Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

***

De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

***


Here, There And Everywhere

20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 11:19

 

 

 

 

http://img.listal.com/image/585513/600full-the-smiths.jpg-         Mais pourquoi t'écoutes ça?

-         De quoi?

-         Pourquoi t'écoutes ça?

-         Ben, je sais pas… parce que j'aime bien… Généralement, quand j'écoute un truc, c'est que je l'aime bien, en fait. Pas un scoop non plus, quand même.

-         Oui, mais enfin, pourquoi celui-là en particulier? Y a plein de trucs que t'écoutes moins, alors que tu les aimes bien quand même. Enfin, tu dis que t'aimes bien.

-         Genre ?

-         Genre les Beatles. En dehors de tes sessions Rock Band Beatles, t'écoutes quand même pas souvent les Beatles, tiens. Alors que, merde, t'en as un album en 3 exemplaires, pourtant.

-         Alors, déjà, j'aime effectivement les Beatles, d'amour, et je t'interdis d'en douter (j'ai bien senti le sarcasme dans ton "tu dis que tu aimes", attention), et en plus, c'est 4 fois que je l'ai, si tu comptes le CD gravé que j'en ai eu quand j'avais 19 ans.

-         Ouais, peut-être, n'empêche, tu l'écoutes jamais.

-         Oui, mais tu sais, Sgt Pepper's, moi…

-         Enfin bon, même les autres, tu les écoutes jamais!

-         Mais tu préfèrerais que j'écoute les Beatles?

-         Non, pas forcément, c'est juste que je ne comprends pas pourquoi tu ne les écoutes jamais, alors que si on te demande ce que t'aimes comme musique, ils sortiront dans les trois premiers à coup sur.

-         Ben, je sais pas, j'ai un peu l'impression d'en avoir fait… non, pas d'en avoir fait le tour, mais je connais quasiment tous les trucs que j'aime dessus par cœur maintenant, tu vois…

-         Parce que ça, par exemple tu connais pas par cœur, tu vas me dire.

-         Si, mais c'est pas pareil.

-         … Et je pourrais savoir en quoi c'est pas pareil?

-         C'est pas pareil, c'est tout. Ca me parle. Voilà. Ca me parle vachement plus que les Beatles.

-         Parce que les Beatles ça te parle pas?

-         Si, bien sur, mais… pas à moi. Les Beatles, ça parle à tout le monde. Tout le monde aime les Beatles, et  'est normal, parce que les Beatles sont grands. Alors, oui, bien sur, les Beatles me parlent, mais à moi comme à d'autres... Que là, non. Morrissey, quand il me dit "You just haven't earned it yet, baby", "You" et "Baby", c'est moi.

-         N'empêche que tu connais par cœur quand même. Et puis, franchement, j'ai envie de te dire, quand même, tes Smiths t'en fais le tour beaucoup plus vite que les Beatles.

-         Attention à ce que tu dis toi…

-         … Non, mais c'est vrai, en plus c'est super daté, ça pue les années 80, le chanteur passe son temps à se lamenter…

-         Ca va les clichés, là?

-         Attends, tu sais très bien que dans les clichés, y a parfois un peu de vrai. T'as traîné avec des métalleux et des punks je te rappellerai.

-         Peut-être, mais là, non: c'est pas daté, c'est d'époque. Ca ne pue pas les années 80, tu oublies que les années 80 nous ont offert plein de trucs bien: Joy Division, Back in Black

-         … 1980 quoi.

-         Mais laisse moi finir! Les Guns N' Roses, les Pixies,

-         Ouais ouais, Nirvana, aussi, Pearl Jam, en gros, le "cadeau" des années 80, c'est les années 90? Non, mais vraiment, un truc des années 80, en pop (je me méfies, tu vas me sortir Metallica)…

-         Tu me connais bien …

-         Donc, en pop, du milieu des années 80, valable.

-         … Moi? (Plus milieu des années 80, tu peux pas, remarque).

-         Tu vois? T'as rien. D'ailleurs, ils le disent tous, les Smiths, meilleur groupe de pop des années 80. Si ça c'est le meilleur, franchement, faut pas s'étonner que les années 80 aient mauvaise presse.

-         Ouais, mais non. Le truc c'est que… tu vois: "Les Smiths meilleur groupe des années 80", ça a beau être vrai, il faudrait pas le dire. Parce que la conséquence directe, c'est que les élitistes du rock de tout poil vont les écouter juste pour vérifier si c'est vrai. Et trouver que cette réputation est usurpée. Les Smiths, tu ne dois surtout pas les écouter parce que c'est le plus grand groupe des années 80. C'est sûrement la pire raison de le faire – je le sais, c'est pour ça que je les ai écoutés la première fois, m'attendant à recevoir la même claque qu'avec les autres "plus grands groupes de décennie": Radiohead, Beatles, Clash… Et je peux te jurer que cette claque là, c'est pas avec les Smiths que tu l'auras.

