par là qu'il existe des chansons dans lesquelles on se reconnaît), la musique de Nick Cave (en particulier, et c'est le cas qui nous intéresse, avec l'appui des Bad Seeds, groupe au line-up aussi vacillant que son talent est important, en apporte un que d'autres échoueront toujours à faire naître: la fascination.
Et le goût pour les phrases interminables, ai-je aussi l'impression.
De plus, dans mon cas personnel (qui s'avère être celui qui nous préoccupe ici), Nick Cave est peut-être le premier que j'aie rencontré et qui m'ait à ce point fasciné à faire partie de la caste des "Rockeurs lettrés". (Evidement, plus tard, arriveront Morrissey et Jarvis Cocker, mais là on est en 2006 et je suis encore en formation, si vous permettez)
En fait c'est presque flippant: aucun album des Bad Seeds n'est vraiment mauvais. Oh, bien sur, il en existe des "un ton en dessous", mais qui sont tous, toujours, sauvés, par quelques chansons purement géniales. Car Cave est un extraordinaire songwriter, un génie concernant l'alchimie Musique / Paroles, et les Bad Seeds un groupe complet, au service d'un leader, certes, mais oeuvrant main dans la main avec lui: rien d'étonnant, donc, que chaque changement de line-up donne l'impression d'un nouveau départ, d'une nouvelle orientation de la musique du collectif.
C'est par conséquent assez difficile de sélectionner cinq titres sur une carrière en comptant je ne sais combien, dont la majorité sont des joyaux. Alors, ça s'est fait plus ou moins au premier arrivé premier servi… Et je m'octroie le droit de livrer un bonus.
Mais malgré cela, alors que je tape ces lignes, me viennent en tête tant de titres, pour certains des classiques, pour d'autres des monuments, que je regrette déjà de n'avoir pas mis… Je vous serais donc reconnaissant de ne pas me lister mes oublis. (Et tapant cela, je sais déjà que certains vont s'empresser de le faire)
Ah, j'oubliais, un dernier petit détail: Nick Cave, c'est aussi… le premier artiste vraiment important dans mon existence que j'ai découvert via mes errances blogosphériennes… Donc merci.
Papa won’t leave you Henry
La version du Live Seeds s'il vous plait. Vous le saviez, vous, qu'avec une guitare acoustique on peut arriver à être mille fois plus violent qu'avec des litres de disto sur une Ibanez mal accordée?
Eh bien moi, non, en tout cas jusqu'à la découverte de ce morceau, rageur, puissant, et qui malgré son titre ne recèle pas beaucoup d'espoir… Du Cave tendu à son meilleur.
Lay me low
Cette chanson, je veux qu'on la joue à mon enterrement! Voilà, au moins, maintenant, ce sera écrit quelque part.
Cette chanson devrait être au programme de toutes les écoles de Rock – addiction, Coef. 20, mention: "Pourquoi il FAUT écouter les paroles des chansons" (Ben oui, si les paroles n'avaient pas d'importance, on ferait des instrumentaux.)
Sans prendre en compte les paroles, cette chanson est belle. En les comprenant mal, elle est sublime. En les comprenant vraiment, elle est… splendidement atroce. Car Nick Cave (ou Henry?) y décrit rien moins que son propre enterrement et ses conséquences: et là, toute la noirceur de l'âme humaine se révèle à la lueur de la mort des autres: l'hypocrisie, l'égoïsme, la vanité des gens… sur cette musique si apaisante pourtant… Comme écartelé, on est incapable de savoir à quoi s'en tenir… Quand je vous parlais de fascination.
Stagger Lee
Ca commence par une basse hypnotique et profonde… Ca finit dans un déluge de larsens et de stridences. Entre temps, Cave nous aura narré une mésaventure de western, glauque à souhait comme la majorité des Murder Ballads.* Sauf que… Le gros problème avec Cave, c'est sa capacité à tout distancier, en particulier, distancier la musique des paroles. Et donc, quand même, un carnage aussi funky, aussi chaloupé si on veut, c'est quand même un coup à se poser des questions… Mais surtout à se remettre le truc sur la platine.
Oh my Lord
C'est glauque, et ça monte, ça monte, c'est beau… Et pourtant bizarrement, quand on écoute bien, si ça c'est pas déprimant, de la descente aux enfers comme Orphée n'aurait jamais osé la pratiquer…
En plein milieu de l'album le plus déprimant jamais écrit par notre ami Nick cette chanson arrive, pleine de vigueur désespérée, côte à côte de la lumineuse "God is in the house", et terrasse définitivement un auditeur déjà bien amoché…
Fatal.
There she goes, my beautiful world
Il fallait quand même finir sur une note positive non? Alors, voilà, une splendide chanson, codée, lumineuse et joyeuse, plein d'hommages en vrac aux inspirateurs, à l'inspiration elle-même d'ailleurs. Ah qu'il est dur de se dire que ce titre splendide, fascinant, risque de ne jamais être cité comme référence de l'œuvre des Bad Seeds…Que j'aime ce titre, qu'il est agréable de l'écouter, un dimanche matin, accoudé à la fenêtre, à admirer passer la vie dans la rue, vers le mois de Mars… Ah…
Et le Bonus:
No pussy blues, par Grinderman.
Simplement parce que le mec qui vous offre cette sélection, c'est quand même le loser ultime qui s'amuse à vous narrer ses mésaventures pathético – sentimentales sur fond de Rock n’Roll à longueur de "Le Rock Critic est un con".
Par conséquent, pas étonnant que ce titre soit un de mes préférés. En plus, ce morceau est terrassant.
Et puis ce titre, aussi…
Et pensez bien que je suis le premier marri de ne pas avoir trouvé de video live de "Lay me low".
* Thomas, si tu peux me dire à laquelle de tes critiques (voire lesquelles) j'ai trouvé moyen de piquer cette intro, ce serait sympa: parce que je me suis rendu compte du plagiat psychique seulement à la relecture, mais depuis ça m'obsède.
C'est marrant, depuis que j'ai commencé ces tops, c'est donc la seconde fois que l'ordre alphabétique se retrouve à se recouper avec l'actualité. Bon, on verra plus tard si c'est une bonne
ou une mauvaise chose.
Quitte a reprendre une formulé éculée, j'aurais bien envie de dire que Metallica est tout à la fois le meilleur et le pire groupe du monde. La musique de Metallica a tout pour
déplaire, en ce sens qu'elle regroupe à peu près tous les clichés du Hard et du Metal: Morceaux qui s'étirent en longueur, cavalcades de batterie (Bat-te-ry!), Soli dans tous les sens qui
prennent moitié du morceau, vois rauque qui fleure bon la bière…
Je me suis longtemps demandé comment gérer le fait, que, dans le contexte actuel, les Libertines soient les suivants sur ma liste. Devais – je me justifier de les aimer ? Les
rabaisser ? Appeler à la raison ?
Led
Zep, donc. Le meilleur et pire groupe jamais créé, et, pour tout dire, le seul et unique groupe dont je reconnais l'importance, que, de plus, j'apprécie, et que , pourtant… je n'écoute jamais.
Véritablement. Pour faire cette sélection, je me suis retyrouvé à écouter leur disco pour la première fois depuis… au moins deux ans. Oh, certes, j'ai écouté Stairway to heaven, isolé, il y a
peut-être un an … Mais c'est tout.
D'ya think it's alright?