Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

***

De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

***


Here, There And Everywhere

9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 19:19

Selon une étude récente, la vie sentimentale de tout adolescent mâle né dans le dernier quart du vingtième siècle serait composée de 40 % de bons moments, 20 % de remords, 20% de regrets, et 20 % d'alcool en volume. (Etude réalisée sur un échantillon de 1 personne)

 

 

 


 

Quand j'ai choisi, dans le cadre de "Songs of the Beatles", de vous parler de "The Night Before", G.T., organisateur de cette réjouissance, m'a fait remarquer que j'étais l'un des rares à avoir sélectionné une chanson de leur "première période".

 

Je n'ai pu retenir un sourire en coin.

 

Car en effet, c'est une chanson de la seconde période des Beatles, pas de la première. Reste que je ne sais pas s'il s'agit là d'un désaccord sur les limites ou sur les périodes. J'explique.

 

Pour moi, il y a chez les Beatles, 3 (voire 3.5) périodes. La discographie des Beatles, c'est comme la vie faite musique.


D'abord il y a l'enfance. La joie, le sourire, la simplicité, la naïveté. Bien, sur, occasionnellement, quelques gros chagrins, mais rien de bien gravissime. Chez les Beatles, ça va de Love me do à A hard day's night.

Puis l'adolescence, le temps des questionnements comme le veut la formule consacrée, mais surtout le temps des remises en questions: de soi, des autres, de tout ce qui est déjà bien en place, et, bien entendu le temps des expérimentations. Chez les Beatles, cela va de Beatles for Sale (qui s'ouvre sur le fabuleux "I'm a loser") à Revolver.

Enfin, à l'âge adulte (d'ailleurs on voit qu'ils ont fini leur puberté), on sait enfin ce que l'on veut faire, et on le fait, jusqu'à l'épuisement. Chez les Beatles, ça s'ouvre avec Sgt Pepper's (enfin, disons, symboliquement, avec Strawberry fields / Penny Lane), et ça se ferme avec… Disons Abbey Road, la dernière demi-période étant dès lors "Let it be" qu'on peut considérer comme la cotisation des derniers points retraite.

 

Dans l'enfance Beatlesienne l'amour c'est cool et mignon. A l'adolescence, c'est douloureux. Une fois "adultes", les Fab Four s'autorisent à parler de cul, certes, mais les setiments restent prédominants sur l'ensemble de leur discographie. Parce que les Beatles ne sont pas "juste un autre groupe de Rock".

 

 

En effet,  s'il y a une chose plus souvent évoquée que les stupéfiants dans le monde du Rock, c'est fatalement le Sex, et parfois, mais seulement parfois, son corollaire qu'est le sentiment amoureux. En effet, dans le fabuleux monde du Rock n' Roll le sexe précède l'amour, c'est bien connu et éprouvé: Elvis pilonnait déjà l'Amérique puritaine à grands coups de bassin avant de réclamer de l'amour tendre, tout comme les Stones faisaient des trucs bizarres avec leurs pouces avant de demander à Angie de rester.

 

Ca c'est le Rock n' Roll.

 

Mais les Beatles ne font pas du Rock n' Roll, ils font de la Pop. Les Stones draguent, séduisent, envoûtent, choppent, se tapent des gonzesses, alors que les Beatles tombent bêtement amoureux.

 

C'est pour ça que, fatalement, ils sont plus à même de plaire à n'importe quel crétin acnéique. (comme celui que j'ai été, évidement, vous croyiez quand même pas que j'allais oublier de ramener ma petite existence dans l'affaire, quand même.)

 

Ben oui: on rêve d'être Mick Jagger, mais la vie fait qu'on est le plus souvent (toute velléité de génie mise à part) des Mc Cartney, voire, pour les moins chanceux d'entre nous, des Ringo.

 

Bref.