-         Mais ta "claque", c'est pas la raison pour laquelle t'écoutes tant de trucs, dans le but de te la prendre?

-         Si, ouais, bon, certes,…

-         Aha!

-         Non mais c'est pas pareil. Les Smiths, un jour, ça te tombe sur le coin de la gueule, mais c'est pas une claque. Plutôt une caresse dont tu sais pas d'où elle vient ni pourquoi tu y as droit. Un jour pas fait comme un autre, tu te retrouves à écouter les Smiths, et à ce que, comme je te disais, Morrissey te parle. D'un coup t'as l'impression qu'il détient les clés pour t'aider à comprendre les clés de ta vie, ou, à défaut, t'aider à supporter les mauvais moments, avec humour, ironie…

-         …pleurnicheries…

-         Non, non, non! Le coup de "Morrissey la pleureuse", ça va cinq minutes, merde. Tu vois pas que quand il se lamente, c'est bien évidement au second degré?

-         Non, non, non! Tu vas pas me faire le coup du second degré. C'est quand même ton argument fétiche dès que tu dis une connerie.

-         Ouais, mais là non. Tiens, écoute celle là:

 

 

 

 

 

-         Tu vas quand même pas me dire qu'on peut prendre cette façon de chanter, ces paroles au sérieux? C'est ultra-cabotin, à la limite du ridicule. Mais je te cacherai pas que ce genre de trucs m'a pas sauté aux yeux la première fois: il a fallu que je vieillisse un peu pour m'en rendre compte. Si tu prends juste la musique, c'est sympa, mais pas le plus important. Si tu prends les paroles, premier degré d'ironie, dû au décalage entre la joie de la musique et la tristesse du propos. C'est marrant un temps, mais bon, si tu veux te lamenter sur ton sort, il y a assez d'autres trucs pour pas écouter les Smiths…

-         Tu m'étonnes...

-         Mais laisse moi finir: le moment important, c'est le moment où tu réalises ce qu'il en est vraiment de la voix. Tellement maniérée, tellement grandiloquente et finalement grotesque, que tu comprends qu'en fait, il ne fait rien d'autre que se foutre totalement de la gueule … ben du narrateur de la chanson, à savoir lui-même. En plus, tu te sens un brin con parce que rien qu'en réfléchissant aux paroles, t'aurais du le deviner:

I want the one I can't have and it's driving me mad…

OK, à la rigueur, tu peux dire ça, ou tout du moins le penser (c'est justement le fait que, quand tu es dans une telle situation, tu n'oses en parler à personne qui te rend malade…). Mais par contre, le "It's written all over my face" qui vient derrière, quand bien même oui, effectivement, ça se voit sans gamberger plus de 10 secondes en général, tu es bien le dernier à en avoir conscience. Jamais, ô grand jamais, si tu es dans une telle situation, tu n'es foutu de dire ou même de penser que ça se voit, cet amour que tu tentes tant bien que mal de dissimuler pour sauver les apparences, et pour paraître sain d'esprit.Et là t'as compris le propos de la chanson, d'un coup. C'est une parodie de chanson larmoyante, justement, un pastiche d'auto lamentation.

-         Ouais, mais ton explication, là, elle marche sur ce titre là. Y en a quand même plein où ça s'appliquera pas.Genre "I know it's over". Tu vas pas me dire que c'est fin, distancié, tout ça. OK, elle est belle, mais ça reste de la bonne vieille lamentation option "Allo maman bobo".

-         … Celle-là c'est pas pareil.

-         Comment ça?

-         Celle-là, c'est pas pareil. Déjà parce que c'est la chanson de la "révélation". Si j'aime ce groupe à ce point là, c'est aussi, au même titre que pour la plupart des groupes que j'apprécie vraiment, à un moment, il y a eu une chanson d'eux que j'ai écoutée jusqu'à n'en plus finir, dans des circonstances particulières, qui font qu'elle est ce qu'elle est à mes yeux. Comme quand je parlais de " The Night Before". C'est une chanson déjà bien, en soi, mais pas seulement. Et celle là, c'est même pas une question de second degré, c'est une question de circonstances qui fait que je lui donne une signification qui n'est pas la signification qu'y verrait un quelconque quidam en l'entendant la première fois, même en ayant les paroles sous les yeux et une notion aiguë du second degré.

-         Donc pour toi c'est pas une banale chanson de rupture.

-         En effet. Pire que ça.

