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Songs for the Deaf

La moitié de l'ancienne playlist, liée au contenu de ce blog, ayant été engloutie dans les entrailles de Deezer, vous trouverez ici "seulement" quelques titres épars que j'aime, avec des variations aléatoires representatives de mon humeur.

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De toutes façons personne écoute jamais les playlists sur les blogs, alors...

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Here, There And Everywhere

29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 00:00
Récemment, j'ai été atteint d'une crise de boulimie. De biblioboulimie Rock. Plein de bouquins, de musiciens, sur les musiciens, pour les musiciens, avec des musiciens... Tout ça. Bien entendu, le crossover 2008 n'y est pas étranger. Alors, tout comme j'avais (déjà une fois) passé les rattrapages discographiques (faudra d'ailleurs que je pense bientôt à la session de Juin), me voici devant l'examinateur en matière de rockologie livresque...

 


On va commencer par le classique, l'alpha et l'oméga de la critique Rock : Lester Bangs.


Lester Bangs : Psychotic reaction et autres carburateurs flingués, Fêtes sanglantes et mauvais goût.




C'est bien facile, le seul résumé que je pourrais vous en faire serait de raconter sa vie. Mais ça nous mènerait pas loin, vous savez : il est mort à 33 ans. Alors finalement, le moyen sûrement le plus simple de présenter ce qu'est l'œuvre de Bangs, c'est de dire ce qu'il n'est pas : il n'est pas Philippe Manœuvre. (Oui, je sais, normalement la proposition se prend dans l'autre sens.) Encore moins Patrick Eudeline (qui, je dois bien lui accorder cela, a signé récemment deux très bon papiers sur le thème « mode et Rock n' Roll » que j'ai dévoré). En bon critique Rock (et vu que c'est le fondateur de la discipline il a intérêt à être bon...), Lester ne parle pas de musique. Enfin, pas vraiment... Il aime bien parler de lui.


Tout comme Rob rangeant ses disques par ordre autobiographique dans High Fidelity, la musique permet à Lester de se rappeler de sa vie, de l'imaginer, de... Lui permet tout en fait. Qu'il s'agisse de lister les 16 raisons d'adorer Metal Music


Machine de Lou Reed ou interviewer Jimi Hendrix depuis l'au-delà pour lui faire avouer que Wilma Pierrafeu est la femme la plus bandante qui soit, il n'oublie rien. Pas même de descendre en flèche le Dionysos Bozo qu'était Morrison ou de nous rappeler en quoi Bob Dylan n'est pas (ou plus) un artiste engagé. (Songez que cet homme est mort AVANT la sortie de Saved). Adorant l'œuvre de Lou Reed autant qu'il méprise l'homme (Lou Reed est à Bangs ce que Napoléon était à Chateaubriand, presque), Bangs va a 200 à l'heure, passe d'une idée à une autre sans demander à personne si ça le dérange. Il nous emporte, nous prend en stop, se fait un rail sur le tableau de bord et roule portière ouverte parce qu'il a trop chaud et nous comme des cons on se laisse porter parce que, bon, le style est là, ces grandes phrases sans fin qui s'achèvent sur une anecdote, une blague, bref un bon mot. Ces grandes phrases que beaucoup auront essayé d'imiter sans jamais toucher à la grâce de vraiment pénétrer la critique dans ce qu'elle a de plus génial et vicieux.


Accourez, mes petits-nenfants aux cheveux filasses, et laissez le blaireau vous faire sauter encore sur ses genoux. Pendant que vous me reconnaissez encore, bande de petits cinglés. Vous le savez, le gong a sonné, c'est à nouveau la saison. Maintenant, laissez ruminer ma vieille cervelle, ah, quel conte alambiqué de ces jours d'autrefois vous narrerai-je aujourd'hui ?


N'importe lequel tonton Lester, nous on te suit.


Ca a été chroniqué par Systool, ici et là.


Lester étant l'alpha et l'oméga, penchons nous sur le Saint Esprit, le petit dernier de la famille. Mon chouchou Chuck Klosterman. Eh oui, vous avez pas fini d'en entendre parler.



 
IV, de Chuck Klosterman. Pas encore sorti en français, et je crains bien que cela n'arrive jamais. Car voyez vous, ce n'est pas un roman (le gars en a quand même 3 à son actif, d'où le titre de ce recueil, IV, malin, non ?), mais un recueil de ses articles parus dans divers journaux. Autant le dire, ici on ne parle pas que de Rock. Pour preuve la liste des journaux ayant publié ses méfaits : Esquire, GQ, Spin, The New York Times magazine, The Washington Post, The Believer, et... ESPN. Oui, il parle pas mal de sport là dedans.

