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Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

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De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Here, There And Everywhere

23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 10:43

Sometimes, you eat the ball, and sometimes, the ball eats you

Jeff "The Dude" Lebowski

 

 « N’empèche, t’as de la chance d’avoir cette passion pour la musique, toi. Moi j’ai pas vraiment de truc qui me passionne, c’est un truc qui me manque… »

 

Combien de fois ai-je entendu cette phrase ? Et ce, pour répondre un nombré égal de fois par un « ouais… » gêné, un sourire en coin (gêné, lui aussi), et une légère inclinaison de la tête…  En tous cas, jamais en répondant la vérité. Vérité qui est : « Tu n’as pas de passion, certes. Mais tu n’as pas idée de la chance que tu as. »

Car oui, j’entretiens depuis 10 ans maintenant une passion pour la musique. Le terme passion est important. Car il faudrait éviter d’oublier, là dedans, que la passion n’est jamais chose positive. La passion est dévorante, brûlante, destructrice, entraîne au crime, mais jamais ô grand jamais on n’entendra parler de « passion soft » (si j’ose dire). La passion amoureuse se solde toujours par l’échec et la destruction. La passion musicale, au même titre, ne peut, finalement,  pas apporter grand-chose de positif.


10 ans que j’ai découvert ce fameux « disque qui a changé ma vie », et que je réécoute pour une fois que je ne saurais compter alors que je tape ces mots. 10 ans que le virage a été pris. Et donc, fatalement, cela veut dire qu’il y a dix ans j’étais totalement, foncièrement, maladivement dysfonctionnel d’un point de vue social. Il est totalement anormal que ce soit un disque  qui ait changé ma vie. J’aurais pu l’adorer, et l’écouter encore à l’heure actuelle. Mais non. Il a fallu que sa découverte me marque à tout jamais, moralement, mentalement, socialement. Il fait partie intégrante de ma personnalité, il y a 10 ans comme aujourd’hui. On pourra détailler tous les « parcours musicaux » qu’on veut, cela n’a aucun intérêt. Comme de coutume, l’arrivée n’est pas importante. Mais à l’encontre de la coutume, cette fois –ci, le trajet non plus n’a aucun intérêt. La clé, c’est le point de départ. La brisure originelle, le germe sur lequel tout a cristallisé. La façon qu’on a eu d’autoriser à un moment à la musique à « Laisser son fiel s’insinuer dans les  moindres fêlures d’un cœur fragile ».  Fallait-il que je sois, dès le départ, sacrément handicapé pour me retrouver, me reconnaître avec plus d’aisance dans le chaos musical et dans les paroles (même pas dans ma langue) que proférait un illustre inconnu de 35 ans (et chauve de surcroît) vivant à Chicago que dans tout ce qu’était à même de me dire mes amis de l’époque ? Il va sans dire qu’évidemment les choses ne se sont pas arrangées : maintenant je suis capable de me reconnaître dans les dires d’un anglais mort cinq ans avant ma naissance. Et toujours très peu dans les dires de mes semblables.

 

Les choses évidement, ne peuvent que s’empirer sous le joug de la passion. Si Romeo et Juliette sont effectivement ensemble dans l’éternité, je me permets de vous le dire quitte à casser un mythe : ils ne peuvent plus se sacquer. La passion les a dévorés jusqu’à ce que l’un ne soit plus qu’une annexe de l’autre, chose qu’il n’a pas supportée. De la même façon, au bout d’un moment, la passion de la musique finit par bouffer le passionné. Si l’on m’enlève la musique, que reste-t-il de moi, de ma personnalité ? C’est la grande question qui fait que je ne supporte quasiment plus d’entendre la petite phrase inaugurale de cet article.