-         Une chanson de deuil? De râteau? Attends, ça reste une chanson d'amour quand même.

-         Oui, mais c'est une chanson de non-râteau.

-         De non- râteau? C'est quoi encore ces conneries?

-         Ah ça, t'inquiètes que je dois être le seul à la voir comme ça. Pour moi, "I know it's over" ce n'est pas "je sais que c'est fini", mais "je sais que c'est foutu", ce qui, je te l'accorde, fais appel à une définition extrêmement française de "over". Pour moi, c'est pas une chanson que t'écoutes après une rupture. Pour moi, c'est une chanson que t'écoutes quand tu sais que cette personne là en particulier, tu as grillé toutes tes chances avec elle, et que ça ne se fera jamais, non pas parce que tu as essuyé un refus, mais parce que, de toi-même, tu prends conscience que … ça mènerai nulle part, de toutes façons. Et qu'accessoirement, c'est toi le responsable. Regarde:

 

 

 


"And as I climb into an empty bed
Oh well. Enough said.
I know it's over - still I cling
I don't know where else I can go"


Son lit est vide, mais il te dit pas qu'il est "vide à nouveau", t'en sais rien, et le "Enough said", c'est peut-être là pour marquer la lassitude, une sorte de ras-le-bol face à sa propre solitude… "I don't know where else I can go", c'est ce sentiment que tu subis, cette forme de profond désespoir qui t'assaille quand tu réalises que, finalement… tu n'éprouves de sentiment amoureux pour personne, tu es bien incapable de savoir sur qui jeter ton dévolu… Et la seule qui serait susceptible de t'inspirer ce genre de sentiments, tu sais que… "non, vaut mieux pas". Et ça c'est encore pire que d'aimer quelqu'un qui ne t'aime pas.

- Euh… ouais. T'es sur que là t'en fais pas un peu trop dans le second degré, la surinterprétation et la distanciation?

-         Mais la distanciation elle est partout, c'est ça qui est beau, c'est fin, un peu malsain aussi parfois, parce que bon, les Smiths arrivent à me faire danser sur des paroles qui parlent d'enfants maltraités.


 

-         Mais tu danses pas, là, pourtant.

-         Jamais en public. Et en public ça commence quand il y a une personne qui n'est pas moi, alors…

-         Ouais, bon, bref. Apprécier l'ironie des paroles, faudrait déjà apprécier les paroles. Putain, mais vanter les paroles d'une chanson, d'habitude, c'est pas ton argument auprès des non anglophiles pour leur faire croire qu'ils sont incapables d'apprécier un truc, quand ils trouvent que la musique est à chier?

-         Tu vas dire du mal de Dylan, là, c'est ça, non? Parce que ça passerai pas. Et surtout, là, les paroles sont d'une incroyable finesse. Elles sont pas juste bien, elles sont splendides. Je te rappellerai qu'une des références majeures de Morrissey c'est Oscar Wilde. C'est pas pour rien, au final, que les paroles regorgent d'aphorismes extraordinaires, et qu'on peut encore trouver intelligents passé 20 ans! "There's more in life than books you know, but not much more". "There is a brighter side to life and I know it because I've seen it, but not very often" (Franchement, celle - là a l'honnêteté pour elle, par rapport à tous les "Life sucks" que nous offriraient des dépressif de bastringue, non?) "Why do I smile At people who I'd much rather kick in the eye ? "… Il y a même des réparties fascinantes à l'intérieur même de ses chansons, genre "She said "eh, I know you and you cannot sing" I said "that's nothing you should hear me play piano"".  Je te cacherai pas que pour moi… Morrissey, eu égard à l'époque, c'est un peu l'équivalent anglais de Desproges: un mec capable d'écrire des trucs déments, mais dont on retient surtout des petites phrases qui claquent direct à l'oreille.

-         Je crois que c'est la comparaison la plus miteuse que je t'ai jamais entendu faire. Pourtant, c'est ton habitude, la comparaison pourrie.

-         Peut-être, mais celle là j'y tiens. Tu veux une autre théorie à la con?

-         Vas-y, on peut toujours se marrer…

-         Morrissey, pour moi… C'est Albion. C'est pour ça que certains le révèrent et d'autres le détestent. De la même manière que les Monty Python, soit tu les adules, soit tu trouves ça trop con.  Parce que Morrissey, de par son raffinement, son humour pince-sans-rire, sa distinction et sa diction parfaite (franchement, les Smiths tu peux comprendre la majorité des paroles sans même jeter un œil au livret) c'est totalement l'image que je me fais de l'Angleterre. Une image fantasmée, si tu veux, je sais bien que tous les anglais ne sont pas comme ça, mais bon. C'est "l'Anglais" du cliché. Plus que n'importe quelle autre rockstar. Plus même que le Prince Charles.

