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Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

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De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Here, There And Everywhere

14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 03:50

Je vais vous parler d’un album dont j’ai déjà parlé. Ici même. Quand ce côté « Discothèque idéale » du blog n’était pas encore structuré en années. Je vais vous parler d’un album tellement important que je ressens le besoin de le Re Critiquer, enfin, commenter, de telle sorte qu’il ait enfin une exposition décente en ce lieu. Parce qu’il est important. Parce qu’il est grand. Parce que je sais que nous serons unanimes… Parce que tout ça a bien du commencer un jour.


 
 
 

10/10/07 : In Rainbows, 7ème album studio de Radiohead, parait sur leur site officiel. Et uniquement sur leur site officiel. Lubie d’informaticien ? Non : le groupe n’a plus de maison de Disques, et ne ressent pas le besoin d’en retrouver une. Hail to the Thief marquait la fin de son contrat avec E.M.I., le groupe n’a pas jugé bon, pas nécessaire de renouveler celui-ci. Culoté, non ? Ou plutôt dingue ? Ni l’un ni l’autre : les génies ne sont pas fous : ils sont excentriques. Et Radiohead est excentrique à lier. Normal, c’est le plus grand groupe de Rock du monde

 
 




 

16/06/97 : Radiohead sort OK Computer. Radiohead a eu deux grands succès : Creep, ballade romantico-dépressive qui a failli les faire cataloguer directement One Hit Wonder. Et The Bends, leur second album, complètement pop, sublime, lumineux dans la musique mais sombre dans les textes, du valium pour les oreilles. OK Computer s’impose comme la claque de l’année 97. Comme la claque de toute une vie pour certains, moi le premier.


 

Ce disque est marqué par l’apparition extrêmement bien maitrisée des machines : Boucles, voix robotiques, les ordinateurs sont utilisés, au cœur d’un album de Rock, de la meilleure manière qui soit. Et avec une ironie mordante : cet album extrêmement sophistiqué, technologique est là pour dénoncer la robotisation du monde, sorte d’appel à l’ordre d’un être humain perdu qui désire le rester (humain, pas perdu). Un cri désespéré qui, faute de meilleur environnement, ne peut que résonner dans un écho métallique, se désincarner un peu plus à chaque rebond contre une paroi froide, vide et inhumaine.


 

Cet album n’est pas vraiment comme beaucoup ont voulu le montrer ou le croire, moi le premier, un concept album. Il ne recèle pas de message caché. Il est simplement dense, complet, cohérent comme pas permis, bourré de références plus ou moins bien dissimulées, de coups de génie… C’est aussi pour ça qu’on s’est retrouvé à y chercher une démarche secondaire de réalisation, une vision plus complexe. Alors, s’il y a des références directes à Dylan (Subterranean Homesick Blues), à H2G2 (Paranoid Android), s’il y en a des plus difficiles à dénicher à H2G2, toujours, à 1984 (mais vraiment tirées par les cheveux…)… La seule clé que nous offre cet album, c’est qu’on pourra chercher, on n’y trouvera pas un plan précis, fini… une sorte de prophétie j’oserai dire. OK Computer est un album qui se consomme, qui se découvre a posteriori. On ne trouvera pas les références dans OK Computer, mais dans les références elles-mêmes…

 


 

Quant à l’utilisation des machines… Radiohead a beau être un groupe réfléchi, posé, et fort intelligent, il n’en reste pas moins un groupe de Rock. S’il utilise les machines, ce n’est pas dans le but ultime de les utiliser. C’est pour en dénicher un son qu’on aurait surement pas réussi à avoir avec des instruments traditionnels, des guitares, des basses, des batteries. Ce qui rend le jugement sur cet album très difficile, son appréciation insidieuse, et son succès total. Les amateurs de prog y verront du prog mélodique. Les amateurs de pop, une pop expérimentale. Mais ici, point de masturbation mentale quand à la recherche de la note ultime qui pourrait suivre un do dièse. Simplement de la musique, de la vraie, celle qui vient des tripes et du cœur.