10 ans de passion musicale. 10 ans de lecture assidue de livres et magazines sur le sujet, également. 10 ans d’acquisition d’infos, de connaissance, de goûts qui… ne sont peut-être même pas les miens. Oh bien sur, il y a bien des choses que j’aime et qui sont respectables. Mais le fait est là : quand le moral est en berne, ce sont des choses qu’une grande majorité des mélomanes (mélomanes dont je clame à qui veut l’entendre mon appartenance)  que je connais honnissent qui me redonne du courage. A commencer par Oasis et les Guns N’ Roses. C’est dire. Pour être honnête, j’ai atteint le point où j’ai peur qu’un jour de mal être pas comme les autres, j’entende un morceau à la radio (genre au supermarché, je n’écoute pas la radio chez moi – tiens, encore un truc qui passe pour une forme de snobisme), et me dise que c’est pas mal, voire que ce morceau parvienne à me redonner un instant le sourire, avant que l’animateur n’annonce que c’était le nouveau Coldplay. Autant vous dire que si jamais ça arrive, je ne réponds plus de rien.

 

10 ans de connaissances musicales : groupes, albums, courants, années de sortie, nom des membres, influences amont et aval... j’en retiens des trucs, au final. Quand on rencontre de nouvelles personnes, c’est impressionnant pour eux. Ils ont une sorte de respect pour ce genre de choses. On leur fait découvrir avec plaisir de nouvelles choses, accueillies plus ou moins bien, et l’on est heureux de partager sa passion. Puis le masque se craquèle, et les questions se multiplient : et si cette façon de parler sans cesse de musique n’était qu’un paravent dissimulant la totale vacuité de l’amateur ? De même, cette façon de parler alambiquée (croyez moi si vous voulez, mais en général je parle comme j’écris), cette façon d’énoncer comme des banalités des choses qui n’en sont pas, et surtout cette façon de ne s’exprimer presque que par références et citations, tout cela n’est-il pas là pour cacher que derrière, il n’y a rien ? De là vient la peur. Comme on craint les clébards quand on est sur le chemin du retour de la boucherie, on craint de parler de musique en présence de passionné, car il est impossible pour lui de ne pas y aller de son petit commentaire tantôt exalté, tantôt condescendant. L’arrivée est simple : le passionné, à vouloir faire partager sa passion, en dégoute. Et peut même à l’occasion dégouter de sa personne tout entière –  ce qui ne serait que peu étonnant, tant sa personne est sa musique.  Comme les gens qui vous répètent cent fois qu’il faut voir tel ou tel film finissent par vous ôter toute envie d’y jeter un œil. Et c’est sans compter que derrière la plus atroce des questions se pose : est-il plus grave de ne pas savoir exprimer ses pensées et sentiments, ou de savoir le faire parfaitement, mais avec les mots des autres ?


Pourtant on a coutume de dire que la musique est un exutoire. Ce n’est qu’à moitié des foutaises. Pour ceux qui en font, c’est très certainement vrai. Mais pour celui qui en écoute, la musique n’est pas un exutoire, c’est tout au plus un paravent, une déviation, une esquive. La musique peut, on s’en convainc, aider à traverser de mauvaises  passes. Mais non. Elle permet d’oublier, d’éloigner le moment désagréable où la réalité va reprendre le dessus. La musique révèle les sentiments de celui qui la fait, mais anesthésie ceux de celui qui l’écoute, et qui se retrouve tour à tour triste, goguenard ou plein d’espoir selon les aléas et le bon  vouloir du musicien. Et c’est ainsi que, privée de ses sentiments, la personnalité se meurt pour laisser place à l’encyclopédie des sentiments des autres, au cliché ambulant du Rock critic.


Prenons notre exemple préféré : Tonton Philippe. Faites en une description rapide, et regardez. Je vous parie ce que vous voulez que dans les cinq premiers mots, on trouvera Ray-Ban, Perfecto, Rolling Stones. Et qu’aucun des cinq mots ne portera sur qui il est vraiment, mais uniquement sur sa dégaine et ses goûts. En voilà un qui a été bouffé par la passion. Oh, certes, certains réussiront à gagner au jeu de la passion la plus dévorante, et à finalement bouffer la musique plutôt que de se faire bouffer par elle. Malheureusement, je ne me sens ni le courage, ni la force, ni le talent de m’approprier cette partenaire par trop exigeante.  Oui, m’approprier. Car c’est là la clé de mon échec. Ma passion, mon accumulation de connaissances n’ont jamais débouché que sur elles-mêmes. A l’heure actuelle, je sais plus que je n’ai vécu. Et c’est peut-être le moment d’inverser la tendance, et d’enfin devenir plus que ma discothèque. Car même des milliers de CDs (bon, j’en suis seulement à quelques centaines) ne remplaceront jamais une personne.