Comme cela est (très bien) expliqué sur la quatrième de couverture, ce bouquin comporte 3 parties (2 et demi en fait) :


  • Things that are true. C'est là que ça parle musique, en vrac Radiohead, les White Stripes, Metallica, Robert Plant, et aussi une interview de Val Kilmer. Le style est plaisant, le mec n'est pas capable de se focaliser sur ce pour quoi on l'a payé (rappel, dans Killing yourself to live, il est envoyé pour réaliser un reportage, il finit avec un roman en bonus... enfin, c'est vrai à 85 %). Il passe plus de temps à raconter les conditions de l'interview que les réponses à ses questions (d'ailleurs, on ignore généralement les questions). Et dans ce domaine, je peux vous dire que son interview de Britney Spears dépasse certainement tout ce que j'ai pu lire comme article musical : on se retrouve passionné par la façon dont l'interviewée réussit à ne pas répondre aux questions qu'on lui pose.



Mais bon, pour vous faire goûter son style et sa façon de repérer des détails, je ne saurais résister à un extrait : il s'agit de l'interview de Radiohead, présentation de Thom Yorke, après la sortie de Hail to the Thief :


Thom Yorke is weird, sort of. But you've met weirder. He's mostly just an intense, five-foot-five-inch thirty-four-year-old who wears hooded sweatshirts with sleaves too long for his limbs and this makes him look like a nervous kindergartener. He doesn't appear to have comb his hair since The Bends came out in 1995, and his beard looks "undecided" if that's possible. [...] That's what everyone seems to miss about him, and about Radiohead as a whole: they may make transcendent, fragile, pre-apocalyptic, math rock for a generation of forward thinking fans, but they're still just a bunch of dudes.


Franchement, si tous les journalistes Rock d'outre atlantique écrivent comme ça, je m'abonne à SPIN direct.


  • Things that might be true : alors là c'est la quintescensse du style Klosterman, la branlette intellectuelle dans sa plus pure expression. Ce mec se cale devant la télé et en déduit des théories plus ou moins fantasques sur la vie. Quand sa copine se sent trahie par la fin de Sex and the City, il échafaude tout un argumentaire prouvant que les gens n'aiment pas les Happy endings (en général, pas que celui de Mika), et toutes autres sortes comme l'apparition proche des êtres humains dotés de pouvoir spéciaux ou la façon de distinguer votre Némésis de votre Archenemy. Sans compter une que j'aime bien, parce qu'il fallait y penser, le top 10 des groupes jugés à leur juste valeur. Je sais pas si la pop culture existe vraiment, mais si oui, elle doit ressembler à ça.


  • Something that isn't true at all est juste une vieille nouvelle, sortie des cartons pour l'occasion.



Franchement un bouquin agréable, à picorer à l'occasion... A mon rythme de lecture, 4 articles vous font déjà les 2/3 d'un trajet Nancy Paris, il vous reste juste le temps d'aller traîner en voiture bar avant d'arriver.

Mais bon, on attaque le plus gros : les biographies. Sachant qu'elles ont déjà été fort bien commentées (dans le cadre du crossover, justement), je vais essayer de rester modeste.


Un démocrate : Mick Jagger, 1960 - 1969, par François Bégaudeau.




Le principe du bouquin (fort court) est simple. Mick Jagger a vécu 9 ans, de 1960 à 1969, là je vous apprends rien, le titre se suffit à lui-même pour vous le faire comprendre. Naissance : dans une gare, quand il rencontre Keith Richards. S'ensuit une belle métaphore sur comment la foule empruntant un train dans cette gare leur a transmis l'énergie du Rock n' Roll via frottement et électricité statique. Mort : Altamont, le concert avec les Hell's angels, la mort de Meredith Hunter, la « trahison » du public.


La théorie qui y est filée est que Mick Jagger, le vrai, est le rocker qui vit sur la scène, qui s'offre à son public, c'est le sens du « démocrate » du titre, celui qui sert, qui est la pour et par le public, la foule, le peuple.

L'idée est intéressante, le truc pas trop mal écrit, franchement, et agréable à lire. Bien documenté sur cette période et particulièrement sur la naissance du groupe. La vision sur les morceaux (en particulier considérer « You can't always get what you want » comme le morceau de la fin, le chef d'œuvre qui marque la fin du Rock n' Roll et le début de la musique... Je vous mettrais bien l'extrait mais j'ai pas le bouquin sous la main, là.)