 

Cet album ne peut que plaire… et effrayer. Par sa dimension fondamentalement dépressive d’abord. Ce qui constitue, à mon avis, la première erreur que tout le monde fait sur cet album. A mon avis, The Bends, avec ses histoires de rupture, d’amour faux, ses trahisons, est mille fois plus déprimant qu’OK Computer. Certes, la voix trainante, lancinante de Thom Yorke inspire plutôt l’image d’une assemblée pleurant un requiem dans une église de campagne que la joie d’un feu d’artifice sur la plage un 14 Juillet. Et le dénuement métallique apporté par les machines n’arrange pas les choses. Mais il faudrait voir à pas oublier, que la voix déprimante, elle dit des mots, des paroles, qui, chez Radiohead, sont toujours bien, très bien écrites.

 

 


Et sur OK Computer, la majorité des titres s’achèvent sur une note d’espoir (certes, c’est un espoir tout ce qu’il y a de plus relatif, mais bon) : It will be alright à la fin de Subterranean Homesick Blues, I’m gonna grow wings à la fin de Let Down, An Airbag saved my life tout le long d’Airbag… Seule Fitter Happier (Voix de logiciel de dialogue pour Mac sur fond de piano crépusculaire) s’achève vraiment dans un marasme désespérant : A pig. In a cage. On antibiotics. Oui, ce disque est la revue de détails d’une société qui perd toute humanité, ou les comportements sont alignés sur une norme, ou les gens se robotisent de leur plein gré… Bref une société ou il ne fait pas bon vivre, mais alors pas du tout, mais c’est aussi (et à mon humble avis surtout) un recueil d’appels à s’en sortir, on nous donne pas la recette, on sait pas la solution… mais on sait qu’il faut aller à l’encontre de ça… Et c’est là toute la force de ce disque. Désabusé vraiment, limite pessimiste sur la situation actuelle. Mais finalement plein d’espoir sur la possibilité de s’en sortir. Et c’est peut être ca qu’il faut retenir de ce disque.

 


 

C’est marrant, parce que les gens ont une fâcheuse tendance à se foutre de moi quand j’ai le malheur de dire qu’en cas de coup de blues, ma solution, c’est d’écouter OK Computer. Pourtant, je viens de vous montrer pourquoi… du moins j’espère.


Eh oui... Maintenant qu'on est les plus grands on peut s'acheter des vraies Ray - Ban


 

Mais après toutes ces théories toutes plus tordues et fausses les unes que les autres, je me rends compte que je n’ai évoqué qu’à grand peine ce que, finalement, j’ai évoqué comme moteur principal de ce disque sans en parler… La musique elle-même. L’album s’ouvre sur le son de guitare électrique de J. Greenwood, lancé à plein tube, et vite rejoint par un Ed O’Brien au charleston endiablé…. Airbag lance les hostilités, sur un ton très rock… Paranoid Android... est fait pour être, et est, tout simplement, le Hapiness is a warm gun des années 90 : une chanson en plusieurs axes, une symphonie de 6 minutes, aux différents mouvements… un chef d’œuvre quoi*. Je suis bien parti pour, certes, mais en fait j’ai pas envie de donner dans le détail titre par titre en fait…. Chaque morceau contient une petite perle du point de vue musique, qui fait qu’on le retient d’une manière ou d’une autre… Les premiers mots, susurrés, de Exit Music (for a film)Wake, from your sleep… L’arpège de guitare qui introduit Let Down… La boite à musique de  No Surprises**… Ou bien sur cette boucle de bip bip lancinants en fin de Karma Police… C’est marrant de se dire qu’au milieu d’une chanson, on s’arrête à un détail, un truc comme ça, qui marque… alors que le groupe s’est acharné à concevoir une chanson dans son intégralité…


 


 


Après, OK Computer se situe dans la discographie de Radiohead come l’album de transition par excellence : transition entre les guitares et les machines, transition entre la dominante pop et la dominante électro. Hail to the Thief, 6 ans plus tard, lui fait en quelque sorte écho, sauf qu’il ne s’agit plus pour celui-là de transition, mais d’œuvre – somme, de bilan de 10 ans d’activité sur le devant de la scène mondiale. Je dois avoir un gout pour les albums de transition. OK Computer, évidement, de la pop vers l’électro… Mellon Collie, d’un truc typé Grunge à… autre chose. Rubber Soul, transition de la pop pour gamines en pleurs à une pop plus mature, plus adulte, celle de Revolver… Let Love In, découvert récemment mais qui contient, on le sent, le passage de la sauvagerie des débuts au crooning des années suivantes… Surement que ces albums, dont on ne peut juger du caractère de transition qu’à la lueur des albums suivants contiennent en eux une évolution, une avancée sous –jacente, déterminée juste par notre inconscient, mais qui justement nous ferait voir de l’avant d’une manière ou d’une autre… Mais je m’égare. D’ailleurs, en parlant de transition, d’évolution, je crois avoir oublié dans tout ceci une date importante…

 


 

04/11/00 : On m’offre OK Computer. Les choses ne seront plus jamais les mêmes.