 

On lit parfois que « la passion s’éteint ». Ce qu’on ne précise jamais, c’est que c’est uniquement faute de combustible. Et dix ans après, il est peut-être temps d’arrêter d’être « your lover, your zero », et de nettoyer le miroir pour à nouveau affronter son reflet.

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Published by Guic ' the old - dans Le Rock-Critic est un con
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commentaires

weed 03/10/2010 18:54



Superbe texte, ça me ressemble trop j'ai flippé en le lisant. Sinon dommage pour la phrase soi disant pas assez explicite "décider de choisir la BO en fonction du film, et non plus ecrire
le scénario sur la BO d'enfer qu'on a préparé à l'avance" car elle illustre parfaitement mes pensées.



Thibault 20/09/2010 14:12



Oui, enfin, quand tu lis les textes de Street Fighting Man, c'est tout de même d'une ironie féroce, c'est du foutage de gueule en règle des insurrections !


Pour moi la conscience sociale des Stones s'exprime bien plus sur Salt of the Earth.



Guic' the old 20/09/2010 14:07



Quand même.... Avec Street Fighting Man, même si les Stones ne prônent pas la révolution, ils ont le mérite de parler de ce qui se passe à côté. Contrairement aux Kinks  qui se
recentrent sur leur "Village Green", au Beatles qui appellent au calme sur Revolution, aux Wo absents en cette année 68 et à Led Zep pas encore tout à fait formé.... Les Stones, eux, peu importe
ce qu'ils veulent, parlent du monde tel qu'il est - en l'absence de Bob D. Excusé pour cause d'accident de moto.


Peu importe la raison, ilos deviennent quand même un symbole marquant avec ce coup là!


Stooges vs. groupe pas connu: des fois c'est quand même l'effet inverse, un album qu'on aurait encensé venant de n'importe quel inconnu, on le trouve moins bien parce qu'il est signé d'un
grand nom (le denrier Radiohead, par ex.) En fait, on parle tout le temps de ne juger que sur la musique, mais on y arrive jamais.


Concernant des bons blogs - les liens sont dans la colonne de gauche, sers toi.



Thibault 20/09/2010 12:04



Bien sur, connaitre le contexte, une scène, la culture autour, tout cela sert évidemment, je ne dis pas le contraire. Seulement il faut savoir peser les faits, s'interroger sur eux... cela va de
paire avec les mythes pour moi. Un exemple tout con meilleur qu'une longue théorie.


Oui Mick Jagger et les Stones sont un véritable mythe du passé. Cependant, tu tombes sur la chanson Street Fighting Man, et là l'histoire "courante" te raconte "ah oui, c'est la chanson
politique et révolutionnaire des Stones, écrite durant mai 68, etc etc". Tu peux t'en arrêter là, mais quand on me dit ça je me dis "hein ? révolutionnaire, politique ? attends, c'est pas
cohérent, tout le reste de l'album est baigné d'ironie et de tentatives poétiques, ils sont en pleine phase wannabe-dandy, le refrain même dit que la seule chose qu'ils puissent faire c'est être
un groupe de rock'n'roll"... Souvent on te rétorque "ouais mais leur manière d'être révolutionnaire, c'est de faire du rock'n'roll !" et là tu dis "bah non, Jagger déclare deux mois plus tard que
le rock n'est pas politique, ils ont joué cette chanson sur scène pendant des années entières, enfin, quelle crédibilité ils auraient eu à faire semblant d'être engagés en jouant dans tous les
stades du monde depuis les 80's ?"