 

Qu'en est-il de ce fameux "The Night Before"? Eh bien ce n'est rien d'autre qu'une de ces anecdotes à la con de l'adolescence, ce genre de passage obligé qu'on passera une bonne partie de sa vie à regretter, ce genre de chose idiotes qui font qu'on devient ce qu'on est (ouais, l'adolescence quoi.)

 

C'est juste un lendemain de soirée. Mais de quelle soirée! Une soirée sympathique, où, au cours d'une fête (boum, party, chouille, le terme dépend de votre âge), une chose en amenant une autre, on s'est retrouvé, à sa grande joie, avec une délicieuse jeune fille dans les bras. Une fille qui nous plaisait déjà avant, mais qu'on avait pas forcément osé aborder auparavant – quoique.

Mais l'atmosphère de la soirée aidant, et peut-être un peu l'alcool aussi, on a réussi à la conquérir, certes un peu piteusement, mais on s'en réjouit. On passe la soirée sans se lâcher, on l'embrasse, on veut profiter de la grisante sensation de ses lèvres sur les siennes, s'en rendre encore plus ivre qu'on ne l'est déjà, on fait, sans s'en rendre vraiment compte (enfin pas intentionnellement disons), le tour de tous ses potes, on discute avec eux, on leur paye un coup à boire, mais avec sa conquête à ses côtés, discrètement mais ostensiblement quand même, oui c'est antinomique et alors, on se sent bien, bizarrement, ce soir là, on se sent différent, passablement joyeux, soudainement confiant en soi, sur de l'avenir, et si certains ne sont pas là pour assister à votre réussite (et s'en réjouir avec vous, parce qu'ils savent, eux, à quel point cette fille vous tient à cœur), eh bien, à la faveur d'un court éloignement de votre toute fraîche moitié, vous vous isolerez pour leur envoyer un message téléphonique – certes à des heures indues, mais votre victoire sur votre propre lose ne peut que réjouir n'importe qui, même au réveil, je sais pas, c'est tellement génial, le monde vous appartient, oui, cette fille, elle est là, là à vos côtés, et ce n'est assurément que le début d'une histoire qui sera couronnée de succès – c'est obligé.

 

Puis vous la raccompagnez chez elle. Avant de rentrer chez vous, évidement, quelle utilité de vouloir "consommer" cette union maintenant, hors de questions de passer pour un misérable goujat aviné, quelle utilité oui, vu que cette histoire ne peut que durer, et qu'on en aura l'occasion de multiples, d'innombrables fois!

 

Puis le réveil sonne.

 

On ne tient pas en place, on ne peut focaliser ses pensées sur autre chose que l'après – midi qui s'annonce, oui, à 16 h 30 précises on doit passer chez elle la saluer, on lui a promis la veille, on va la revoir, et les choses seront enfin différentes, finie la gène, la maladresse, on va pouvoir assumer enfin ses sentiments, certes sans les déclarer clairement, mais on pourra les laisser se manifester, rhaaa… vivement cet après – midi!

 

Cet après – midi, où, alors que vous rentrez dans son appartement… Elle vous fait la bise.

 

C'es cette après – midi là, durant cette entrevue précise que "The Night Before" a sa place, et prend tout son sens.

 


 

(Les paroles pour ceux qui en ont besoin:


We said our goodbyes, ah, the night before.
Love was in your eyes, ah, the night before.
Now today I find you have changed your mind.
Treat me like you did the night before.
Were you telling lies, ah, the night before?
Was I so unwise, ah, the night before?
When I held you near you were so sincere.
Treat me like you did the night before.

Last night is a night I will remember you by.
When I think of things we did it makes me wanna cry. )


 

Durant cette après – midi, celle précédent la nuit où vous vous repasserez la soirée de la veille en boucle dans votre cerveau, cherchant à comprendre le pourquoi du comment de ce changement d'avis, de ce soudain rejet, et de vous sentir à nouveau tel un moins que rien. Et d'avoir, en la recroisant plus tard, l'obligation de dissimuler son amour, plage suivante.