MAIS (oui, c'est un gros mais) il y a eu quelques trucs qui m'ont dérangé. Et pas forcément du petit dérangement. D'abord, ce gimmick qui revient tout le bouquin du « Mick est mort en 1969, vous ne le savez pas, mais moi si, je vous l'ai déjà dit, vous ne suivez rien. Je vous expliquerai pourquoi je vous expliquerai comment ». Ca revient, ça revient, et à un moment on a envie de coller une grosse tarte à l'auteur parce que, bon, à la fin, c'est lassant. L'auteur, tiens : je sais pas qui est ce « François Bégaudeau ». Mais je suis pas sur que ce soit un fan des Stones. Il a beau qualifier chaque chanson qu'il évoque de « plus grande chanson du monde », chaque album, chaque film sur les Stones et chaque scène de chacun de ces films comme étant « le (la) plus grand(e) du monde » (autre gimmick, pas énervant mais lassant quand même), ça ne suffit pas à ce qu'on sente le passionné, qui se lance à corps perdu dans son sujet. Ca ressemble finalement un peu à tous ces bouquins sur la « sociologie du Rock », ce côté je m'intéresse mais je veux pas me mouiller, le Rock c'est intéressant dans le concept mais trop violent dans les faits... (Ca me fait penser que j'ai un bouquin d'un sociologue sur le mythe Elvis qui m'attend, d'un coup j'hésite). Bref j'envisage trois possibilités, ce mec est sociologue, journaliste aux Inrocks ou romancier qui a voulu aller traîner du côté obscur. Mais je ne renie pas que j'en ai apprécié la lecture (le manque de passion, je m'en suis rendu compte après, avec le recul), appris quelques trucs, mais bon, voilà. Le vrai Rock n' Roll des Stones, ça reste ça :


 



Ca a été chroniqué pour le crossover par Laiezza, ici même.


Enfin, last but not least... « Mort aux Ramones ! » (Poison Heart : Surviving the Ramones), de Dee Dee Ramone.


Bon, j'ai mis le titre en français parce que je l'ai lu en français. Si un jour j'en ai l'occasion, je le lirais en anglais (pas moyen de le trouver en V.O. à Paris, c'est fou ça). La traduction en français est de Virginie Despentes, et... on sent la traduction. Mais ça j'y reviendrai.


 


Bon, d'abord, je vais être honnête, les Ramones j'aime bien, mais je connais pas plus que ça. Quelques albums, des titres ici et là, bref on peut pas vraiment me qualifier de spécialiste. Pour tout dire, jusqu'à peu je savais pas qu'il avait quitté le groupe avant la fin du groupe (7 ans avant quand même). Par contre je savais qu'il était mort. Quand même. Je connaissais pas bien les mésaventures de la carrière des Ramones après End of a Century. Avant non plus d'ailleurs, qaund j'y réfléchis Bref, j'avais de nombreuses lacunes, qui m'ont peut être empêché de correctement saisir le contexte de cette autobiographie, mais pas d'en apprécier la lecture, parce que franchement, c'est extrêmement bien gratté (le comble pour un gars à qui on a reproché la stupidité des textes).

L'autre surprise, c'est que franchement, je sais pas si vous retrouverez ailleurs une autre biographie de musicien ou ça parle aussi peu de musique ! Le père Dee Dee étant défoncé franchement une bonne partie du temps ça parle de dope en majeure partie. Y a un côté « guide du routard de la dope », chapitre New York, section Héroïne... Assez fabuleux en fait. Après ça parle aussi du groupe, mais pas forcément de musique. Surtout de la face cachée de la « Happy Family ». De comment tout le monde se tire dans les pattes et déteste les autres mais continue à bosser avec, parce qu'il faut bien. On parle souvent d'artistes vieillissants qui montent sur scène comme s'ils pointaient à l'usine. Et ben pour Dee Dee à 30 ans à peine c'était déjà comme ça.

Vraiment un livre Sex, Drugs et Rock n' Roll, sauf que le Rock n' Roll est en arrière plan, et que les femmes sont évoquées avec beaucoup de pudeur (il a beau évoquer les femmes qui ont traversé sa vie, impossible d'établir l'enchaînement chronologique précis.)

La traduction, maintenant. Je ne saurais juger des talents d'écrivain de la dame, n'ayant lu aucun de ses livres, ni de sa qualité particulière de traductrice (sans avoir la V.O., c'est toujours plus dur). Mes problèmes se posent sur des points de détail, O.K., mais j'aime pinailler sur des conneries, c'est connu. Et surtout, maintenant que j'ai réussi à m'habituer au parler anglo saxon, je réussis à distinguer les « francismes » dans un texte. Vous savez, c'est comme dans ces séries américaines qu'on regarde doublées, où, d'un coup, ils se mettent à parler de Claude François ou de Jean Pierre Coffe parce qu'en V.O. ils parlent en fait d'une célébrité qu'on connaît pas en France. (Oui, la carrière internationale de JP Coffe ou de Claude François...). Eh ben là c'est pareil, sauf que... c'est ici le verlan utilisé pour remplacer, à mon avis, le slang (argot) anglo-saxon. Alors, à partir de là, il y a plusieurs possibilité, je sais pas, Dee Dee s'étant essayé au rap sur la fin, peut être s'exprime-t-il comme un rappeur et Despentes a voulu rendre compte de ça en utilisant la marque des rappeurs français. Ou alors c'est juste choisir un équivalent à l'argot, mode moderne... ce que je trouve un peu trop facile, voire fainéant : franchement, la drogue c'est un des champs lexicaux les plus larges de l'argot non ? Mais après, peut être que Schnouff c'est trop rétro. Ou peut-être que je traîne pas avec assez de dealers pour connaître toutes les evolutions syntaxiques du jargon.

