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Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

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De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Here, There And Everywhere

12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 14:20

http://3.bp.blogspot.com/_Uxg-z1DnraA/TEg8A3GNiaI/AAAAAAAAEMk/Hyaa1dVWxIE/s1600/OlympusinReverse.jpgDes fois, je prends ma guitare, et je gratte quelques accords. Parfois, c'est même "pas mal" je trouve. Et Dieu sait que je suis exigeant vis-à-vis de moi-même. Quoique, d'un point de vue musical, je fais preuve d'un peu plus de tolérance vis-à-vis de moi-même: je sais que je ne suis pas vraiment doué.

Pourtant, je m'acharne, car j'ai un rêve. Écrire une chanson. Rien qu'une. Ma vie quotidienne n'a rien de bien artistique, j'ai depuis longtemps laissé tomber toute idée de faire de ma prose une œuvre quelconque (je sais ce que c'est que ressentir le besoin d'écrire, mais suis totalement dépourvu d'imagination – c'est pour ça que j'écris sur la musique), je n'ai que peu de talents de compositeur, et en tant que dessinateur, n'en parlons pas (j'ai cependant un certain talent pour gribouiller des cubes en perspective cavalière – l'influence de ma formation scientifique, sans doute.)

Pourtant, dans un coin de ma tête, j'ai envie d'écrire une chanson. Simple. Belle, évidement. Émouvante, si j'y arrive. Évidement, ce sera ma chanson à moi, et personne ne l'entendra sûrement jamais – je suis incapable de chanter et de gratter en même temps. Pas compliquée comme chanson: 3, peut-être 4 accords. Couplet, Refrain, Couplet, Refrain, peut être un pont, Refrain Couplet Refrain Refrain Refrain ad lib.

Mais bon. Déjà, il faudrait sélectionner avec soin les accords, puis le tempo, la rythmique. Et surtout écrire des paroles. En anglais les paroles. Les écrire en français me paraît irréalisable.

Dans un coin de ma tête (il s'en passe des choses, dans ce fameux coin), je sais déjà à quoi je voudrais que ressemble ma chanson. Enfin, je ne veux pas que ça y ressemble (non, le plagiat, très peu pour moi), mais c'est une sorte de Graal, inaccessible, sorte de perfection lointaine que j'aimerai effleurer. Je voudrais que ma chanson exprime ne serait-ce qu'un millième des émotions qui me traversent quand j'écoute ce titre. Say Yes, d'Elliott Smith. Car oui, ma chanson sera une ballade. C'est tout ce que j'en sais.

 

 

Sachant cela, il vous est aisé de comprendre pourquoi j'adore autant que je déteste le travail d'Ernesto Violin. A chaque album, c'est la même difficile confirmation: Ernesto a du talent, un sens mélodique fascinant, et en plus c'est un bon parolier. Je hais ce mec, mais je l'admire. Même quand une de ses nouvelles chansons nous déçoit un peu, c'est malheureusement pour de bien mauvaises raisons. En général, c'est qu'on se dit qu'écrire celle-là, pour lui, ça a du être trop facile. Et vu que ça fait quatre ans que je lutte sur le simple espoir d'écrire une chanson, ben moi ça m'énerve.

 

D'autant plus que ce garçon est plus jeune que moi – mais on ne saurait lui en tenir rigueur. A mon âge actuel, Bowie avait déjà sorti Hunky Dory, McCartney déjà écrit Yesterday, et Ian Curtis s'était déjà pendu.

 Pourtant, en découvrant ce (déjà!) cinquième album, Olympus in Reverse, j'ai cru que mes griefs allaient se calmer; Les deux premiers titres sont déroutants - pour celui qui n'a pas fait attention dans les albums précédents. Il s'y exprime une rage déjà présente auparavant, mais ici elle s'exprime dans la composition, et non plus seulement dans l'interprétation. Et quand la rage se dissipe c'est l'amertume qui l'emporte: le texte de "I wanna marry you" ne laisse aucun doute à ce sujet. Dans cette chanson smithienne en diable (doublement smithienne même: une mélodie digne d'Elliott, un texte digne de The.), (enfin je trouve) et sous des airs faussement guillerets, on  aconfirmaton, sur le papier (à musique) qu'on est pas seul à trouver que notre époque pue. Cette chanson, que je n'aimais pas plus que ça à la première écoute, (soit donc avant de me pencher sur les paroles - erreur classique) est finalement la plus emblématique du malaise qui traverse Ernesto – et l'auditeur: même dans les meilleurs moments, il y a un truc qui déconne quand même, et le bonheur de se faire de plus en plus illusoire. Après l'épiphanie spirituelle et sentimentale de Welfare Heart, ça fait sévèrement mal. Olympus in Reverse, en effet. Downfall from Olympus. Zeus Got a Huge Hangover.