 

 

Il est là, le génie des Beatles. A partir de leur adolescence discographique, les Beatles n'ont de fait plus écrit de chanson d'amour. Mais un paquet de chansons sur l'amour.

 

Vous remarquerez que les chansons d'amour, en général, se divisent en deux catégories: "Tu me plais, sors avec moi", et "Tu m'as quitté, ça fait mal". Chez les Beatles, l'amour revêt (pour une fois) de multiples facettes, tout comme la conquête et la rupture. Rupture douloureuse et passive (Yesterday), violente et méchante (Run for your life), ruprure qu'on ne s'avoue pas (For no one) ou non-conquête difficile à vivre (I want you), ou simple déclaration d'amour et ode à la simplicité de cet amour (Something).

 


S'il te plait Ringo tu me regardes meilleur, merci.

 


 

Et donc, du retournement d'opinion de lendemain de soirée dans "The Night before", cette chanson qui, l'air de rien, dès ses premières notes, nous propulse au sein de cette surprise-party  qui défile, défile, et défile encore derrière nos yeux, et dont on cherche à se souvenir du moindre détail pour mettre des raisons sur ces petites souffrances mesquines.

 

Les Beatles sont des ados, les Beatles sont l'Ado. Mais surtout des génies, susceptibles de parler à tous, en ne parlant en fait que de détails et de cas particuliers.

 

Et donc capables, à la faveur d'une chanson vieille de plus de quarante ans, de relater une soirée particulière, perdue au milieu de monceaux de souvenirs brumeux d'un mois de Mars nancéien.

 

 

 

(Par contre, comme les Beatles n'ont pas écrit de chanson s'appelant "Will you please, dear get the fuck out of my heart and memory", je laisserai des punks conclure en beauté, avec la chanson qu'on qualifiera de chanson "du surlendemain.")

 

 

 



La prochaine fois : Les filles, arrêtez de nous saouler avec votre « il m’a pas rappelé », nous on a le « elle répond pas » et c’est pire. 

 

Partager cet article

commentaires

Guic' the old 16/11/2009 16:25


Non mais on est bien d'accord pour dire qu'ils le sont, au départ un groupe de Rock n' Roll, qu'ils en ont joué, qu'ils ont porté des blousons de cuir à Hambourg, que c'étaient des Teddy Boys
castagneurs avant que l'autre, là, leur fasse une "coupe à la Française ", ont repris Chuck Berry ou Little Richard, tout ça, oui, je suis d'accord.

Mais tout celà c'est leurs influences, leurs origines, c'est tout ce qu'ils ont fini par apprendre, digérer, pour créer ce qui sera le "son Beatles", le "Mersey Beat" (qui a fini par bien se
répendre en Angleterre sous la houlette de Brian Epstein", mais qui est déjà un truc à mi-chemin entre le rock et la pop, une sorte de Rock aseptisé, qui, n'en étant pas moins agréable à entendre,
fait quand même preuve de beaucoup moins de fougue, de soufre, de "méchanceté" que nont pu l'être les morceaux de "pur rock n' roll" ricain...
Voilà ce que je veux dire.

Et ce rock n' roll dilué (même si une bonne partie de la dilution a déjà été faite par Elvis "Love me tender" Presley), c'est la base de ce qui, digéré, modifié, agrémenté, sera la pop la vraie,
des Beatles adultes, mais c'est déjà de la pop pour moi. Il est a peu près autant question de musique que de ce qui environne le morceau, a commencer par les paroles. Foin de
référence sexuelles, de drague sauvage chez les Beatles du début, mais même quand ils jouent du Rock n' Roll, et les seules connotations sont... dans les reprises (Twist & Shout). Voilà, quand
je dis Rock n' Roll je parle du mouvement originel, mais du mouvement, incluant musique, certes, mais aussi les thématiques, les styles, les mentalités, les buts.