Dernier détail : page 240, « personne là-bas ne pense que le blues doive être jouer si salement », ça fait pas sérieux, franchement (je vous interdit de rechercher les possibles fautes que j'ai pu faire dans cet article pour la simple raison qu'il est gratuit et ne possède pas d'ISBN.)


Au final, on a le livre d'un junkie talentueux, en tant que parolier mais aussi qu'auteur, qui livre là des mémoires touchantes, émouvantes... humaines. Vraiment. Et pour ne rien vous cacher, à la toute fin du dernier paragraphe, sur la phrase : « Mon livre raconte cette histoire - ça n'est pas rien, et je suis heureux de l'avoir racontée », j'ai du écraser ma larme. Heureux de l'avoir lue.


Conséquence bizarre, je me suis penché suite à ce livre, sur la seconde partie de la carrière des ramones (le CD 2 de mon anthologie, en fait), et franchement il y a du très bon (rien que Pet Semetary, c'est un très bon morceau ! Pop, OK, mais très bon !). Alors, l'extrait du jour sera « The K.K.K. took my baby away » qui est aussi une merveille pop.



 



Celui là a été chroniqué par Thom (en parlant plus du bouquin que de la traduction), ici, en ouverture du crossover, qui s'achève dans quelques jours. Fort belle opération, dont cet article ne fait pas partie, mais bon.


I don' t want to live my life... again...

 




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Published by Guic ' the old - dans Festival de Reading...
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commentaires

Léa 17/01/2011 21:42



Hey ! Tu viens de me déculpabiliser de mon écoute répétée de Pet Sematary, merci beaucoup :)



Ska 09/05/2008 10:47

Alors, Bégaudeau est un vrai fan des Stones, je te le confirme. Pour l'avoir vu présenter il y a peu un documentaire des années 60 de Peter Whitehead sur le groupe (dont Scorsese reprend quelques images dans sa longue captation-promo-bling-bling sortie il y a peu au cinéma), je peux te dire qu'il fut passionnant et érudit...Par ailleurs, ce garçon est romancier, enseignant, critique aux Cahiers du cinéma et bientôt même acteur dans l'adaptation de l'un de ses livres, Entre les murs. Le film sera présenté à Cannes la semaine prochaine. Entre les murs, le livre, Thom en avait parlé (sévèrement) il y a peu sur son blog...

Guic' the old 02/05/2008 09:07

Hello SysT!Eh ouais, le nez dans les bouquins... Et les oreilles dans les disques. Et oui, Lester, quel homme... Chuck aussi, soit dit en passant ;-) (Pour un fan de Palaniuhk, le prénom est de bonne augure ... non?)Hello Chtif!!1) La traduction, je l'ai surtout ressentie dans le Ramone... (bon, OK, j'ai un mauvvais a priori sur Despentes mais bon)... C'est surtout de voir du verlan débarquer dans le texte qui m'a géné: les termes "képa" etc... m'ont dérangé. Sans m'empêcher d'apprécier le bouquin (qui est vraiment... brut, sale, direct, violent... Magnifique en fait)2) Ben on va essayer à ceci près que le bouquin est à l'heure actuelle à plus de 300 bornes de moi... donc faudra être patient! ;-) A moins qu'une bonne âme ne daigne le rajouter en com'.3) S'il te plait...Je la connais quand même... Et je l'adore, cela va sans dire. Mais ma fixette Ramonesienne du moment c'est plutot "Somebody put something in my Drin" (eh ouais, je suis vachement seconde période ces derniers temps

Chtif 02/05/2008 01:45

3 choses:1) bonne idée de se pencher sur la qualité de la traduction, effectivement ce ne doit pas être un exercice facile, surtout avec la sale habitude des critiques rock de faire de longues phrases bourrées de néologismes. Ceci dit, c'est vrai que quand il y a une faiblesse dans la retranscription, ça se sent !2)je suis preneur de l'extrait sur "you can't always get...", si jamais tu peux le rajouter !3)ah sinon, pour les Momones, tente "I wanna be sedated".

SysTooL 30/04/2008 16:16

T'as vraiment le nez dans les bouquins... rock, mon petit Guic!Ah Lester, quel homme! :-)SysT