 

Non content de faire des chansons qui me plaisent, il arrive maintenant à faire des chansons que j'admire: je l'ai déjà dit, je hais ce type. Mais aussi  je l'admire.

 

Mais s'il faut vraiment être honnête, avouons que la fin de cet album, bien que réussie, je ne l'écoute quasiment jamais. Si d'aventure cet album sortait en vinyle, nul doute qu'il ne quitterait que rarement la platine, mais aucun doute non plus quant au fait que ce serait la face A qui tournerait dans 95% des cas*.Il y a sur cet album une sorte de scission (au moment du solo de guitare final d'Olympus) qui sépare les cinq premiers titres  des quatre derniers. Et si tout est bon, c'est tout de même la première partie qui s'avère la plus fascinante.

 

Sur ce début d'album, ça joue pas mal du xylophone, mais surtout… Ca grogne, ça distord, ça fuzze, et jamais ça ne dissone. Pas besoin: l'agression est déjà suffisamment forte pour ne pas jouer de cet effet. Un très bon ami m'a dit un jour: "Bowie, le truc, c'est qu'il a un sens mélodique inné tellement puissant, qu'au bout de dix ans de carrière il s'est senti obligé de passer son temps à dissoner". Par contre il ne m'a pas dit si, selon lui, Bowie voulait s'excuser de son talent ou que sa musique reste un défi.

On pourrait croire qu'après quatre albums sur la voie de la mélodie parfaite (et c'est vrai qu'on peut se demander comment dépasser, sur le plan mélodique, un "Flavor of Love" ou un "Make me believe in Santa again", enfin moi je me le demande), Ernesto ait subit la même crise mélodique, pour des raisons qui lui appartiennent. Sauf qu'ici, Ernesto ne franchit pas les limites de la mélodie. Il joue avec, frôle les bords, le tout au service d'une rage de moins en moins contenue (Victoria Falls) et d'un désespoir que même l'amour ne parvient plus à éviter (Chinatown's Blues)

 

"Are you happy with the life you live?" C'est ainsi qu'Ernesto nous cueille à l'orée de l'album (The Kidney Sweeper, meilleure métaphore 2010). Nous accueille? Nous agresse? On ne saurait le dire. Nous parle-t-il, se parle-t-il à lui-même, voire à son double maléfique et alcoolique? On ne le sait pas plus. Ernesto se joue de la narration comme des règles de composition, il connaît sa place: à cheval sur cette frontière qu'il n'a aucune envie de détruire. "Les règles sont faites pour être brisées", tout le monde le sait. C'est donc choisir la facilité que de le faire.

Alors, plutôt que de creuser les murs pour s'échapper comme le premier venu aurait envie de le faire, il tambourine dessus, se fracasse le crâne contre les parois d'une cellule dont on sait de moins en moins si elle est celle d'un moine ou d'un dément. Et ainsi, l'hypothèse qu'il s'échappe est encore plus effrayante que ne le paraîtrait sa liberté effective. Les pistes sont brouillées, on ignore s'il est un génie ou un fou. On ne sait si l'on doit l'admirer ou le détester. On sait juste qu'on se doit de prévenir le maximum de personnes de son existence. Et, pour la seconde fois cette année**, on remet à plus tard l'instant d'écrire une chanson à soi, pour prendre une grande leçon de talent auprès d'Ernesto, et la plume pour propager sa bonne (mais triste) parole. Et c'est avec plaisir qu'on ira le voir précher dans le rade le plus proche, si d'aventure il rejoue en un lieu accessible à nos oreilles.

 

Vous connaissez maintenant le mécanisme: Vous allez sur le  VIOL's Boat me télécharger ça, c'est gratuit, et c'est du très bon, n'hésitez pas à faire circuler la bonne nouvelle du retour d'Ernesto.