Et lorsque tu cherches l'explication, tu en arrives à te dire qu'en fait, le public voulait un engagement des Stones en 68, parce que contre culture, mouvements sociaux, tout ça, et que les gens
cherchaient des leaders et attendaient des positionnements forts de leurs idôles, quitte à faire des contresens énormes (sans dec', si Street Fighting Man était une chanson révolutionnaire,
Jagger ne la chanterait pas fringué avec des rubans en shakant du booty devant les projecteurs ! ce serait vraiment le sommet du guignolesque !) Et avec le temps, comme toute cette contre culture
est devenue une culture, et un bon moyen de se faire du fric, (genre Télérama qui vient de sortir une collection les "légendes du rock"), presque personne ne se pose de question à ce sujet.


Et en plus, comme tu le dis, un mauvais album des Stooges sera traité avec beaucoup plus d'indulgence qu'un album moyen d'inconnus qui font la même chose.


PS : pour les blogs de qualité n'hésite pas à faire tourner, je cherche et fouille et souvent avec la même déception !



Guic' the old 20/09/2010 10:07



Jul: Merci beaucoup.


 


Alf: parler de la musique qui sous-tend ta vie c'était encore plus impudique que de parler de sa vie sexuelle ou qq chose ds le
genre...


Je vois tout à fait ce que tu veux dire, et c'est pourquoi des fois, je réagis très mal aux réactions que j'obtiens à certains articles que je publie, sans que ce soit compréhensible.Des
fois, les deux sont tellement liés, que j'ai l'impression d'avoir livré tout un pan de mon existence en parlant de musique et du contexte... Sauf qu'en face, le lecteur ne le sait pas, et n'a pas
besoin de le savoir... Des fois, c'est juste des petites touches, et personne le grille, sauf moi... Mais ca suffit pour que je sois à mort sur la défensive derrière. Genre ce texte-ci je me sens
mieux de le défendre et d'en parler maintenant, 6 mois après, bien loin de l'état d'esprit dans lequel j'étais quand je l'ai écrit.


 


Thibault: Tout d'abord, merci de ta visite, et, tu vois, ne dénigre pas ainsi la blogosphère on y toruve des trucs bien (et je suis un
padawan , je te jusre, tu peux trouver mille fois mieux que ce texte.)


Concernant l'abondance de culture "autour" du disque, je pense que c'est u indispensable, pour éviter les contresens, et pouvoir livrer une vision, certes personnelle, mais crédible,
valable, justifiable. Pas la peine de recopier le dossier de presse ou l'article Wikipedia, mais en savoir un peu, et offrir ces connaissances comme base me parait parfois indispensable.


 


Le cathéchisme rock-critic comme tu dis, est en partie valable (attends, Iggy parrain du punk, c'est juste indiscutable - Relis please Kill Me si tu pense le contraire: tous les punks
étaient de grands admirateurs d'Iggy au départ)


 


Pour moi le véritable problème de la culture rock est qu'elle prétend être un endroit de passions, d'échange, d'épanouissement alors qu'elle tourne en rond depuis des siècles, croule
sous le poids de ses mythes en carton pâte et de ses concepts débiles.


Tu te feras pas lapider ici pour cette phrase, parce que bon, j'ai le recul nécessaire pour voir à quel point elle est juste. Mais les mythes ont des raisons d'être, il faut juste savoir
les déboulonner au moment juste: Mick Jagger, Iggy pour ne prendre que les plus "clichesques", sont de grands mythes... du passé. Mais il faudrait cesser de juger leurs oeuvres actuelles en leur
offrant le bénéfice du doute eu égard à ce qu'ils ont fait il y a 30 ans, en disant que c'est quand même [... nom de ton choix [...], surtout qu'on assiste à l'inverse: des groupes qui ont jamais
fait chier personne qui s'en prennent plein la gueule parce que, justement, il n'ont jamais été mythiques, juste bons. 


 


Et ton dernier paragraphe de m'halluciner: moi aussi j'ai découvert le rock à 15 / 16 ans... Mais maintenant je suis quand même plus vieux que toi (et je l'étais déjà quand j'ai écroit
l'article, et, sans te souhaiter malheur, je crains que la lassitude... tu n'aies à la découvrir par l'avenir :-/)


Merci pour les encourragements.