 
 

 
 
 

* Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais quand on parle d’une chanson en plusieurs mouvements comme ça, on pense tout de suite à ce morceau des Beatles… Alors que merde, les premiers à avoir fait ça, quand même c’est les Who avec A quick one while is away !! (Autre chanson à tendance grivoise d’ailleurs)

 

** Qui est, je le rappelle, un morceau de Radiohead présent sur OK Computer. Ceci n’est PAS « la musique de l’Auberge espagnole », tout comme Iggy Pop ne devrait pas se définir comme  « le mec qui danse en caleçon dans la pub SFR. »

 

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commentaires

Guic\' the old 16/11/2007 15:23

Ca devient presque lassant... à chaque fois que j'essaye d'être subversif, une sorte de consensus des gens de bon goût s'accorde à dire que j'ai raison...Vous vous rendez compte que je vais finir par tenir mon propre gout en haute estime à ce rythme là?? (Ah, merde, ca c'est trop tard...)

G.T. 16/11/2007 15:11

Thom et Guic : entièrement d'accord avec vous sur Toxic vs Yellow Submarine ! 

pyrox 15/11/2007 10:51

mes excuses guic\\\', je viens de faire ici ce que je déteste d\\\'habitude, parler sans trop connnaitre...

Thom 15/11/2007 10:31

AHAHAHAH ! Je savais bien que je créerai la polémique :-))Bon, quand même, je me dois de préciser qu'en dépit de mes propos hautement provocateurs je préfèrerais écouter en boucle un album de rots de Thom Yorke que n'importe quelle note de Bon Jovi :-)(c'est vrai ça, que "Toxic" c'est mieux que "YS" :-))

Guic' the old 15/11/2007 10:20

Honnètement, Pierre: as tu fait l'effort d'écouter en entier un OK computer ou un The Bends. D'une traite, comme ça, en tant qu'album. Bref une véritable écoute.Le premier commentaire que tu as fait ici, c'est qu'après m'avoir entendu en parler des années tu n'as fait que maintenant l'effort d'aller voir si Hapiness is a Warm Gun  est un bon morceau. Alors que, quand meme c'est les Beatles, tu risques avec eux, généralement, qu'une bonne surprise.Bref, le résultat, c'est que là  il n'y a aucune logique... on parle ici d'un album, ensemble concret et cohérent, voulu comme tel. Et c'est pas "quelques titres " écoutés comme ça à la va vite qui permettent de juger d'un groupe, encore moins d'un album aussi complexe que peut l'être OK Computer.Après, c'est pas non plus un snobisme exacerbé qui me fait dire ça, mais je pense aussi qu'il faut comparer ce qui est comparable: entre les power ballads de Bon Jovi et le début des expérimentations de Radiohead, franchement, il y a un monde.Ton analyse (atytention exemple choquant, eloignez les enfants) est similaire à celle que je pourrais mener en disant que comme Toxic est un meilleur morceau (à mon avis) que Yellow Submarine, Britney Spears est meilleuyre que les Beatles. Mais d'ici à ce qu'elle sorte un album meilleur que Revolver, franchement....Bref: C'est vraiment un conseil, fait l'effort de vraiment écouter cet album en entier plutot que de venir balancer tes jugements à l'emporte pièce en vrac ici, je t'en remercie.PS: à l'attention des gens qui passent d'habitude...  (et que je crains de ne plus voir passer apres une réponse aussi vindicative .... ;-) )Vous en faites pas j'ai eu une poussée de Rock Criticism parce que là, ca me pousse un peu à bout... J'ai horreur des critiques à l'emporte pièce faite sans connaitre (en matière de musique en tout cas) et en toute bonne foi. Je reviens à mon niveau coulant, qui aime tout et tout le monde au plus vite, promis.