La faucheuse ne prend décidément jamais de congés. Déjà, elle ne
respecte pas les fêtes sacrées (Vic Chesnutt, le jour de Noël), mais maintenant elle s’en prend aux autres fêtes. Et ce coup-ci, elle s’est carrément attaquée à la plus Rock n’ Roll
des fêtes. La mort d’Alex Chilton pour la Saint Patrick, c’est pas le meilleur des cadeaux. A la rigueur, je crois que j’aurais encore préféré un chapeau Guinness ridicule.
Alex Chilton est né William Alexander Chilton le 28 décembre 1950, à Memphis. Le fameux berceau du Rock. Alex Chilton a réussi à scorer dans les deux catégories les moins enviées qui soient dans le Rock. One Hit Wonder 60’s, à 16 ans, avec les Box Tops, pour « The Letter ». Membre d’un groupe culte des années 70, ensuite, avec Big Star.
Ah… Big Star. #1 Record et Radio City. Deux albums comme deux classiques confidentiels, qu’on découvre souvent par un détour presqu’infini au sein d’une quête musicale
guidée par la seule curiosité. Alors que Big Star, de par son influence sur les générations d’après, on en entend, en quelque sorte, presque tous les jours. Mais voilà deux albums qui ressemblent
furieusement à des anomalies. Deux albums de pop tout à la fois « lumineuse et mélancolique », d’une simplicité désarmante et aux mélodies imparables (In the Street est à ce sens un
chef d’œuvre), dont on a du mal à croire qu’ils sont effectivement parus en ce début des années 70 où le monde n’a d’yeux que pour le Hard Rock et le Glam. La pop semble morte et enterrée, certes
pour mieux renaître, mais Chilton, avec Chris Bell, puis sans lui, parvient à sortir deux albums beaux, simples, émouvants, et qui semblent appelés à ne jamais vieillir.

Après un troisième album et la dissolution (la vraie) de Big Star, Chilton mènera une carrière solo qui, bien qu’il se voit érigé petit à petit comme parrain d’une nouvelle scène musicale (en
gros la power pop et une partie de la pop indé), restera finalement assez confidentielle (quel artiste américain à succès viendrait signer sur un label indé français, je vous le
demande ?)
C’est bien des années plus tard, 30 ans après la sortie de « Radio City », que, sous la houlette des Posies, il se décidera à donner une suite à l’aventure Big Star, avec l’album « In space ».
Et le voici mort, le 17 Mars 2010, des conséquences d’une crise cardiaque, à la Nouvelle – Orléans. Naître dans le
berceau du Rock pour finir ses jours dans celui du jazz, à même pas 60 ans…
Je me sens au final un peu ridicule d’en savoir aussi peu que ça sur Chilton. L’impression de ne pas être digne de me sentir touché par sa mort. Pourtant, parmi tous les groupes des années 70 que
j’ai eu l’occasion de découvrir, seul Big Star me touche ainsi. J’aime bien des groupes de cette période. Pourtant, aucun ne me donne l’impression d’être mien. Black Sabbath, Led Zeppelin, les
Pistols, Clash, voilà des groupes que j’aime admire et respecte, mais… Seul Big Star, avec ses mélodies tendres, son inclinaison à la mélancolie, sa vision sentimentale des choses, et pourtant ce
côté rêche qui perce de temps en temps… Est capable de me donner l’impression de me parler, à moi, à 30 ans de distance.
J’aurais voulu être triste, vraiment, pour les disparus de la musique depuis le début d’année… Et je ne le suis que pour celui dont, finalement, tout le monde à l’air de se foutre un peu. Et
cette mort et d’autant plus ironique que je ne connais quasiment aucun album capable de rivaliser avec #1 Record pour agrémenter la sensation que peuvent faire
ressentir les premiers crépuscules printaniers. Trop vieux pour que ce soit surprenant, trop jeune pour qu’on s’apitoye vraiment, trop oublié pour qu’on en parle, et surtout une mort trop
banale pour faire rockstar (contrairement par exemple à son ancien camarade étoile filante Chris Bell.)
Autant dire qu’il meurt comme il a vécu. Dans un silence qui finalement ne dérange que ceux à qui il parlait droit au cœur.
Et si comme moi vous avez une fâcheuse tendance à découvrir les gens seulement une fois qu’on a parlé d’eux pour cause
de décès, une rapide playlist (tirée presqu’exclusivement des deux premiers Big Star) :

The Coral – Dreaming of you (The Coral,
2002)
Viol – Make me believe in Santa Again (Welfare Heart,
2010)
Warrant – Cherry Pie (Cherry
Pie, 1990)
Guns N’ Roses – November Rain
(Use your illusion 1, 1991), ex aequo avec
Pulp – The Fear (This is hardcore, 2000)
Pearl Jam – Do the Evolution
(Yield, 1998)
Beatallica – Ktulu
(He’s so heavy) (Sergent Hettfield Motorbreath Pub Band, 2007)
Hayseed Dixie – Breaking the Law (Weapons of grass destruction, 2007)
48 heures en enfer. Même Bruce Willis n'a tenu qu'une journée. 48 heures d'angoisse, suite au mélange détonnant
entre le miracle de la vie et ma maniaquerie toute personnelle. Car voyez-vous, je suis devenu tonton. Oui, Tonton Guic' the Old, c'est moi, c'est officiel, c'est déclaré à l'état
civil.
Pendant ce temps là, sur ma boîte mail arrivait (mais je ne le
savais pas encore) la nouvelle que le dernier album de Viol, Welfare Heart était sorti, tout prêt tout chaud, du studio.
Et
soudain "Make me believe in Santa Again". Voilà, c'est ça. Face à un gamin si petit, on se sent finalement Père Noël, obligatoirement. Une sorte de tendresse infinie envers ce qui n'est
pas encore vraiment quelqu'un qui n'a même pas vraiment de raison d'être. Une sorte d'amour inconditionnel et à peu près aussi absurde que beau, indiscutable… divin, presque. Béatitude. Car si on
y réfléchit, en fait, le Père Noël, c'est jamais que "Dieu pour les 2 - 7 ans", non?
Noir Désir… C'est marrant, c'est un des rares groupes dont je me rappelle parfaitement bien comment je les ai découverts. Ma
sœur avait, sur une cassette, une copie de 666.667 Club. On était donc en 1997.
Be quick or be dead