 

 

Ce qu'en pensent Thomas Sinaeve, et Benjamin F.

 

 

 

* C'est d'ailleurs le cas de beaucoup de disques chez moi: le Premier Roxy Music, Master of Puppets de Metallica, Figure 8 (Encore plus pervers, c'est la face A du Disque 1), Love it to Death (Alice Cooper)… Pour ce que j'ai en vinyle.


** En 2010, époque ou l'on s'est habitué à attendre 3 ans pour qu'un artiste qu'on aime sorte un album décevant, une telle productivité, a fortiori une telle productivité de qualité n'est-elle pas de la dernière indécence? Dans les années 60 ça passerait, mais de nos jours… (Nous aborderons le sujet  "Ernesto Violin, anachronisme ou intemporalité ?" lors d'un autre séminaire)

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commentaires

Xavier 18/10/2010 18:05



en parlant de bière, tu n'appelles plus tonton Xav quand tu viens à Lyon? t'as mieux à faire ;)



Christophe 18/10/2010 13:56



J'adooooore !


"A mon âge actuel, Bowie avait déjà sorti Hunky Dory, McCartney déjà écrit Yesterday, et Ian Curtis s'était déjà pendu."



arbobo 17/10/2010 16:01



ben pour le côté psy, c'est toi qui a un mode d'écriture très introspectif, j'écris pas tes billets ^^


et pour l'âge le smiley est de rigueur, si je cite cat power, c'est justement parce qu'on n'a que 2 ans d'écart, pas 15 :-)


sur l'album, tu sais que ce n'est pas un style auquel j'adhère à 100%, mais, et ça te surprendra peut-être, je me demande si ce n'est pas cet album qui me plait le plus, enfin parmi ceux que je
connais (les 3 derniers).



Guic' the old 17/10/2010 14:27



arbobo: "Je veux pas jouer le psy"... ouais ouais... c'est pas la premiere fois que je te surprends à tenter de telles introspections sur ma psyché, hein... Je te demanderais juste, la prochaine
fois, d'éviter de sortir des "à vos âges" que je toruve un brin condescendants ;-)


Pourtant, y a pas à se torturer, le principe est juste que J'ai envie d'écrire, un jour, une chanson. Point. Pour me prouver que je suis capable de faire autre chose que de mauvaises reprise sà
la guitare, et capable d'écrire autre choses que les piteux vers que je grattais en terminale. 'est pas plus compliqué. Après, oui, Ernesto a mon âge, donc ca me surprends qu'il soit à ce point
doué, a fortiori dans ce domaine "folk", dans ce domaine d'émotions. Alex Turner a le même age, et ca me marque moins, parce qu'il fat du rock qui envoie, par exemple.


Elliott Smith à mon age, c'était encore la période Heatmiser... Pas ce qu'il a fait de mieux. Linkhous, je suis pas vriament fan, désolé t'as du me confondre avec Ska ou Xavier (ce qui est pour
moi un honneur :-) )


Après, pourquoi focaliser sur Ernesto ces névroses personnelles. Déjà parce que j'estime qu'Ernesto mérite, de ma part, un peu plus qu'une banale critique de disque. Ce à quoi je risque de devoir
me remettre sous peu, vu qu'à part klak tout le monde s'en fout que les 2 tiers de l'article parlent d'Olympus in Reverse.


Ensuite, parce qu'après m'être penché sur certains morceaux d'Ernesto, j'ai finalement été fasciné par leur simplicité dans la composition. Pour des titres pourtant grandioses, estrêmen,et bien
gaulés. Que Elliott Smith, par exemple, et ce encore plus sur mes préférées, c'est quand même complexe. très bien mùaitrisé, mais complexe.


Voilà pourquoi. Et parce que pour moi c'est ça le vrai génie, le vrai talent: magnifier la simplicité par l'inspiration.



diane cairn 15/10/2010 15:52



on s'est mal compris, je voulais juste que hank a reussi un morceau qui tient la route avec 2 accords et les pumpkins une bombe avec 6 alors je me dis qu'avec 4 accords tu pourrais nous pondre
qqch de très bien (sans oublier le knocking on heavens et ses 3 accords adlib mais celui je peus plus l'écouter)


a plouche