Bon reste que faire 20 commentaires sur 2 lignes... C'est à se demander pourquoi j'ai cherché à écrire un article de plus d'une page.


Etienne 16/11/2009 16:01


Si le débat se relance, je vais en remettre une couche et défendre mon opinion becs et ongles!!

Alors je suis d'accord avec tout ce que tu dis sur l'évolution des Beatles vers la pop et tout et tout ...
Pourquoi j'ai réagi sur l'histoire des Beatles et le Rock'n'Roll. Parce que tu le fais en les comparants aux Stones qui selon toi sont plus Rock'n'Roll. Dans l'attitude surement, dans la musique
j'en doute. Les Stones sonnent bien plus Blues et "Roll" moins que les Beatles. Les Beatles sont plus branchés Little Richard et Chuck Berry tandis que les Stones sont plus interessés par les
bluesman. Hormis Carol ... Et puis rien que les photos de Hambourg font qu'ils méritent le titre de groupe Rock'n'Roll.


Guic ' the old 16/11/2009 13:32


Ho putain...

Il fallait évidement lire "Rockent, certes, mais ne rollent pas des masses."


Guic ' the old 16/11/2009 12:16


Ah, et oui, précision utile G.T.: je suis en désaccord avec Etienne quand il dit que les Beatles sont un groupe de Rock n' Roll.
Le n' Roll a toute son importance, et la preuve et que la majorité des morceaux que tu cites concernant leur dernnière partie de carrière, rckent certes à mort, mais rallont pas des masses...
;-)


Guic ' the old 16/11/2009 10:08


Xavier: Oh que oui, on en a déà discuté ;-)

lou: c'est vrai que moi aussi ça m'a choqué, ce sourire radieux sur le visage de Paul quand il chante "It makes me wanna cry".... Mais bon, il l'a peut être écrite y a longtemps et peut céder à la
nostalgie sous son versant "doux" ;-)

G.T.: Concernant les images "fortes", le truc qui les sépare est juste.... L'arrêt des concerts. C'est un truc fondamental, l'arrêt des concerts,
parce que c'est justement parce qu'ils n'auront plus à chercher à interpréter leurs morceaux en live que les Beatles se permettent tant de trucs (les boucles à l'envers, des feintes de
mixage...)
Mais pourtant, quand bien même la distinction est logique (et je la comprends), ils n'ont pas non plus changé du tout au tout soudainement entre Revolver et Sgt Pepper... Tout comme les cheveux
poussent, l'évolution se fait dans le temps... Après, je suis d'accord sur le fait qu'on peut discuter sur le moment ou commence cette évolution. Mais pour moi elle est indéniable, et suffisament
longue pour constituer une période à part entière.
En gros, dnas la première période, les Beatles jouent du Rock, dans la seconde, de la pop, dans la troisième, ils sont au delà de ça,, ils font juste de la musique.

Bon, concernant "être rock"...

Bon, la distinction pop / Rock, les anglais ne la font pas trop à juste titre... Parce que le rock, c'est de la pop, mais pas l'inverse. (la pop, c'est les musiques populaires, donc ca recouvre les
Beatles au même titre que les Stones, James Brown ou Madonna).

Reste que, pour moi un morceau peut ne pas ête une bluette et rester un truc de pop (The Word, Sgt Pepper...). Et que les Beatles gardent une approche plus fine, moins bas du front que le commun
des rockers. (d'ou ma qualification de "pop".)

Enfin, bon, le fait est que tout ça part d'une phrase qui ne servait qu'à tayer vite faqit un propos qui lui est indiscutable: l'omnipresence des sentiments chez les Beatles contrairement au groupe
de Rn'R classiques, et cela ne constitue jamais que 2 paragraphes en en-tête... on va pas se formaliser. :-)

Etienne: Except FOR me and my monkey ;-)