-         Attends, on parle des Smiths, ou de Morrissey bordel?

-         Des deux en fait, vu que ça reviendrait presque au même. Morrissey, c'est l'image, un peu la tête pensante du truc, après, c'est vrai que ce qu'il a fait avec les Smiths reste 2 tons au-dessus de ce qu'il a fait en solo. A croire qu'en fait la musique est un peu plus importante que je ne te le laisse entendre, en fait. Tu m'excuseras de me contredire, mais c'est juste qu' en fait, me dire que les gens qui n'écoutent pas les paroles, les Smiths, ça leur passe totalement au-dessus, c'est une pensée que j'aime, j'ai l'impression de… les "mériter", eu égard à mon obsession pour les lyrics.

-         Eh ben. Ca m'avance vachement si tu commences à te contredire tout seul. Enfin bon, j'arrive toujours pas à comprendre pourquoi t'écoutes plutôt ça qu'autre chose.

-         Ah ça… Les Smiths… Tu les as  tout simplement pas encore mérités. Il faudrait souffrir et pleurer un peu plus longtemps, pour ça…

 


 


Partager cet article

Published by Guic ' the old - dans Why Bother
commenter cet article

commentaires

diane cairn 22/09/2010 11:55



C'est vrai qu'en réécoutant TWP 20 ans après ça a très mal vieilli, bon à part ça dans ma CIM je rajouterais groupe respecté qui vous a tjrs laissé indifférent: The Smith. Mais je suis pas très
pop anglaise non plus. Mais l'éclairage sur ces textes est intéressant.



Guic' the old 21/09/2010 14:09



Moi j'ai rien dit sur Margaret... Ne serait-ce que parce qu'à part son sujet, je me rappelle plus trop bien de ce titre.


 


Concernant l'ironie, oui, on est bien évidement d'accord - en même temps, en termes de Morrissey tu es bien souvent la voix de la raison.


Disons, à la rigueur, que Morrissey est suffisament bon acteur pour faire passer le second degré pour du premier. (De toutes façons, le débat autour du premier / second degré, c'est le
truc qui fait s'entretuer les admirateurs et les détracteurs du Moz, c'est pas nouveau...)



Thom 21/09/2010 13:03



Le détachement de Margaret c'est pas de chanter ces horreurs en le faisant passer pour une ballade romantique (et un peu clichée) au piano ? Vous n'auriez pas pu prendre pire exemple les copains,
pour moi ce morceau est vraiment la quintessence de Morrissey. Bien sûr que le second degré est partout (à moins de penser que Morrissey aurait été vraiment capable de décapiter Thatcher, ce qui
aurait certes enlevé un poids à tout le monde mais n'était probablement pas le cas). Mais surtout, il y a une dose d'ironie chez les Smiths (et encore plus chez Morrissey en solo) qui fait que
justement, et même si j'entends ce que raconte Arbobo plus haut, je suis toujours étonné de la manière dont certains mecs à l'époque ont pu "recevoir" Morrissey. Sans doute avait-il l'air d'être
le dernier des romantiques, sans doute le second degré n'était pas si marqué. Mais difficile de ne pas sentir une distance, une ironie, dans l'esthétique du groupe. N'est-ce pas ce qui le rend
plus écoutable aujourd'hui que tous les garçons coiffeurs néo-rom de l'époque ? ;-)



Guic' the old 21/09/2010 12:05



arbobo: je dirais 87 (Strangeways est un album post-split, déjà, si je ne m'abuse).  Oui, certes, la littérature tout ça.... Je te
cacherai pas que jamais de toute mon existence j'ai eu idée d'ainsi comparer paroles et livres, en ce sens que même au sein même de la littérature  je serais bien en peine de comarer
théatre, roman, et poésie. Même poésie / paroles de chanson, j'ai jamais eu idée de les mettre sur le même plan, de par ma jeunesse, alors, t'imagines bien que.... ton point de vue m'échappe
totalement en fait.


Ah, sinon, non, je ne préfère pas ;-)


 


Dahu: En fait je pensais pas vraiment à celui-ci. Celle qui m'était venu à l'esprit, c'est Stinkfoot (sur Apostrophe'), qui, sans ses
paroles n'a que peu d'intérêt - c'est limite une chanson "normale", mais quand tu écoutes les paroles, elle est juste grandiose.



Dahu Clipperton 21/09/2010 11:45



Zappa ! Bien sûr ! Un des premiers albums avec lequel je me suis penché sur les paroles de chansons (et j'ai eu vaaaachement raison^^), c'est We're only in it for the money, vitriolé et
hilarant d'un bout à l'autre